Vous vous souvenez ? Lorsque nous étions à l'école maternelle et que nous voyions le grand méchant loup arriver, nous hurlions en nous mettant les mains devant les yeux. Après tout, puisqu'on ne le voyait plus, le loup avait disparu, non ? Aujourd'hui, lorsque l'inflation avec ses grandes dents et sa truffe frémissante, nourrie par les problèmes de chaînes d'approvisionnement du covid et la guerre en Ukraine, arrive en roulant les yeux, ne sommes-nous pas en train de rééditer la stratégie inefficace et naïve de notre enfance ?

Nous nous couvrons les yeux. Nous trouvons des trucs pour ne pas voir les prix monter. Le gaz et le pétrole s'envolent ? On va faire comme si c'était pour de faux : on abaisse alors les accises sur l'essence, on travaille à plafonner les prix du gaz. Dans Le Soir, Alexander De Croo explique : "Je crois au marché libre mais aujourd'hui, il se comporte de manière hystérique et complètement irrationnelle". Il faut donc le fermer.

Désolé, mais les marchés aujourd'hui sont tout à fait rationnels. Parce qu'ils ont raison d'avoir peur : la flambée des prix reflète la menace d'une fermeture des approvisionnements russes et des possibles effets de domino sur les ventes de matières premières chinoises, voire africaines puisque la Chine et la Russie ont, ces 20 dernières années, avancé leurs pions sur ce continent.

Pendant ce temps, on subventionne. On donne aux producteurs d'énergies fossiles, qui se trouvent en dehors de l'Union européenne, l'argent du contribuable. On abaisse pendant quelques mois les taxes sur l'essence ou le gasoil, ce qui ne résoudra pas le problème structurel et général auquel nous devons faire face : il touche l'énergie mais aussi les produits alimentaires, les métaux... Ces aides videront seulement un peu plus encore les caisses de l'Etat et donneront aux gens un mauvais signal : celui que la crise est passagère et qu'au final, ce ne sera que quelques mauvaises semaines à passer.

Nous savons depuis des lustres que les matières premières ne sont pas inépuisables. Le conflit ukrainien est un déclencheur brutal, mais bien avant que les troupes russes ne marchent sur Kiev, l'Agence internationale de l'énergie avait averti que la transition climatique allait provoquer des grosses vagues sur les matières premières en multipliant par six ou huit la demande de certains métaux stratégiques. La crise ukrainienne ne fait que nous forcer à accélérer un changement douloureux qui devait de toute façon arriver. En fait, depuis longtemps, les prix pétroliers auraient dû traduire cette réalité.

"Peut-être est-il enfin temps que le personnel politique comprenne ce qu'est une limite physique et tienne à la population un discours adulte en conséquence", lance Jean-Marc Jancovici, consultant et enseignant à l'Ecole des Mines (à Paris). Il est temps en effet de sortir d'une économie infantile. Il est temps de dire qu'il est impératif de rebâtir un modèle économique bien plus durable mais que ce ne sera pas facile, qu'il faudra protéger les revenus les plus modestes mais que les autres devront, d'une manière ou d'une autre, contribuer à cet effort. Ce changement ne nous condamne pas nécessairement à tomber en décroissance car il faudra combler d'autres besoins et nous continuerons de poursuivre des objectifs, moins délétères mais toujours à la hauteur de nos rêves revisités. Car comme l'avait noté l'économiste Daniel Cohen dans un de ses essais : "le monde est clos, mais le désir infini ".

Vous vous souvenez ? Lorsque nous étions à l'école maternelle et que nous voyions le grand méchant loup arriver, nous hurlions en nous mettant les mains devant les yeux. Après tout, puisqu'on ne le voyait plus, le loup avait disparu, non ? Aujourd'hui, lorsque l'inflation avec ses grandes dents et sa truffe frémissante, nourrie par les problèmes de chaînes d'approvisionnement du covid et la guerre en Ukraine, arrive en roulant les yeux, ne sommes-nous pas en train de rééditer la stratégie inefficace et naïve de notre enfance ?Nous nous couvrons les yeux. Nous trouvons des trucs pour ne pas voir les prix monter. Le gaz et le pétrole s'envolent ? On va faire comme si c'était pour de faux : on abaisse alors les accises sur l'essence, on travaille à plafonner les prix du gaz. Dans Le Soir, Alexander De Croo explique : "Je crois au marché libre mais aujourd'hui, il se comporte de manière hystérique et complètement irrationnelle". Il faut donc le fermer.Désolé, mais les marchés aujourd'hui sont tout à fait rationnels. Parce qu'ils ont raison d'avoir peur : la flambée des prix reflète la menace d'une fermeture des approvisionnements russes et des possibles effets de domino sur les ventes de matières premières chinoises, voire africaines puisque la Chine et la Russie ont, ces 20 dernières années, avancé leurs pions sur ce continent.Pendant ce temps, on subventionne. On donne aux producteurs d'énergies fossiles, qui se trouvent en dehors de l'Union européenne, l'argent du contribuable. On abaisse pendant quelques mois les taxes sur l'essence ou le gasoil, ce qui ne résoudra pas le problème structurel et général auquel nous devons faire face : il touche l'énergie mais aussi les produits alimentaires, les métaux... Ces aides videront seulement un peu plus encore les caisses de l'Etat et donneront aux gens un mauvais signal : celui que la crise est passagère et qu'au final, ce ne sera que quelques mauvaises semaines à passer.Nous savons depuis des lustres que les matières premières ne sont pas inépuisables. Le conflit ukrainien est un déclencheur brutal, mais bien avant que les troupes russes ne marchent sur Kiev, l'Agence internationale de l'énergie avait averti que la transition climatique allait provoquer des grosses vagues sur les matières premières en multipliant par six ou huit la demande de certains métaux stratégiques. La crise ukrainienne ne fait que nous forcer à accélérer un changement douloureux qui devait de toute façon arriver. En fait, depuis longtemps, les prix pétroliers auraient dû traduire cette réalité."Peut-être est-il enfin temps que le personnel politique comprenne ce qu'est une limite physique et tienne à la population un discours adulte en conséquence", lance Jean-Marc Jancovici, consultant et enseignant à l'Ecole des Mines (à Paris). Il est temps en effet de sortir d'une économie infantile. Il est temps de dire qu'il est impératif de rebâtir un modèle économique bien plus durable mais que ce ne sera pas facile, qu'il faudra protéger les revenus les plus modestes mais que les autres devront, d'une manière ou d'une autre, contribuer à cet effort. Ce changement ne nous condamne pas nécessairement à tomber en décroissance car il faudra combler d'autres besoins et nous continuerons de poursuivre des objectifs, moins délétères mais toujours à la hauteur de nos rêves revisités. Car comme l'avait noté l'économiste Daniel Cohen dans un de ses essais : "le monde est clos, mais le désir infini ".