La guerre économique entre l'Union européenne et la Russie, suite à l'invasion de l'Ukraine, a pris encore un peu plus d'ampleur ces derniers jours. Le géant du gaz russe Gazprom a en effet invoqué cette semaine "l'état de force majeure" pour s'exonérer de sa responsabilité vis-à-vis des baisses massives de ses livraisons de gaz à l'Europe.

Le lendemain, la Commission européenne publiait son plan massif pour réduire la dépendance de l'Union au gaz russe, exigeant une baisse de 15% de la consommation. Enfin, ce vendredi, c'était au tour de la Belgique d'annoncer la remise en service de deux réacteurs nucléaires pour assurer son indépendance énergétique dans un "contexte de guerre sur le continent européen".

Une décision qui pourrait faire vaciller l'unité européenne

Mercredi, la Commission a donc annoncé que l'Union européenne pourrait devoir faire face à de nouvelles coupures de l'approvisionnement en gaz russe, "alors que la moitié de ses États membres sont déjà touchés par une réduction des livraisons". L'institution précise même que le Kremlin utilise "les exportations de gaz comme une arme".

L'objectif est de prévenir des conséquences dramatiques pour l'UE, alors qu'en 2020, selon l'agence européenne Eurostats, la Russie était son premier fournisseur de gaz naturel (41%), de pétrole (36,5%) et de charbon (19%), qui sont les principaux produits de son mix énergétique. Les importations russes représentaient au total 24% du bouquet énergétique de l'UE.

Déjà en difficulté, quel prix les Européens sont-ils prêts à payer pour continuer à soutenir l'Ukraine ? Alors que la réponse à cette question était au départ presque unanime, la voix de l'Union européenne est désormais dissonante. L'Espagne, le Portugal et la Grèce ont fait valoir leur désaccord avec la décision prise par l'institution présidée par Ursula Von der Leyen, alors que le chef de la diplomatie hongroise était en visite à Moscou ce jeudi pour demander davantage d'approvisionnement en gaz russe.

Certains pays européens - soit beaucoup plus dépendants comme la Hongrie ou la Grèce, soit peu dépendants et donc moins enclins à exercer le principe de solidarité - commencent donc à se rebeller. Mais que propose exactement la Commission européenne ?

Faites des économies d'énergie !

La Commission avance un nouvel instrument législatif et un plan européen de réduction de la demande de gaz. Cette réduction passera par un nouveau règlement qui assignerait à tous les États membres un objectif de réduction de la demande de gaz de 15% entre le 1er août 2022 et le 31 mars 2023.

Ce règlement donnerait également à la Commission la possibilité de déclarer, après consultation des États membres, une "alerte de l'Union" pour la sécurité de l'approvisionnement. Cette alerte pourra être déclenchée en cas de risque important de pénurie grave de gaz ou de demande exceptionnellement élevée.

Suite à ces annonces, la Commission appelle également les États membres à mettre à jour leurs plans d'urgence nationaux d'ici à la fin septembre afin de montrer comment ils entendent atteindre l'objectif de réduction, et à lui présenter un rapport d'avancement tous les mois ou deux mois. D'où la décision prise ce matin par la Belgique, et un accord d'exploitation de réacteurs nucléaires entre le gouvernement fédéral et Engie qui sera soumis à la Commission européenne.

Afin d'aider les États membres, le plan européen de réduction de la demande de gaz portera sur la substitution du gaz par d'autres combustibles, et sur les économies d'énergie globales dans tous les secteurs. Il vise à préserver l'approvisionnement des ménages et des utilisateurs essentiels tels que les hôpitaux, mais aussi des industries qui sont d'une importance déterminante pour la fourniture de produits et de services essentiels à l'économie. La priorité sera ainsi définie par:

  • la criticité sociétale: pour les secteurs tels que la santé, l'alimentation, la sûreté, la sécurité, les raffineries et la défense, ainsi que pour la prestation de services environnementaux;
  • le caractère transfrontière des chaînes d'approvisionnement: pour les secteurs ou les industries fournissant des biens et des services essentiels au bon fonctionnement des chaînes d'approvisionnement de l'UE;
  • les dommages causés aux installations: pour éviter que celles-ci ne puissent reprendre la production sans retards, réparations, agrément réglementaire et coûts importants;
  • les possibilités de réduction du gaz et la substitution de produits/composants: c'est-à-dire la mesure dans laquelle les industries peuvent se rabattre sur des composants/produits importés.

La Commission indique que "lorsque c'est possible, la priorité devrait être donnée au passage à des énergies renouvelables ou à des options plus propres. Mais que toutefois, si le passage au charbon, au pétrole ou au nucléaire s'avère nécessaire, il peut y être recouru à titre de mesure temporaire, pour autant que cela ne crée pas de dépendance à long terme à l'égard du carbone". Un revers pour les forces écologistes européennes, qui voient le retour du charbon, notamment en Allemagne.

