Au-delà du vote musulman qui a été fatal à Manuel Valls, Benoît Hamon aura sans doute séduit les électeurs socialistes avec sa mesure phare : le revenu universel. En bon malthusien socialiste, Benoît Hamon part en effet du principe qu'avec la robotisation, l'automatisation et l'intelligence artificielle, les emplois vont se raréfier.
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Au-delà du vote musulman qui a été fatal à Manuel Valls, Benoît Hamon aura sans doute séduit les électeurs socialistes avec sa mesure phare : le revenu universel. En bon malthusien socialiste, Benoît Hamon part en effet du principe qu'avec la robotisation, l'automatisation et l'intelligence artificielle, les emplois vont se raréfier. Soyons juste, il n'est pas le seul à le penser. Un seul exemple ? Martin Sorrell, le patron de WPP (première agence de publicité au monde) a publié au Forum de Davos une étude qui démontre que le populisme va grandir, non pas tant à cause de la mondialisation que par les révolutions technologiques. Selon lui, l'intelligence artificielle, en détruisant des millions d'emplois risque de créer des... réfugiés du numérique ! Et donc, pour gommer l'impact social de ces pertes d'emplois prévisibles, Benoît Hamon préconise d'instaurer un revenu universel. Bref, une allocation qui serait versée à tous les Français de plus de 18 ans quel que soit leur niveau de ressources. En d'autres mots, que vous travailliez ou ne travailliez pas, vous aurez le droit d'être payé. L'idée de base, c'est que cette indemnité unique n'est pas une manne céleste, mais la remplaçante de toute une batterie d'allocations sociales dans l'unique but d'assurer un revenu décent pour chaque Français. A l'évidence, l'idée d'un revenu universel sans condition a séduit les électeurs de la primaire socialiste même si son financement reste problématique. En effet pour financer le coût de cette allocation (entre 300 à 400 milliards d'euros), Benoît Hamon propose de taxer les robots qui piqueront demain nos emplois. Et avec l'argent récolté, il espère financer son fameux revenu universel. Ne nous leurrons pas, le débat sur le revenu universel en France est aussi très présent en Belgique, tant à droite qu'à gauche d'ailleurs. Mais c'est vrai, l'idée (utopie ? ) suscite tout de même quelques réserves. D'abord, elle part d'un constat négatif. A savoir qu'il faut oublier le retour de la croissance ou qu'elle sera trop faible pour créer assez de nouveaux emplois. Et encore, si ces emplois ne sont pas tous accaparés par des robots ou des algorithmes ! Bref, le revenu universel, c'est aussi l'expression d'une vision très pessimiste de l'avenir. Ensuite, même si le revenu universel reste chiche (moins de 1.000 euros par mois), il envoie un message terrible à la société : à savoir qu'on pourra être rémunéré à ne rien faire. L'image est dévastatrice par rapport à des siècles de discours liant la rémunération à l'effort. Et quant à la raréfaction des jobs imputables à la robotisation de nos sociétés, cette hypothèse fait l'impasse sur un constat : les pays les plus robotisés comme l'Allemagne ou la Corée du Sud sont des pays où le taux de chômage est le plus faible au monde ! Les partisans du revenu universel affirment que leur utopie sera la réalité de demain, mais quasi aucun pays n'a encore démontré que ce système fonctionnait. Les médias évoquent une vague expérience au fin fond de la Finlande, mais elle vient juste de démarrer. En résumé, dimanche dernier, la victoire de Benoît Hamon a envoyé un message assez clair au monde : après l'instauration des 35 h, le débat sur les 32 h, une partie de la population française souhaite aujourd'hui le 0 h. J'imagine déjà demain le débat délicat entre Hamon et Fillon. L'un est catalogué très à gauche, mais sa femme travaille à un haut poste chez LVMH, le plus puissant groupe de luxe au monde. De l'autre côté, Fillon est catalogué très à droite, mais sa femme a en quelque sorte pratiqué le revenu universel avant l'heure, puisqu'elle aurait été payée à ne rien faire. La gauche caviar contre la fausse rectitude du fil à plomb ?