Le télétravail, on en connaît tous les avantages: limitation des trajets, moins des stress, meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle... Mais pas pour tous. François, 38 ans, professeur dans une université bruxelloise, témoigne: "Les cours se font à distance. Quand ma fille de 18 mois entre dans la pièce en babillant et grimpe sur mes genoux, cela fait bien rire les étudiants, mais ce n'est pas optimal". Tout le monde n'a d'ailleurs pas la chance d'avoir chez lui un espace dédié au travail. "Avoir ma cuisine en arrière-plan lors de mes visioconférences n'est pas super professionnel", explique Maryse, une jeune commerciale de 27 ans. Pour Maëlle, une employée de banque de 36 ans, c'est le ras-le-bol: "Je ne suis plus retournée au bureau depuis le mois de mars. Je n'en peux plus. Tant mon moral que ma motivation en prennent un coup".
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Le télétravail, on en connaît tous les avantages: limitation des trajets, moins des stress, meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle... Mais pas pour tous. François, 38 ans, professeur dans une université bruxelloise, témoigne: "Les cours se font à distance. Quand ma fille de 18 mois entre dans la pièce en babillant et grimpe sur mes genoux, cela fait bien rire les étudiants, mais ce n'est pas optimal". Tout le monde n'a d'ailleurs pas la chance d'avoir chez lui un espace dédié au travail. "Avoir ma cuisine en arrière-plan lors de mes visioconférences n'est pas super professionnel", explique Maryse, une jeune commerciale de 27 ans. Pour Maëlle, une employée de banque de 36 ans, c'est le ras-le-bol: "Je ne suis plus retournée au bureau depuis le mois de mars. Je n'en peux plus. Tant mon moral que ma motivation en prennent un coup". En effet, entre le télétravail ponctuel et le télétravail structurel à temps plein, la donne n'est plus la même. Stéphanie van de Perre, spécialiste du bien-être au travail et fondatrice de la société Growing Attitude, confirme: "Pour certains travailleurs, cela devient vital de casser cette routine de télétravail. Aller travailler à l'hôtel, c'est une façon de sortir de ses quatre murs, de rester concentré, de distinguer le temps de travail et la vie privée et de retrouver le plaisir de rentrer chez soi. Changer d'environnement peut favoriser la prise de recul et permettre à la personne de travailler plus sereinement". Du côté des hôtels, proposer des chambres à la journée est un moyen de maintenir une partie de leurs revenus. Depuis mars, la moitié des hôtels bruxellois n'ont toujours pas rouvert leurs portes. Et ceux qui ont décidé de le faire n'ont atteint un taux de remplissage global que de 10% environ, un chiffre largement insuffisant quand on sait qu'un hôtel n'est rentable qu'à partir d'un taux d'occupation de 60%. Si les réservations ont été plus nombreuses durant les périodes de vacances, notamment à la côte et dans les Ardennes, cela ne suffit pas à combler des mois d'inactivité, malgré des prix cassés. Certains hôtels ont donc vu dans le télétravail une source de revenus potentiels.Les grands groupes ont d'ailleurs senti venir la tendance. Outre Marriott, le groupe Accor, par exemple, met aussi des chambres à disposition des télétravailleurs. Il a même été jusqu'à lancer Wojo, des espaces de coworking réservés aux membres de son programme de fidélité pour 9,90 euros par mois. A Liège, l'hôtel Van Der Valk-Congrès et l'hôtel Sélys ont été parmi les premiers à s'ouvrir aux télétravailleurs. "Historiquement, notre hôtel accueillait déjà des entreprises pour des séminaires, des conférences ou des team-buildings, explique Xavier Havart, le responsable des ressources humaines du Van Der Valk. Proposer des chambres aux télétravailleurs s'inscrit donc dans la lignée de nos activités. Avec des chambres business proposées à 59 euros au lieu de 200, nous ne ferons pas vraiment de bénéfice, mais garder l'hôtel en activité est important pour le moral de nos troupes." Avec des locations à la journée jusqu'à 70% moins chères que le tarif de la nuit, les hôtels cassent en effet plus que jamais les prix. "Notre package comprend la mise à disposition d'une chambre de catégorie Business de 8 à 18 h, un petit-déjeuner, un lunch et trois softs, poursuit Xavier Havart. Dès la première semaine, nous avons reçu des travailleurs. Les retours ont été très positifs: certains nous ont dit qu'ils reviendraient quand ils auront des réunions importantes, d'autres se sont déjà engagés à venir travailler structurellement plusieurs jours par semaine. Au niveau du public, c'est très varié. Il y a bien sûr des chefs d'entreprise et des dirigeants, mais aussi des travailleurs lambda." L'hôtel s'est également adapté pour se rapprocher du confort que les travailleurs peuvent trouver dans un bureau. "Nous faisons tout pour faciliter la vie des télétravailleurs en leur proposant également divers services, gratuits ou payants, comme la possibilité d'imprimer des documents, la mise à disposition de salles de conférence avec des projecteurs, le prêt de matériel informatique, etc.", détaille le responsable. "Ce qui est très intéressant aussi, c'est qu'en bénéficiant de l'espace de travail ici, on a en même temps notre repas de midi", déclarait un client interrogé par la RTBF.A Bruxelles, l'ambiance est légèrement différente au Berger. Cet hôtel de charme Art déco, plus connu pour héberger des couples plutôt que des hommes d'affaires, a également converti certaines de ses chambres en bureaux pour le télétravail. "Depuis début novembre, pour nous adapter aux contraintes du Covid-19, nous avons lancé deux nouvelles formules", explique Jean-Michel André, le propriétaire. Le package Day & Night permet ainsi au client de louer deux chambres pour le prix d'une. Il dispose ainsi d'une chambre pour dormir et d'une autre, débarrassée de sa literie, dans laquelle un espace bureau ergonomique et une table ont été installés. "Avec notre deuxième offre, Pension de famille, le Berger s'adresse davantage aux expatriés", poursuit-il. Cette offre comprend une ou plusieurs chambres, le repas du matin et du midi ainsi qu'une pause café et l'accès à des espaces communs tels que le jardin, la terrasse, un espace buanderie, etc. "Le temps de leur séjour, les expatriés peuvent se sentir chez nous comme chez eux", assure le patron. Si ces offres semblent rencontrer une certaine demande, le taux de remplissage des hôtels ne monte cependant pas encore en flèche. "En cette période très difficile pour le secteur hôtelier, toute source de revenus est bien sûr bonne à prendre, développe Rodolphe Van Weyenbergh, secrétaire général de la Brussels Hotel Association. Travailler à l'hôtel, pourquoi pas, mais il faut se poser la question de la demande. Dans des villes très denses, comme Paris ou Londres, où les gens vivent dans de très petites surfaces, cela peut en effet rencontrer un certain succès. En Belgique et à Bruxelles, ce service reste encore marginal." Autre frein: le coût. Quand on sait que moins de 2% des entreprises octroient une prime de télétravail à leurs employés (d'après une enquête menée en octobre 2020 par HR Securex), on imagine que leur offrir des chambres d'hôtel n'est pas une pratique commune. Enfin, comme nous l'avons constaté, les offres ne sautent pas aux yeux lorsqu'on recherche une chambre d'hôtel pour y travailler. Il faut parfois fouiller les sites internet des (rares) hôtels qui offrent un tel service pour trouver son bonheur. Des plateformes telles que www.soroom-hotel.com ou www.dayuse.be peuvent vous y aider.Un article de Gaëlle Hoogsteyn.