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Les mesures de soutien décidées par les gouvernements (reports de charge, fonds de soutien...) sont-elles suffisantes? Ce n'est probablement pas suffisant. Mais il faut aussi remettre les choses dans leur contexte : c'est aujourd'hui (jeudi) que la confiance va être accordée au gouvernement, qui le sera de plein exercice. En plus, déjà, des pouvoirs spéciaux, le gouvernement fédéral de plein exercice aura les coudées plus franches et pourra sortir une artillerie plus lourde afin d'aider au mieux les entreprises. L'important, face à ce genre de crise, c'est d'avoir une stratégie claire et non pas des mesures qui partent dans tous les sens. Autant je comprends l'urgence que ressentent les entreprises, car supporter des charges sans enregistrer des recettes est bien entendu très difficile, mais autant la meilleure réponse que pourront leur apporter les autorités sera celle d'une stratégie construite et réfléchie. Pour le moment, il ne s'agit "que" de mesures introductives pour montrer que le gouvernement est présent et libère des moyens. Mais petit à petit, d'autres mesures plus affirmées vont arriver sur la table. La décision, dans la nuit de mercredi à jeudi, de la BCE (un plan d'"urgence" de 750 milliards d'euros destinés à des rachats de dette publique et privée pour tenter de contenir les répercussions sur l'économie, ndlr) donne la capacité, aussi, aux gouvernements, maintenant, d'émettre de la dette sur les marchés. Pensez-vous à d'autres idées d'aides qui pourraient avoir une certaine efficacité ? Fondamentalement, cette stratégie vise à dire ceci : nous connaissons une période de fermeture de l'activité et celle-ci doit correspondre à la vie de l'entreprise comme si rien ne s'était passé. Dès lors, comme "rien ne s'est passé" du côté du chiffre d'affaires, il ne doit ainsi "rien se passer" du côté des charges, non plus. Comment applique-t-on cette stratégie ? Tout ceci est en discussion mais cela peut se dérouler via le report de charges et des cotisations ONSS. Mais il faut bien comprendre que c'est un effort important pour un Etat, puisque ce dernier ne va pas pouvoir percevoir ses recettes, alors que ses dépenses, notamment en soins de santé ou en allocations de chômage économique, explosent. L'élément important, c'est surtout de savoir, au moment de la reprise des activités, dans quelle mesure les entreprises pourront effectivement s'acquitter de leurs charges ? Il y aura des différences très importantes entre les entreprises elles-mêmes... Mais un autre point est évidemment d'aller un cran plus loin dans les mesures décidées, comme l'applique d'ailleurs le gouvernement wallon. Ce n'est pas qu'une suspension de charges ou d'un report, parce qu'aussi, une entreprise connaît également des coûts fixes. Et ces derniers n'ont généralement rien à voir avec l'Etat. Il ne s'agit pas de taxes ou de charges sociales, mais c'est par exemple un loyer ou encore des salaires. La question se pose alors de savoir si l'Etat doit également intervenir à ce niveau-là en attribuant par exemple un montant fixe par travailleur ou par indépendant sous forme d'allocation aux entreprises. Toutes les entreprises pourront-elles y survivre selon vous ? C'est une question difficile. Il y avait déjà, évidemment, des entreprises en difficulté avant l'arrivée de cette crise, et pour lesquelles la situation n'était plus tenable. Avec ou sans cette crise, celles-ci allaient irrémédiablement fermer. C'est la vie économique : tous les mois, on recense environ 1000 faillites sur le territoire. Comment dès lors faire la distinction entre les entreprises qui sont durement touchées par la crise actuelle mais qui ne connaissaient pas de difficultés avant celle-ci et les entreprises qui étaient déjà dans une situation compliquée ? La stratégie développée par les autorités pourra éventuellement trancher cette question. De manière plus ennuyeuse pour les entreprises, et ce n'est qu'une intuition, mais j'ai le sentiment que cette longue période de fermeture va changer profondément les habitudes des consommateurs, au point que je ne suis pas certain qu'un retour au "monde d'avant" sera effectif. Par exemple, on le voit avec l'e-commerce, qui connaît une accélération, et qui va se poursuivre au-delà de la crise. Et c'est le même constat avec la livraison de repas de restaurants à domicile. De nombreuses personnes qui ont découvert ce procédé à cause de l'émergence de la crise vont probablement continuer cette habitude après celle-ci. Les habitudes des consommateurs vont être profondément modifiées, parce que tout ceci nous fait réfléchir. Cela aura pour conséquences que certaines entreprises éprouveront peut-être aussi des difficultés dans leur business suite aux changements de comportements des consommateurs. Les quatre banques du pays du pays ont décidé, aussi, d'aider les entreprises en difficulté. Comment cela va-t-il se dérouler ? Les choses sont encore assez floues. Il fallait d'abord savoir quelles seraient les décisions prises concrètement par les Etats, sous forme de garanties ou autre dans cette opération. Tout dépend, comme je l'ai dit, d'avoir un gouvernement de plein exercice. Toutes les modalités pratiques ne sont simplement pas encore définies. Il y a un point qui pour le moment a été défini par les banques, c'est de gérer les éventuelles aides au cas par cas. Toutes les forces sont d'ailleurs réunies aujourd'hui dans les banques pour étudier ces cas par cas. L'urgence est là, mais il faut bien comprendre que les modalités et les stratégies mises en place pour venir en aide aux entreprises vont évoluer au cours des prochaines heures voire des prochains jours. Il faudra attendre les précisions pour pouvoir affirmer concrètement comment cela va se dérouler. Le système bancaire restera quoi qu'il arrive une pièce maîtresse de cette stratégie parce que le financement de l'économie passe par celui-ci. Son rôle à jouer est important. Et il le jouera. Peut-être pas assez aux yeux de certains.