Jean Hindriks, président de l'Economics School of Louvain, est l'invité de notre émission hebdomadaire Trends Talk, qui sera diffusée en boucle ce week-end sur Canal Z. Cet économiste, qui n'a pas sa langue en poche, est également membre de l'Itinera Institute, un think tank réputé, et a participé à plusieurs groupes de réflexion, notamment sur les pensions.

A l'heure où l'économie belge et internationale connaît une période de tumultes, avec une inflation qui s'installe dans la durée, il balise l'inquiétude du moment : "Pour un pays endetté comme la Belgique, l'inflation est un vrai souci parce qu'elle s'accompagne souvent d'une hausse des taux d'intérêt, c'est-à-dire le coût du crédit. Cela nous ramène à des périodes assez difficiles de l'histoire de la Belgique, les années 1970/80 où nous avions des taux d'inflations qui frisaient les 10%."

Or, précisément, elle pourrait atteindre 10% sur une base annuelle pour 2022, et peut-être même au-delà. "Tout cela est la conséquence d'un ensemble de facteurs qui tirent tous dans la même direction d'une augmentation des prix : une crise alimentaire mondiale, des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement, un coût de l'énergie - pas seulement le pétrole et le gaz, mais aussi indirectement l'électricité - qui sont partis à la hausse... Et tout cela semble installé de façon assez structurelle, malheureusement."

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Une norme des prix"

Les réponses politiques, jusqu'ici, sont "assez bonnes et proportionnées" en aidant les bas et moyens revenus, souligne Jean Hindriks. Faut-il aller plus loin et revoir l'équilibre social belge en touchant notamment à la norme salariale ou à l'indexation automatique des salaires ? Alors que des experts planchent pour le gouvernement De Croo sur une série de réponses, il suggère : "Oui, on devrait le revoir, mais peut-être pas dans la direction que l'on a tendance à concevoir."

C'est-à-dire ? "Je pense que la norme salariale ou la marge salariale qui vise à protéger l'emploi chez nous plutôt que d'assister à des délocalisations dans les pays voisins devrait s'accompagner d'une espèce de norme de prix. On a cette fameuse norme salariale où l'on fait des comparaisons par rapport aux pays voisins, on devrait aussi avoir une comparaison générale des prix. Il faut savoir que l'inflation est beaucoup moins élevée en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas que chez nous. On ne peut pas tout mettre sur le dos de l'énergie, il y a aussi un souci dans notre secteur de la distribution, dans notre politique de concurrence au niveau belge."

Un monitoring beaucoup plus étroit du contrôle de l'évolution des prix s'impose, dit Jean Hindriks. "Soyons clair, il s'agit de voir notamment s'il n'y a pas une certaine forme de collusion dans la grande distribution, entre différents opérateurs. Comment expliquer qu'une même chaîne présente dans différents pays à des prix aussi différents selon qu'elle se soit installée en Belgique, aux Pays-Bas ou en France. Je pense qu'il est assez paradoxal que notre Autorité de la concurrence n'ait pas accès aux marges bénéficiaires de la grande distribution. On doit miser sur les enquêtes de Test Achats, qui sont quand même des échantillons très restreints."

"Le treizième pays le plus endetté..."

Jean Hindriks évoque aussi longuement le niveau préoccupant de la dette belge : 550 milliards d'euros en valeurs absolues, soit treizième niveau le plus endetté dans le monde ! "Pour un tout petit pays comme le nôtre et nous sommes le pays le plus endetté d'Europe par tête d'habitant." Et le problème, c'est que cela ne finance pas des investissements ou un patrimoine qu'on laisserait à nos enfants, mais des dépenses de fonctionnement, dont des prestations sociales.

Jean Hindriks, président de l'Economics School of Louvain, est l'invité de notre émission hebdomadaire Trends Talk, qui sera diffusée en boucle ce week-end sur Canal Z. Cet économiste, qui n'a pas sa langue en poche, est également membre de l'Itinera Institute, un think tank réputé, et a participé à plusieurs groupes de réflexion, notamment sur les pensions.A l'heure où l'économie belge et internationale connaît une période de tumultes, avec une inflation qui s'installe dans la durée, il balise l'inquiétude du moment : "Pour un pays endetté comme la Belgique, l'inflation est un vrai souci parce qu'elle s'accompagne souvent d'une hausse des taux d'intérêt, c'est-à-dire le coût du crédit. Cela nous ramène à des périodes assez difficiles de l'histoire de la Belgique, les années 1970/80 où nous avions des taux d'inflations qui frisaient les 10%."Or, précisément, elle pourrait atteindre 10% sur une base annuelle pour 2022, et peut-être même au-delà. "Tout cela est la conséquence d'un ensemble de facteurs qui tirent tous dans la même direction d'une augmentation des prix : une crise alimentaire mondiale, des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement, un coût de l'énergie - pas seulement le pétrole et le gaz, mais aussi indirectement l'électricité - qui sont partis à la hausse... Et tout cela semble installé de façon assez structurelle, malheureusement.""Les réponses politiques, jusqu'ici, sont "assez bonnes et proportionnées" en aidant les bas et moyens revenus, souligne Jean Hindriks. Faut-il aller plus loin et revoir l'équilibre social belge en touchant notamment à la norme salariale ou à l'indexation automatique des salaires ? Alors que des experts planchent pour le gouvernement De Croo sur une série de réponses, il suggère : "Oui, on devrait le revoir, mais peut-être pas dans la direction que l'on a tendance à concevoir."C'est-à-dire ? "Je pense que la norme salariale ou la marge salariale qui vise à protéger l'emploi chez nous plutôt que d'assister à des délocalisations dans les pays voisins devrait s'accompagner d'une espèce de norme de prix. On a cette fameuse norme salariale où l'on fait des comparaisons par rapport aux pays voisins, on devrait aussi avoir une comparaison générale des prix. Il faut savoir que l'inflation est beaucoup moins élevée en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas que chez nous. On ne peut pas tout mettre sur le dos de l'énergie, il y a aussi un souci dans notre secteur de la distribution, dans notre politique de concurrence au niveau belge." Un monitoring beaucoup plus étroit du contrôle de l'évolution des prix s'impose, dit Jean Hindriks. "Soyons clair, il s'agit de voir notamment s'il n'y a pas une certaine forme de collusion dans la grande distribution, entre différents opérateurs. Comment expliquer qu'une même chaîne présente dans différents pays à des prix aussi différents selon qu'elle se soit installée en Belgique, aux Pays-Bas ou en France. Je pense qu'il est assez paradoxal que notre Autorité de la concurrence n'ait pas accès aux marges bénéficiaires de la grande distribution. On doit miser sur les enquêtes de Test Achats, qui sont quand même des échantillons très restreints."Jean Hindriks évoque aussi longuement le niveau préoccupant de la dette belge : 550 milliards d'euros en valeurs absolues, soit treizième niveau le plus endetté dans le monde ! "Pour un tout petit pays comme le nôtre et nous sommes le pays le plus endetté d'Europe par tête d'habitant." Et le problème, c'est que cela ne finance pas des investissements ou un patrimoine qu'on laisserait à nos enfants, mais des dépenses de fonctionnement, dont des prestations sociales.