Quelle fougue, quelle passion, quelles couleurs contenues dans cette relation entre Frida Kahlo et Diego Rivera ! Des couleurs primaires - bleu, jaune, rouge - à l'instar des trois parties du livre de Claire Berest, qui retrace l'histoire d'amour des deux peintres mexicains, un amour tel qu'il se vit dans le rapport à leur art autant que dans leur corps.
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Quelle fougue, quelle passion, quelles couleurs contenues dans cette relation entre Frida Kahlo et Diego Rivera ! Des couleurs primaires - bleu, jaune, rouge - à l'instar des trois parties du livre de Claire Berest, qui retrace l'histoire d'amour des deux peintres mexicains, un amour tel qu'il se vit dans le rapport à leur art autant que dans leur corps. De toute façon, avec Frida Kahlo, tout est dans la chair, celle qui l'a tant fait souffrir. Victime d'un terrible accident de bus à 22 ans alors qu'elle avait déjà contracté une poliomyélite dans son enfance, elle n'aurait plus dû marcher. C'est sa force de caractère qui l'a redressée, mais elle aura mal toute sa vie. Ses tableaux s'en ressentent, l'artiste affectionnant l'autoportrait torturé et son corps meurtri. Frida n'a pas attendu Diego pour peindre. Lors de sa convalescence, elle peint parce qu'Alejandro, son fiancé d'alors, ne la visite plus depuis son accident. Frida veut ensuite un enfant, Diego lui refuse, surtout depuis cette fausse couche qui faillit lui être fatale mais qui inspira à l'artiste l'une de ses peintures les plus marquantes : L'Hôpital Henry Ford (le couple s'était installé à Detroit, Rivera ayant reçu une commande du magnat de l'automobile). " C'est un cri de douleur imagé dans un livre pour enfants. Une histoire effrayante que l'on écoute en se blottissant sous les couvertures. " Excellemment documentée, ayant décortiqué journaux intimes et correspondance, Claire Berest multiplie ainsi les allers-retours entre la vie du couple et leurs oeuvres, spécialement celle de Kahlo. Surréaliste, sa peinture ? " Mon rapport aux tableaux de Frida Kahlo est comme un langage évident, nous confie Claire Berest. Elle disait 'je peins le réel'. On peut surtout y traquer tous ces symboles où elle crie 'j'ai mal, je suis à terre'. C'est ce que j'aime dans son oeuvre. Frida, c'est l'expression d'un corps en permanence. Quand cette enveloppe, ce véhicule nous trahit, il y a quelque chose de l'ordre de la survie. " Tout passe par sa propre représentation. Une expérience extrême que la jeune femme poursuit durant sa relation avec Diego Rivera, de 1928 à 1938. Lors de leur rencontre, le muraliste est déjà un " monstre ", figure communiste par excellence au coeur d'une république en révolte. Quand il s'éprend de Frida, l'homme traîne sa réputation de séducteur, d'ogre affamé de la vie et de femmes, et leur caractère flamboyant les réunit. Mais à deux, la passion s'ajoute à une admiration réciproque mais tumultueuse. Leurs échanges ressemblent parfois à un combat de boxe, et bien malin celui qui devinera qui mène la danse. " C'est elle qui choisit l'ogre, explique Claire Berest. Elle mène d'abord la danse, lui serinant : 'Sois mon grand dragon ! '. " Mais lui répond : " Tu n'es pas la mère de mes enfants, tu es ma compañera. Ma confidente. Tu es mes yeux. L'enfant de mon âme. " L'auteure parle d'une " égalité primaire " découlant de leur culture communiste. " Si elle semble soumise à cet amour dévorant, elle s'octroie la liberté de ne pas être libre. Etre dévorée par un ogre, c'est une belle manière de danser sa vie. " Cela fait 20 ans que la romancière fréquente Frida Kahlo. De cette obsession, elle en a fait un roman où elle s'autorise à inventer leur langage. " C'est la liberté du romancier de ne pas se mettre à distance, nous dit-elle. Sans les trahir. A leur vie, j'avais envie d'y mêler ce que je voulais dire sur le monde. J'ai libéré quelque chose en moi de névrotique et ai peut-être gagné de l'apaisement. " Un objectif pas simple avec cette " histoire d'amour fou " qui se terminera sans doute à cause des névroses de ses deux protagonistes. Avec une écriture empreinte d'une fougue toute latine, d'une palette colorée, elle nous emporte dans l'audace et le tumulte de la vie de Frida et Diego