A Bastogne, le tour commence au pied de ce colosse de béton qu'est l'Hôtel de Ville, sous le vent glacial d'un drôle de début de printemps. Avec, pour guide, le bourgmestre Benoît Lutgen (Les Engagés), rapidement rejoint par l'échevine de l'Urbanisme Coralie Bonnet (Les Engagés). Et pour illustrer les enjeux immobiliers qui attendent la ville frontalière du grand-duché de Luxembourg, les deux élus locaux remontent la rue du Vivier, artère centrale garnie, tout comme la place adjacente Général McAuliffe, de brasseries, de tearooms et d'artisans pâtissiers, bouchers, fromagers.
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A Bastogne, le tour commence au pied de ce colosse de béton qu'est l'Hôtel de Ville, sous le vent glacial d'un drôle de début de printemps. Avec, pour guide, le bourgmestre Benoît Lutgen (Les Engagés), rapidement rejoint par l'échevine de l'Urbanisme Coralie Bonnet (Les Engagés). Et pour illustrer les enjeux immobiliers qui attendent la ville frontalière du grand-duché de Luxembourg, les deux élus locaux remontent la rue du Vivier, artère centrale garnie, tout comme la place adjacente Général McAuliffe, de brasseries, de tearooms et d'artisans pâtissiers, bouchers, fromagers. Dans les rues du centre-ville, le bourgmestre salue les passants de la main, d'un clin d'oeil, d'un mot, évoque les taxes communales, les chèques commerçants, les primes à l'installation, tant qu'il en oublie de montrer les projets lorsqu'il passe devant, propose d'aller ici, puis là-bas, avant de songer à celui-là, plus intéressant encore. Cette animation du coeur de ville, elle est la preuve d'un nouveau succès touristique de Bastogne, devenue destination de quelques jours pour des visiteurs flamands, français ou liégeois, mais aussi de "la densification du coeur de ville, avec tous les services à cinq minutes", souligne Benoît Lutgen. C'est que l'arrondissement s'apprête à faire face à un défi de taille: une croissance de la population estimée à plus de 11% d'ici 2035, pour atteindre les 55.000 habitants dans 15 ans, d'après une étude de l'Iweps (Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique) parue en avril 2021 sur les "Perspectives de population et des ménages des communes wallonnes à l'horizon 2035", doublée d'un boom démographique de 27% d'ici 2070, selon le bureau fédéral du Plan. Ville de mémoire à l'esthétique d'après-guerre et aux alentours verdoyants, Bastogne voit s'installer des personnes âgées quittant leur villa quatre façades pour rejoindre le centre et ses facilités ainsi que de jeunes couples travaillant dans le Grand-Duché voisin. "Un tiers des travailleurs actifs de la commune sont frontaliers", fait savoir Coralie Bonnet. La ville adapte donc ses infrastructures, rénove ses artères d'entrée principales. Comme la rue de Marche où sortiront bientôt de terre, à son point de croisement avec la rue des Remparts, 42 appartements et 300 m2 de surface commerciale. On y voit là, en contrebas, derrière des banderoles Thomas & Piron, les fondations de ce futur complexe et, plus loin, le Ravel. L'ancienne voie de chemin de fer longe le centre-ville, parallèle aux rues de Neufchâteau et du Vivier. Ce chemin piéton et cyclable démarre bien évidemment de la gare, comme le pointe Benoît Lutgen qui a, à présent, rejoint l'autre côté de la vaste prairie au milieu de laquelle trône le vieux bâtiment, à l'arrêt depuis 1990. Aujourd'hui devenue un lieu de passage des deux-roues en caoutchouc plutôt que des ronronnantes roues en acier, la gare du Sud devrait bientôt se transformer en maison du vélo. Un hommage logique à la petite reine sur cette terre de cyclisme mondialement connue grâce à la doyenne des classiques cyclistes, Liège-Bastogne-Liège. A côté de ce centre de référence, devrait s'installer un hall-relais agricole, qui comprendra "un outil de transformation pour les agriculteurs", un point de vente direct mais aussi des cuisines pour la préparation de 800 repas quotidiens à base de produits locaux et à destination des collectivités de six communes des environs, dont Bastogne et Bertogne. Budget annoncé: 2,5 millions d'euros, financé par la Région Wallonne et les six communes associées. Le permis a été délivré en mars 2020. A l'ouest de cette plaine, la rue Tasiaux débouche sur des tas de gravats et une friche parsemée de cailloux. Sur ce terrain d'un ancien dépôt d'alimentation, aujourd'hui rasé, viendront se poser entre 62 et 92 logements, dont une cinquantaine