Je suis de ceux qui considèrent que la situation sanitaire et économique dans laquelle se trouve aujourd'hui la Belgique est le résultat d'un échec collectif. Politiques, experts, simples citoyens et médias se partagent la responsabilité de la mauvaise gestion de l'après première vague et des débuts de la deuxième. Peut-être que d'autres éléments expliqueront, à l'avenir, pourquoi les pays européens, et la Belgique en particulier, sont à ce point touchés: des facteurs génétiques, des modes de transmissions insoupçonnés (comme les fameuses micro-gouttelettes). Mais en attendant, la deuxième vague est là, meurtrière et causant de nombreux dégâts économiques.
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Je suis de ceux qui considèrent que la situation sanitaire et économique dans laquelle se trouve aujourd'hui la Belgique est le résultat d'un échec collectif. Politiques, experts, simples citoyens et médias se partagent la responsabilité de la mauvaise gestion de l'après première vague et des débuts de la deuxième. Peut-être que d'autres éléments expliqueront, à l'avenir, pourquoi les pays européens, et la Belgique en particulier, sont à ce point touchés: des facteurs génétiques, des modes de transmissions insoupçonnés (comme les fameuses micro-gouttelettes). Mais en attendant, la deuxième vague est là, meurtrière et causant de nombreux dégâts économiques. Dans la mauvaise gestion collective d'une catastrophe telle que celle que nous vivons, deux éléments me semblent jouer un rôle important et négatif: l'inertie des comportements et le court-termisme. Le premier pousse les ménages et les entreprises à tenter de retrouver au plus vite leurs comportements "habituels" plutôt que de les adapter aux nouvelles conditions. Cette inertie a d'abord des conséquences sur la propagation du virus. Mais elle nous pousse également à ne pas nous adapter à de nouvelles situations. Durant l'été, dans cette même chronique, j'avais mis en garde quant à l'arrivée d'une deuxième vague et la nécessité pour les entreprises de s'adapter au mieux à cette éventualité. L'inertie a probablement fait que beaucoup sont restés sourdes à cette mise en garde. Le deuxième élément, le court-termisme, pousse à ne pas prendre des décisions radicales mais pourtant nécessaires. Il est toujours difficile de prendre des décisions en situation d'incertitude. Et dans une telle situation, le court-termisme apparaît comme la situation de facilité. Face à l'arrivée de la deuxième vague, le court-termisme pousse par exemple à prendre des mesures de confinement trop légères, "pour préserver l'économie". Mais c'est un mauvais calcul. Le problème n'est pas de préserver l'économie un jour, mais de la préserver sur la durée de la pandémie. Et dans ce cas, il n'y a qu'une chose à faire: prendre toutes les mesures nécessaires pour juguler au plus vite tout nouvel assaut. Si les mesures doivent être fortes, qu'elles le soient! Le plus tôt sera le mieux. Et ce n'est pas qu'une intuition! Des travaux académiques, notamment du FMI (voir notamment le travail de Francesco Grigoli et Damiano Sandri), ou de Christian Gollier (Toulouse School of Economics) montrent que plus les mesures sont prises tôt, fussent-elles radicales, plus l'économie peut rapidement sortir de la tempête. En suivant ces raisonnements, le confinement qui est aujourd'hui imposé comme mesure de la dernière chance dans des conditions déplorables sur le plan sanitaire aurait été bien plus efficace à la fin de l'été, dès les premiers signes de reprise de la pandémie. Bien sûr, l'imposer à cette période aurait été perçu comme une grave atteinte aux libertés et une ineptie sur le plan économique. Mais cette perception n'est que l'expression du court-termisme ambiant. On ne peut revenir sur le passé mais, pour l'avenir, parce que cette pandémie va nous suivre encore des mois, il est important de changer de comportement. L'inertie doit faire place à la créativité et le court-termisme être remplacé par une stratégie (coordonnée au niveau européen) qui s'écarte des intérêts corporatistes et qui évalue l'impact des mesures sur la trajectoire complète de l'économie et non sur une ou deux semaines. Et en n'oubliant jamais que la santé prime sur les autres considérations.