J'ai déjà évoqué par le passé le fait que la productivité du travail continue de ralentir dans la plupart des pays développés. Pour rappel, la productivité du travail mesure l'activité économique (ou plus pragmatiquement la richesse créée) par travailleur. Cette notion est très importante pour les prochaines décennies. En effet, si la population en âge de travailler n'augmente pas - ce qui sera le cas dans les prochaines décennies -, les gains de productivité sont les seules sources de croissance possibles. Autrement dit, si les gains de productivité se maintiennent au niveau actuel, à savoir entre 0,5 et 1 % par an, cela se traduira par une croissance économique du même ordre, donc bien inférieure aux standards du passé. Il faudra alors s'habituer à une croissance économique plus faible et faire des choix difficiles, dans la mesure où par exemple, les dép...

J'ai déjà évoqué par le passé le fait que la productivité du travail continue de ralentir dans la plupart des pays développés. Pour rappel, la productivité du travail mesure l'activité économique (ou plus pragmatiquement la richesse créée) par travailleur. Cette notion est très importante pour les prochaines décennies. En effet, si la population en âge de travailler n'augmente pas - ce qui sera le cas dans les prochaines décennies -, les gains de productivité sont les seules sources de croissance possibles. Autrement dit, si les gains de productivité se maintiennent au niveau actuel, à savoir entre 0,5 et 1 % par an, cela se traduira par une croissance économique du même ordre, donc bien inférieure aux standards du passé. Il faudra alors s'habituer à une croissance économique plus faible et faire des choix difficiles, dans la mesure où par exemple, les dépenses publiques croissent actuellement à un rythme bien plus élevé, ce qui est intenable sur le long terme. On peut s'étonner que les gains de productivité soient aussi faibles actuellement car paradoxalement, on a l'impression que les innovations foisonnent et que nous sommes entourés de nouvelles technologies. Essayons donc ici de rassembler les quelques explications possibles à ce paradoxe technologique. La première explication est bien connue puisque c'est celle avancée par une partie des adeptes de la secular stagnation : les innovations sont nombreuses et bien réelles, mais elles ne permettent pas d'améliorer la productivité. Imaginez par exemple que votre smartphone vous permette de visualiser votre interlocuteur en 3D par hologramme. Ce serait une innovation sympathique à utiliser, mais qui fondamentalement n'aurait aucun impact sur la productivité de la force de travail dans un pays. Cette explication, souvent utilisée car étant la plus intuitive et la plus simple à comprendre, est probablement en partie valable, mais elle ne vaut pas pour les nombreuses applications industrielles des innovations. Bref, elle est trop élémentaire. Une deuxième explication, plus importante à mon sens, serait que les innovations sont bel et bien des accélérateurs de productivité, mais que par l'inertie de l'économie, nous n'en voyons pas encore les effets. L'inertie se marque d'abord par la difficulté pour les entreprises à assimiler le progrès technologique : son coût peut être trop élevé, son implémentation dans l'environnement existant de l'entreprise peut être techniquement difficile et les habitudes du passé font le reste. Mais l'inertie concerne aussi l'emploi : l'intégration de nouvelles technologies ne se marque pas directement par le remplacement brutal des travailleurs. Dès lors, la transition durant laquelle le développement des nouvelles technologies crée des emplois nouveaux sans que leur implémentation dans les entreprises ne donne lieu à des pertes d'emploi, se traduit par une période de faibles gains de productivité. Si cette explication se confirme, les gains de productivité prennent juste un peu de retard, mais seront in fine bien présents. Enfin, on ne peut négliger l'hypothèse de l'incapacité des outils actuels de mesures à capter l'activité réellement créée par les innovations technologiques. On sait par exemple que les emplois et l'activité générée par l'économie de plateformes (faussement appelée l'économie de partage) échappent pour une bonne part à la mesure du PIB. Certes, c'est un mauvais exemple car intégrer ces chiffres provoquerait probablement une baisse de la productivité (il s'agit d'emplois peu productifs) mais sans doute y a-t-il d'autres exemples pour lesquels, en raison des nouveaux modes de production, l'outil statistique est mal armé pour mesurer la valeur ajoutée. Pour conclure, sans en avoir la preuve (la technologie nous permettra probablement un jour de mieux mesurer l'activité économique et ses sources), je reste convaincu que la baisse des gains de productivité à laquelle on assiste est en partie une illusion d'optique. C'est d'autant plus vrai que certaines révolutions technologiques se préparent, notamment si l'on pense à la voiture autonome. Imaginez les gains de productivité générés, certainement dans un pays congestionné comme la Belgique... PHILIPPE LEDENTJe reste convaincu que la baisse des gains de productivité à laquelle on assiste est en partie une illusion d'optique.