Ronronnante, la politique belge ? Alors, vous ne connaissez pas Benoît Lutgen. Le Bastognard a pris tout le monde de court ce lundi en annonçant soudain, à l'heure du déjeuner, " la rupture immédiate " entre son parti, le cdH, et le PS, son partenaire à Bruxelles et en Wallonie. " Comme chaque citoyen, je suis dégoûté, a-t-il déclaré. Les affaires et la soif d'argent de certains élus freinent le développement des Régions. Force est de constater que le parti socialiste porte une responsabilité écrasante dans ces affaires. "
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Ronronnante, la politique belge ? Alors, vous ne connaissez pas Benoît Lutgen. Le Bastognard a pris tout le monde de court ce lundi en annonçant soudain, à l'heure du déjeuner, " la rupture immédiate " entre son parti, le cdH, et le PS, son partenaire à Bruxelles et en Wallonie. " Comme chaque citoyen, je suis dégoûté, a-t-il déclaré. Les affaires et la soif d'argent de certains élus freinent le développement des Régions. Force est de constater que le parti socialiste porte une responsabilité écrasante dans ces affaires. " Qu'est-ce qui a poussé le président du cdH à sortir précisément ce jour-là, alors que les scandales rythmaient l'actualité politique depuis plus de six mois ? Les tensions entre les partenaires étaient en réalité palpables depuis plusieurs mois à Namur, et bloquaient l'avancement de dossiers importants comme la réforme fiscale wallonne. Et elles allaient en fait crescendo car, depuis le début de l'année, deux courants parallèles contribuent à rendre la position du cdH intenable. D'un côté, les scandales à répétition plombent le PS et celui-ci pourrait bien entraîner son allié (déjà pas trop vigoureux dans les sondages) dans son inéluctable déglingue ; de l'autre, l'irrésistible ascension d'Emmanuel Macron fait pousser des ailes à bien des humanistes, persuadés que l'avenir est aux centristes, c'est-à-dire à eux. Alors, au lendemain des élections législatives françaises qui ont acté la mort clinique du parti socialiste français, c'est le moment, c'est l'instant : Benoît Lutgen décide de faire voler en éclats les majorités francophones et, sait-on jamais, le PS lui-même, tant la France mais aussi les Pays-Bas nous ont montré que le " dégagisme " ambiant pouvait avaler ses proies à une vitesse incroyable. Ce faisant, il repositionne son parti, hier " scotché " au PS, vers la case centriste, désormais très en vogue. Le président du cdH a tenté le coup de poker, sans trop s'inquiéter de la praticabilité politique du scénario. Mais il a senti, mieux que d'autres, l'ampleur du rejet du PS dans l'opinion et donc la quasi-obligation pour les autres partis de le rejoindre. Le MR, qui piaffe dans l'opposition régionale depuis 13 ans, est bien entendu intéressé par l'offre. Mais Défi et Ecolo (il en faut au moins un des deux pour une majorité à Bruxelles et à la Communauté française) observent la main tendue avec plus de scepticisme. Pas question de bondir sur des mandats, fussent-ils ministériels, à l'heure où les moeurs politiciennes révulsent nombre de citoyens. " Le citoyen n'attend pas un changement de gouvernement mais un changement de gouvernance ", ont lancé avec une belle pertinence les co-présidents d'Ecolo Zakia Khattabi et Patrick Dupriez. Ils ne soutiendront une alliance qu'avec l'engagement ferme de s'attaquer aux racines des maux actuels, via le décumul, la rationalisation des structures publiques, la participation citoyenne etc. Cela augure des discussions serrées. Mais qui devront être très rapides car, d'une part, la législature ne court plus que sur deux ans, il faut montrer très vite la différence ; et d'autre part, l'opinion peut se retourner si les négociations s'enlisent et plongent les entités francophones dans d'inadmissibles affaires courantes, elles qui ont déjà tant de retard à combler... Christophe De Caevel