Le nouveau gouvernement wallon envisage d'investir 4 milliards d'euros au cours de la législature. Un tel montant vous paraît-il raisonnable au vu de la situation budgétaire ?

Ces investissements sont encore très flous : parle-t-on de nouveaux projets ou cette enveloppe inclut-elle la concrétisation de projets déjà annoncés ? Une partie de ces investissements sera-t-elle financée via des partenariats avec le privé ? Reste qu'au-delà de ce flou, je note quand même cette espèce d'illusion selon laquelle les mesures que prendra ce gouvernement pour stimuler l'activité et l'emploi généreront des recettes supplémentaires et financeront ainsi de nouveaux emprunts. Or, les perspectives de croissance sont très modestes pour 2019 et 2020, en Belgique comme dans l'ensemble de la zone euro. Le contexte international n'est pas vraiment favorable pour les ambitions affichées par la nouvelle coalition.

Mais ce qui est favorable aux investissements, c'est la persistance de taux d'intérêt très bas. La Wallonie n'a-t-elle pas raison de chercher à relancer, maintenant, l'investissement public ?

Il y a effectivement un débat en Europe sur les investissements publics, en suivant un double objectif : répondre au défi climatique et réussir le développement des nouvelles technologies, pour assurer une croissance soutenable à long terme. Si la Wallonie parvient à s'inscrire dans cette stratégie, qui doit être mise en place au niveau européen, alors une relance de l'investissement public peut se concevoir. Mais encore faut-il avoir les moyens d'investir. Le carcan européen va sans doute devoir bouger mais cela ne suffira pas. Il faudra accepter de freiner certaines dépenses, de rationaliser les aides aux entreprises, trop souvent plus proches de la dilution des moyens que de l'aide structurelle. Il y a une pléthore d'organismes, des intercommunales à gauche et à droite. Cela correspond à une autre époque, à une manière de faire de la politique, à un tissu industriel qui n'était pas aussi dilué. Il faudra poser des choix, radicaux parfois.

La situation de la Fédération Wallonie-Bruxelles n'est-elle pas plus inquiétante encore ? Les projections de l'université de Namur annoncent plus de 850 millions de déficit et une hausse de 30% de la dette d'ici 2024 ?

L'urgence en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce n'est pas d'investir tel ou tel montant mais bien d'amener une meilleure adéquation entre l'offre et la demande sur le marché de l'emploi. Cela implique de revoir l'enseignement et la formation mais surtout, et pour moi cela devrait être la priorité absolue du nouvel exécutif, de réussir la réforme du Forem. Ce serait un basculement fondamental pour la Wallonie. C'est crucial pour l'économie, bien entendu, mais aussi pour la lutte contre la précarité et pour la cohésion sociale. La priorité, à court terme, elle est là, et bien plus que dans les 4 milliards d'euros qu'on pourrait investir sans trop savoir où et comment. Le gouvernement wallon prend un très grand pari en misant sur une dynamique susceptible de générer des recettes fiscales supplémentaires dans les cinq prochaines années. Le plan Marshall a pu initier une dynamique, notamment dans les biotechs et la pharmacie. Mais tous les secteurs n'ont pas évolué aussi bien. Il ne faudrait pas répéter les mêmes erreurs avec des investissements trop dilués.