Les CEO des grandes entreprises de téléphonie européennes - Timotheus Höttges (Deutsche Telekom), José María Alvarez Pallete (Telefónica), Nick Read (Vodafone) et Stéphane Richard (Orange) - ont écrit une lettre ouverte publiée dans le Financial Times à destination des leaders européens.
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Les CEO des grandes entreprises de téléphonie européennes - Timotheus Höttges (Deutsche Telekom), José María Alvarez Pallete (Telefónica), Nick Read (Vodafone) et Stéphane Richard (Orange) - ont écrit une lettre ouverte publiée dans le Financial Times à destination des leaders européens.Ces fournisseurs de services de télécommunications ont demandé aux législateurs d'obliger les GAFAM à contribuer davantage au coût de l'infrastructure réseau, alors que les services de streaming occupent une part de plus en plus importante de la bande passante.Jérôme Barré, membre du comité exécutif du Groupe Orange, indique que "le trafic de données mobiles entre 2020 et 2021 a atteint près de 50% d'augmentation." Une hausse due à la crise sanitaire qui a in fine fait exploser l'utilisation de la vidéo conférence notamment. Pour appuyer ce coup de gueule, ils précisent qu'aujourd'hui "le streaming vidéo, les jeux et les médias sociaux provenant d'une poignée de plateformes numériques représentent plus de 70 % de l'ensemble du trafic sur les réseaux". Une forte présence qui doit donc se traduire dans l'investissement.L'autre problème pour le quatuor est que le marché est en déclin. Des pertes économiques qu'ils ne veulent pas assumer seuls, quand les géants du web brassent des milliards grâce à ces infrastructures. "Nous ne pouvons pas obtenir un retour viable sur nos investissements très importants, ce qui met en péril la poursuite du développement des infrastructures." Bien que le cours de l'action de Deutsche Telekom ait augmenté de 12 % au cours des cinq dernières années, celui d'Orange a chuté de 25 %, celui de Telefónica de plus de 50 % et celui de Vodafone de près de 30 %.Et si aujourd'hui, ces leaders économiques en appel aux institutions européennes, c'est qu'ils manquent de pouvoir pour faire pression sur la Big Tech. Les opérateurs de réseau disent en effet ne pas être "en mesure de négocier des conditions équitables avec ces plateformes géantes en raison de leurs fortes positions sur le marché, de leur pouvoir de négociation asymétrique et de l'absence d'un terrain de jeu réglementaire équitable." Et pour se faire entendre des dirigeants européens, les CEO n'hésitent pas à les prendre par les sentiments. Manque de compétitivité dans un marché qui se développe sans l'Europe, dépendance aux autres pays, retard sur l'innovation ... autant d'arguments qui feront certainement mouche. Les chefs des télécoms demandent donc aux législateurs européens de faire pression sur les multinationales numériques. "La charge doit être partagée de manière plus proportionnelle. Nous appelons maintenant de toute urgence les législateurs à introduire des règles au niveau de l'UE pour faire de ce principe une réalité."Et qu'en disent les principaux concernés ? Les sociétés de streaming vidéo ont répliqué, et selon elles, ce n'est pas juste de les pointer du doigt pour les faire payer plus, les fournisseurs n'étant pas autorisés à discriminer ou à facturer les entreprises différemment en fonction de l'utilisation ou du contenu. Elles font également valoir leur investissement massif dans leurs propres serveurs afin de s'assurer qu'ils peuvent fournir du contenu aux consommateurs sans encombrer le réseau.Mais il n'y a pas qu'en Europe que la question est soulevée. Récemment, c'est la Corée du Sud qui a dû faire face à une querelle similaire déclenchée par la montée du trafic suite à l'immense succès de la série Netflix Squid Game. Un mouvement aussi présent aux Etat-Unis. Et avec l'expansion des plateformes de streaming , le conflit entre ces acteurs économiques n'est sans doute pas près de se régler.Aurore Dessaigne