L'institution précise enfin que "l'autre pilier important" des économies d'énergie est la réduction du chauffage et de la climatisation. Elle invite ainsi tous les États membres à lancer des campagnes de sensibilisation du public en ce sens. Une campagne qui s'avère déjà difficile à mener avant même d'avoir commencé, alors que la canicule frappe de plein fouet le continent européen, et que l'utilisation de la climatisation bat son plein.

L'Union européenne est sans doute à un tournant historique, et les prochaines semaines pourraient être déterminantes quant au futur de sa force de cohésion et de solidarité face à l'adversité.

Aurore Dessaigne

La guerre économique entre l'Union européenne et la Russie, suite à l'invasion de l'Ukraine, a pris encore un peu plus d'ampleur ces derniers jours. Le géant du gaz russe Gazprom a en effet invoqué cette semaine "l'état de force majeure" pour s'exonérer de sa responsabilité vis-à-vis des baisses massives de ses livraisons de gaz à l'Europe. Le lendemain, la Commission européenne publiait son plan massif pour réduire la dépendance de l'Union au gaz russe, exigeant une baisse de 15% de la consommation. Enfin, ce vendredi, c'était au tour de la Belgique d'annoncer la remise en service de deux réacteurs nucléaires pour assurer son indépendance énergétique dans un "contexte de guerre sur le continent européen".Mercredi, la Commission a donc annoncé que l'Union européenne pourrait devoir faire face à de nouvelles coupures de l'approvisionnement en gaz russe, "alors que la moitié de ses États membres sont déjà touchés par une réduction des livraisons". L'institution précise même que le Kremlin utilise "les exportations de gaz comme une arme". L'objectif est de prévenir des conséquences dramatiques pour l'UE, alors qu'en 2020, selon l'agence européenne Eurostats, la Russie était son premier fournisseur de gaz naturel (41%), de pétrole (36,5%) et de charbon (19%), qui sont les principaux produits de son mix énergétique. Les importations russes représentaient au total 24% du bouquet énergétique de l'UE. Déjà en difficulté, quel prix les Européens sont-ils prêts à payer pour continuer à soutenir l'Ukraine ? Alors que la réponse à cette question était au départ presque unanime, la voix de l'Union européenne est désormais dissonante. L'Espagne, le Portugal et la Grèce ont fait valoir leur désaccord avec la décision prise par l'institution présidée par Ursula Von der Leyen, alors que le chef de la diplomatie hongroise était en visite à Moscou ce jeudi pour demander davantage d'approvisionnement en gaz russe.Certains pays européens - soit beaucoup plus dépendants comme la Hongrie ou la Grèce, soit peu dépendants et donc moins enclins à exercer le principe de solidarité - commencent donc à se rebeller. Mais que propose exactement la Commission européenne ?La Commission avance un nouvel instrument législatif et un plan européen de réduction de la demande de gaz. Cette réduction passera par un nouveau règlement qui assignerait à tous les États membres un objectif de réduction de la demande de gaz de 15% entre le 1er août 2022 et le 31 mars 2023. Ce règlement donnerait également à la Commission la possibilité de déclarer, après consultation des États membres, une "alerte de l'Union" pour la sécurité de l'approvisionnement. Cette alerte pourra être déclenchée en cas de risque important de pénurie grave de gaz ou de demande exceptionnellement élevée. Suite à ces annonces, la Commission appelle également les États membres à mettre à jour leurs plans d'urgence nationaux d'ici à la fin septembre afin de montrer comment ils entendent atteindre l'objectif de réduction, et à lui présenter un rapport d'avancement tous les mois ou deux mois. D'où la décision prise ce matin par la Belgique, et un accord d'exploitation de réacteurs nucléaires entre le gouvernement fédéral et Engie qui sera soumis à la Commission européenne.Afin d'aider les États membres, le plan européen de réduction de la demande de gaz portera sur la substitution du gaz par d'autres combustibles, et sur les économies d'énergie globales dans tous les secteurs. Il vise à préserver l'approvisionnement des ménages et des utilisateurs essentiels tels que les hôpitaux, mais aussi des industries qui sont d'une importance déterminante pour la fourniture de produits et de services essentiels à l'économie. La priorité sera ainsi définie par: La Commission indique que "lorsque c'est possible, la priorité devrait être donnée au passage à des énergies renouvelables ou à des options plus propres. Mais que toutefois, si le passage au charbon, au pétrole ou au nucléaire s'avère nécessaire, il peut y être recouru à titre de mesure temporaire, pour autant que cela ne crée pas de dépendance à long terme à l'égard du carbone". Un revers pour les forces écologistes européennes, qui voient le retour du charbon, notamment en Allemagne.L'institution précise enfin que "l'autre pilier important" des économies d'énergie est la réduction du chauffage et de la climatisation. Elle invite ainsi tous les États membres à lancer des campagnes de sensibilisation du public en ce sens. Une campagne qui s'avère déjà difficile à mener avant même d'avoir commencé, alors que la canicule frappe de plein fouet le continent européen, et que l'utilisation de la climatisation bat son plein. L'Union européenne est sans doute à un tournant historique, et les prochaines semaines pourraient être déterminantes quant au futur de sa force de cohésion et de solidarité face à l'adversité.Aurore Dessaigne