En 2010, le Fonds monétaire international (FMI) s'est rendu complice d'un mensonge : il a affirmé, en compagnie de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne, que la dette souveraine de la Grèce était soutenable et, sur la foi de ce mirage, a prêté à celle-ci plus de 20 fois ce qu'autorisaient les quotas plutôt que d'encourager les Grecs à restructurer leur dette et les aider à prendre un nouveau départ sur une base financière assainie.
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En 2010, le Fonds monétaire international (FMI) s'est rendu complice d'un mensonge : il a affirmé, en compagnie de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne, que la dette souveraine de la Grèce était soutenable et, sur la foi de ce mirage, a prêté à celle-ci plus de 20 fois ce qu'autorisaient les quotas plutôt que d'encourager les Grecs à restructurer leur dette et les aider à prendre un nouveau départ sur une base financière assainie. Ce qui a conduit le FMI à ce mensonge, c'est la conviction qu'il n'y avait pas d'autre choix que d'y souscrire : que le risque systémique, le risque d'effondrement du système financier dans son ensemble, était trop élevé. Aux yeux du Bureau indépendant d'évaluation du FMI, dans un rapport publié ce 8 juillet, intitulé The IMF and the crises in Greece, Ireland and Portugal, il s'agit, pour l'institution, d'une infraction impardonnable à ses principes fondamentaux. Pour ce qui touche à la Grèce seule, le FMI avait déjà reconnu la faute commise en 2010 dans son rapport par nation n° 13/156 de juin 2013. Le rapport le plus récent, celui du Bureau d'évaluation, n'apporte aucun élément nouveau, à cette différence près que le rapport régional officiel de 2013 attribuait les errements du FMI aux pressions qu'aurait exercées sur lui la Commission européenne, accusée d'amateurisme, d'incompétence et d'avoir identifié ses intérêts à ceux seuls des deux poids lourds de la zone euro, l'Allemagne et la France, alors que le rapport du Bureau d'évaluation de juillet attribue, lui, la responsabilité de la lourde faute à des dissensions internes au sein des instances dirigeantes du FMI, une différence qui n'est pas mince ! Au moment de la parution du rapport de 2013 incriminant la Commission européenne, Olli Rehn, à l'époque commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, avait déclaré : " Je n'ai pas le souvenir que Dominique Strauss-Kahn ait appelé de ses voeux en début de période une restructuration de la dette grecque. Je me souviens distinctement, par contre, que Christine Lagarde y était opposée ". L'époque qu'évoquait Olli Rehn, c'était l'année 2010 : Strauss-Kahn était alors à la tête du FMI, tandis que Lagarde était ministre française de l'Economie, des Finances et de l'Emploi. En 2013, tout comme encore aujourd'hui dans un second mandat, c'était Lagarde elle-même qui était à la tête du FMI. Or, le rapport le plus récent, celui du Bureau d'évaluation du FMI, entérine à demi-mot les accusations de l'ancien commissaire européen : les infractions de l'institution à ses propres principes ont été commises sous ses deux plus récents directeurs généraux : Strauss-Kahn et Lagarde. Quelles conséquences ont eu les infractions commises ? Que les sommes dégagées par le FMI pour soulager en principe la Grèce ont permis en réalité de sauver les banques allemandes et françaises créancières de la Grèce pour des sommes d'un montant considérable puisque, selon la Banque des règlements internationaux, le bilan des banques allemandes était grevé au 1er octobre 2010 d'une dette publique grecque à hauteur de 19,2 milliards d'euros, et celui des banques françaises à hauteur de 14,4 milliards. Et secteurs commercial et public confondus, de 50,6 milliards d'euros pour l'Allemagne, et de 67 milliards pour la France... un montant total représentant 58,1 % de la dette souveraine grecque à l'époque. La Grèce une fois " sauvée ", sa dette s'est retrouvée essentiellement détenue par la Banque centrale européenne, autrement dit par le contribuable de la zone euro, le citoyen grec n'ayant bénéficié en rien d'une opération qui n'aura existé que pour le bénéfice exclusif des banques. Ce sont M. Strauss-Kahn et Mme Lagarde qui ont rendu ces hold-up possibles, laisse entendre le rapport du 8 juillet du Bureau indépendant d'évaluation du FMI. La guerre fait désormais rage au sommet de cette illustre institution.