de maisons unifamiliales. Ce projet du promoteur Socolux permettra ainsi de rejoindre le quartier dit de la Petite Bovire. "Nous avons des discussions avec la SNCB et Infrabel d'éventuellement aménager d'autres projets de logements ou de résidence, fait savoir Benoît Lutgen. Tout en préservant l'assise ferroviaire - pour le retour du rail, je l'espère, via un train ou une navette autonome sur roues dans quelques années - et l'espace vert." Car cela fait partie des atouts qui attirent les habitants à Bastogne: une ville de taille petite à moyenne, à proximité du Grand-Duché, au coeur de l'Ardenne. "Le covid a renforcé tout ça dans le choix des personnes, remarque le bourgmestre. Qui peuvent, ici, télétravailler dans une configuration de ville plus apaisée, un endroit plus agréable en termes de qualité de vie." A un kilomètre de l'E25 et de la Nationale 4 et autant du centre-ville, le projet Renval, situé rue de la Briqueterie, souhaite proposer un lieu de vie combinant tous ces avantages. D'ici deux ans, cette friche de l'ancien hall d'exposition et de la vieille briqueterie, démolis il y a environ huit ans, devrait se couvrir peu à peu d'entre 95 et 115 appartements et maisons unifamiliales trois façades. Plus loin, à l'est, rue des Maies, la résidence L'Âge d'Or, s'est installée dans le parc de l'école fondamentale et secondaire. Ce projet Vivalto accueille les résidents de ses 110 chambres depuis mars 2021. A 700 mètres de là, entre les rues Pierre Thomas et du Thier-de-Luzery, le trottoir est éventré. De ces entrailles de béton, naîtra l'Odyssée, projet du promoteur Houyoux aux 38 appartements et deux maisons et à l'architecture ambitieuse lui donnant les lignes d'un grand paquebot blanc entrant dans la ville. De quoi répondre à la demande à la fois des personnes âgées qui souhaitent revenir en coeur de ville et des jeunes couples qui cherchent à installer un foyer, des travailleurs qui ont besoin d'un accès rapide aux axes routiers menant au Grand-Duché et de ceux qui, passé la quarantaine, las du stress et des turbulences, souhaitent désormais travailler depuis chez eux, aménageant un bureau, un commerce, un atelier chez eux. Soit 1.700 nouveaux logements nécessaires d'ici 2040 pour cette ville certes petite en termes d'habitants (9.000 dans le centre, 7.000 dans les villages), mais bientôt la plus grande de Belgique en termes de superficie (une fois effective sa fusion avec sa voisine Bertogne, approuvée sur le principe début avril dernier). Alors, face aux enjeux démographiques, Bastogne va bâtir ses terres. Avoué vaincu par la vivacité du froid et désormais au volant de sa voiture, le bourgmestre longe, un index vers les prairies qui défilent derrière la vitre côté passager, les 28 hectares de terres où s'étendront le quartier nouveau Chenêt-Vevy et ses 650 logements, calés entre les rues du Premier d'Artillerie, de la Roche et Sans Souci et sous l'E25. "Des maisons devraient sortir l'année prochaine, commente Benoît Lutgen. Il y a un permis pour 13 maisons. C'est un projet complexe sur le plan juridique parce que les terrains appartiennent à différents propriétaires. C'est un projet puissant en matière de mobilité douce et d'espaces verts, qui s'étalera sur 15 ou 20 ans." Ce quartier, tourné vers les défis immobiliers de demain, jouxte des quartiers qui ont jadis fait l'histoire de Bastogne. Les anciennes casernes, autrefois occupées par le 1er régiment d'artillerie de campagne et il y a plus longtemps encore par le QG américain pendant la bataille des Ardennes, abritent depuis 2010 le musée Bastogne Barracks, en cours de rénovation. C'est sous le béton de ce site que se trouve la cave McAuliffe, où le général américain a prononcé en décembre 1944 le fameux "Nuts!" en guise de réponse aux Allemands assiégeant la ville et demandant sa reddition. C'est bientôt là, dans un bâtiment blanc vieillissant, que se déploiera un centre de travail tourné vers les Etats-Unis, le Wallonia US Gates, après des années d'échanges entre la grande puissance et la petite ville ardennaise dans le cadre du travail de mémoire. La boucle est maintenant bouclée. Du passé au présent, de la mobilité douce du Ravel à l'accès rapide et motorisé au Grand-Duché, des quartiers nouveaux familiaux aux résidences et immeubles à appartements, des espaces verts propices au télétravail aux futurs centres économiques, du centre-ville animé aux friches bientôt habitées. D'un bout à l'autre de la ville.