A cause de la pandémie de 2020, beaucoup d'autres informations importantes sont passées à la trappe. Pour le Parti communiste chinois (PCC), c'était donc le moment idéal pour agir. Le 30 juin, il a promulgué une nouvelle loi sur la sécurité nationale (LSN) à Hong Kong, qui a mis fin au compromis politique " un pays, deux systèmes ", censé protéger les libertés héritées de l'époque coloniale britannique sur le territoire après son retour dans le giron chinois, en 1997.
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A cause de la pandémie de 2020, beaucoup d'autres informations importantes sont passées à la trappe. Pour le Parti communiste chinois (PCC), c'était donc le moment idéal pour agir. Le 30 juin, il a promulgué une nouvelle loi sur la sécurité nationale (LSN) à Hong Kong, qui a mis fin au compromis politique " un pays, deux systèmes ", censé protéger les libertés héritées de l'époque coloniale britannique sur le territoire après son retour dans le giron chinois, en 1997. La nouvelle loi a changé le tissu social et l'état d'esprit de l'une des plus grandes villes du monde, et risque de porter un coup fatal à ce grand centre de la finance mondiale. Elle est également la preuve que le PCC ne recule devant rien pour imposer par la force son contrôle sur chaque recoin de son territoire. Les mesures qu'il a prises au Xinjiang et au Tibet le confirment d'ailleurs, et l'on peut s'attendre à ce qu'il conserve une attitude aussi musclée en 2021. La Chine considère les libertés civiles et les droits de l'homme comme une menace contre son existence. Elle craint également que les problèmes économiques auxquels elle est confrontée sur le plan domestique ne soient facteurs d'instabilité. En effet, les bons résultats économiques de la Chine ont longtemps été un gage de légitimité et de stabilité, mais la pandémie a mis à mal ce postulat: une crise de la dette se profile à l'horizon, la reprise s'effectue de manière inégale, les écarts de revenus se creusent, et le taux de chômage est en hausse. Le modèle de croissance et le système de distribution des richesses de la Chine pourraient ne pas parvenir à engendrer une puissance économique suffisante pour maintenir le pays sur la voie actuelle. Par ailleurs, on assiste à une montée de la dissidence interne. Dans ce contexte d'insécurité, le gouvernement de Pékin compte sur les discours nationalistes et sur une répression accrue pour forcer l'adhésion à la ligne du parti et détourner l'attention de la population. Les voix émettant ouvertement des critiques sont étouffées en Chine populaire, comme elles le sont désormais à Hong Kong. Ren Zhiqiang, un homme d'affaires fortuné, a récemment été condamné à 18 ans de prison après avoir critiqué M. Xi. De toutes les campagnes de répression qui touchent les régions périphériques, celle qui a conduit à l'internement de centaines de milliers de Ouïgours dans des camps de la région du Xinjiang, dans le nord-ouest du pays, est la plus connue de toutes. Pourtant, la répression ne fait qu'accroître la résistance, laquelle fait persister l'instabilité régionale. Bien que le PCC tente de se faire passer pour un pacificateur et cherche à se faire des amis en Europe pour faire contrepoids aux Etats-Unis, il y a peu d'espoir que la Chine cesse d'exporter ses menaces pour les droits de l'homme dans le monde. Cependant, certains Occidentaux semblent commencer à en prendre conscience. L'Union européenne a publié une déclaration exprimant ses profondes inquiétudes à propos de la LSN. De son côté, l'Allemagne a réagi en suspendant son traité d'extradition avec Hong Kong. C'est le signe qu'on pourrait voir se renforcer une alliance, plus multilatérale, visant à demander des comptes à la Chine. Toutes ces pressions seront très utiles. Mais surtout, le PCC ne s'attendait pas à ce que les Hongkongais ne se laissent pas écraser moralement. Nous n'abandonnerons jamais notre combat pour nos libertés. Si, comme on peut s'y attendre, la Chine ne desserre pas son étau sur Hong Kong, nous devrons trouver de nouveaux moyens pour résister.