Avec une inflation qui progresse à pas de géant (8,1% en mai en zone euro) et une inquiétude grandissante sur le pouvoir d'achat ( lire notre enquête dans ce numéro), les autorités monétaires se devaient de réagir. La Banque centrale européenne (BCE) a donc durci le ton le 9 juin, annonçant qu'elle allait relever son taux directeur, qui est à zéro depuis 2014. "L'inflation élevée est un défi majeur pour nous tous", a déclaré Christine Lagarde, la présidente de l'institution. Première étape: dès le mois de juillet, le taux directeur européen sera relevé à 0,25%. Une autre hausse de 0,25 ou 0,50% est attendue en septembre et la ...

Avec une inflation qui progresse à pas de géant (8,1% en mai en zone euro) et une inquiétude grandissante sur le pouvoir d'achat ( lire notre enquête dans ce numéro), les autorités monétaires se devaient de réagir. La Banque centrale européenne (BCE) a donc durci le ton le 9 juin, annonçant qu'elle allait relever son taux directeur, qui est à zéro depuis 2014. "L'inflation élevée est un défi majeur pour nous tous", a déclaré Christine Lagarde, la présidente de l'institution. Première étape: dès le mois de juillet, le taux directeur européen sera relevé à 0,25%. Une autre hausse de 0,25 ou 0,50% est attendue en septembre et la BCE devrait continuer à serrer la vis jusqu'au printemps 2023, lorsque l'inflation sera censée s'assagir. Il est a priori paradoxal de relever les taux en Europe alors que la croissance vacille. D'autant que l'inflation que nous subissons en Europe n'est pas due à une surchauffe de l'économie mais à la hausse importée des prix alimentaires, des matières premières et de l'énergie. Mais la BCE est poussée dans le dos: les Etats-Unis, eux, vivent une véritable surchauffe (avec des hausses annuelles de 20% des prix immobiliers et une hausse des salaires de 6% sur un an), note l'économiste en chef de Candriam, Anton Brender. La Fed doit donc relever ses taux pour essayer de faire atterrir l'économie américaine en douceur. Mais relever les taux américains a pour conséquence que le dollar s'apprécie face à l'euro. Du coup, tous les produits libellés en dollars (matières premières, pétrole, etc.) deviennent plus chers pour les Européens, ce qui aggrave encore l'inflation. Pour essayer d'éteindre un peu ce feu inflationniste, la BCE doit donc renforcer l'attractivité de l'euro en relevant ses taux et en arrêtant d'acheter des obligations dans le marché. "Les marchés ont déjà anticipé ce relèvement", note Florence Pisani, directrice de la recherche économique de Candriam. Ainsi, le taux de l'OLO de l'Etat belge sur 10 ans a dépassé les 2% ces derniers jours alors qu'il n'était encore que de 0,2% en début d'année. L'exercice de la BCE est délicat car elle doit aussi veiller à ne pas trop remonter ses taux, ce qui mettrait les pays périphériques en difficulté et risquerait de créer une nouvelle crise de l'euro. Face à cette nouvelle donne, le marché bancaire commence à frémir. ING Belgique a annoncé qu'à partir de septembre prochain, la banque ne fixera donc plus de montant maximum sur ses comptes d'épargne réglementés et cessera d'appliquer pour les particuliers un taux d'intérêt négatif sur les dépôts de plus de 250.000 euros sur ses comptes à vues. Mais cela ne signifie pas que le "compte épargne réglementé", qui ne procure plus que 0,11% dans la majorité des banques, va soudain rapporter plus. Pour que le livret d'épargne commence à rapporter davantage, il faudra au minimum que la BCE n'afflige plus d'un taux négatif de -0,5% les dépôts effectués chez elle par les banques commerciales. Il ne sert à rien en effet qu'une banque attire les dépôts en les payant plus cher si c'est pour replacer ensuite cet argent à perte auprès de la BCE. Il faudra du temps pour que l'épargne commence à rapporter plus.