L'accord gouvernemental de l'été compile un tas de nouvelles mesures fiscales et économiques. Y a-t-il, selon vous, des points qui émergent, tant dans un sens positif que négatif ?

Peter Vanden Houte:Il est difficile de qualifier des décisions spécifiques de meilleures ou de plus mauvaises mesures. L'accord gouvernemental couvre un très large spectre de mesures, qui sont en outre, c'est le moins que l'on puisse dire, peu uniformes. Mon impression générale est que le gouvernement veut en même donner du gaz et actionner le frein à main. Ainsi, j'applaudis la diminution de l'impôt des sociétés, mais j'observe trop d'autres mesures qui contrecarrent ou compliquent son impact positif.

La même chose s'applique aux conséquences de l'accord gouvernemental pour l'investisseur. Une exonération partielle des revenus des actions est combinée à une taxe sur les titres et une hausse de la taxe boursière.

La taxe sur les titres est, pour différentes raisons, une taxe grotesque

Par ailleurs, la taxe sur les titres est, pour différentes raisons, une taxe grotesque. Indépendamment du débat lié à la taxation des grandes fortunes, il s'agit d'un système très bizarre. Au lieu de taxer le montant qui dépasse le plafond de 500.000 euros, on a à l'heure actuelle déterminé que celui qui a plus que ce montant sur son compte titres devra payer une taxe de 0,15% sur la totalité du montant. Un autre investisseur, qui a 499.999 euros sur son compte titres, possédera donc au final, après impôt, plus d'argent que la personne qui disposait initialement de 500.001 euros. On peut aussi émettre des doutes quant à l'équité de la mesure. La taxe sur les titres vise les personnes qui détiennent des actions et des obligations, alors que ce n'est tout de même pas la seule forme de richesse financière. Les personnes qui investissent leur fortune dans l'art, par exemple, on les laisse entièrement tranquilles. La taxe sur les titres n'est donc pas seulement une farce d'un point de vue fiscal, elle sera également peu efficace.

Une fois de plus, il s'agit d'un accord très ambitieux en taille, mais il manque de profondeur et de cohérence. Il ne faut pas chercher la cause bien loin: chaque parti au gouvernement a ainsi ses propres dogmes, ce qui a conduit à un compromis équitable dans lequel chacun peut se retrouver partiellement.

Une des mesures pour laquelle j'ai beaucoup moins de réserve est celle que l'on pourrait qualifier de dynamisation du marché du travail. Ainsi, les pouvoirs publics reviennent partiellement sur les nominations permanentes et il y a une extension du champ d'action du travail intérimaire. Ensuite, grâce à la réintroduction partielle de la période d'essai, pour beaucoup d'entreprises, le seuil pour engager des gens diminue.

D'autre part, ces modifications augmentent l'insécurité pour les employés. La critique des partis de l'opposition Groen et sp.a, qui affirment qu'elles sont entièrement taillées sur mesure pour les employeurs, est par conséquent compréhensible. Je pense malgré tout que nous devons accueillir positivement toute mesure qui favorise l'emploi. Il existe en la matière suffisamment de preuves en provenance de l'étranger de l'impact positif d'une dynamisation du marché de l'emploi.

L'introduction de nouvelles taxes ou le renforcement d'impôts existants déclenche toujours systématiquement la même réaction: attaquez-vous d'abord à la fraude fiscale dans le système existant. Par le passé, vous plaidiez déjà pour une société sans cash comme solution au travail au noir.

Pour contrer le travail au noir et veiller à diminuer l'impôt qui échappe aux autorités, un système de paiement entièrement électronique serait beaucoup mieux. Mais soyons clairs, cela ne signifie pas qu'une société sans cash soit sans danger. Pensons notamment aux pannes et à la cybercriminalité.

C'est la structure désespérément compliquée de la fiscalité belge qui rend l'évitement de l'impôt possible

En outre, le travail au noir n'est pas la seule forme de contournement de l'impôt. En supprimant l'argent liquide de la société, vous ne pouvez rien faire contre les constructions qui sont spécialement mises en place pour éviter des taxes. Pour cela, on a besoin de règles plus claires et cohérentes, ce qui fait cruellement défaut dans notre législation. C'est la structure désespérément compliquée de la fiscalité belge qui rend l'évitement de l'impôt possible dans notre pays. Sur ce plan, l'accord gouvernemental de l'été ne constitue absolument une étape dans la bonne direction.

La saison des résultats d'entreprises bat son plein. Que pensez-vous de la conclusion selon laquelle les entreprises européennes font moins bien qu'aux États-Unis ?

On note en fait, tant dans la zone euro qu'aux États-Unis, un bon deuxième trimestre, avec des chiffres de croissance similaires. La conclusion selon laquelle les entreprises européennes ont de moins bonnes performances n'est pas entièrement correcte. Il est bien exact que les sociétés européennes, comparativement aux sociétés aux États-Unis, font moins bien que prévu. Ainsi, 70% des sociétés de l'indice Standard&Poor's500 peuvent présenter un résultat qui dépasse les attentes. Pour l'indice européen, ce pourcentage se situe à un niveau 20% inférieur. Les entreprises européennes déçoivent donc peut-être un peu, mais c'est plus lié aux attentes qu'à leurs performances. Depuis le début de cette année, les analystes nourrissent des attentes très élevées pour la croissance du bénéfice des sociétés européennes, ce qui met la barre très haut.

Les entreprises américaines bénéficient en outre, notamment les multinationales, de la faiblesse du cours du dollar. Du fait de l'euro fort, les biens américains sont beaucoup plus attrayants pour les consommateurs européens et les exportations à partir des États-Unis augmentent.

Une remarque importante pour tout cela est néanmoins que toutes les conclusions concernant les performances des sociétés sont basées sur une quantité limitée de chiffres. Beaucoup de sociétés doivent encore publier leurs résultats.