Le constat n'est pas neuf: le parc wallon de logements est une véritable passoire énergétique. Plus de 80% d'entre eux datent d'avant 1991. Et la moyenne de leur PEB (performance énergétique des bâtiments) affiche un pénible F (sur une échelle de A à G). Une situation qui perdure malgré les différentes primes et autres incitants déployés par la Région pour isoler le bâti. La crise actuelle semble toutefois résonner comme un détonateur. Le gouvernement wallon entend profiter de ce momentum pour déployer un vaste plan en la matière. "Il est vrai que les planètes s'alignent quelque peu, sourit Philippe Henry (Ecolo), ministre wallon du Climat et de l'Energie. L'objectif ...

Le constat n'est pas neuf: le parc wallon de logements est une véritable passoire énergétique. Plus de 80% d'entre eux datent d'avant 1991. Et la moyenne de leur PEB (performance énergétique des bâtiments) affiche un pénible F (sur une échelle de A à G). Une situation qui perdure malgré les différentes primes et autres incitants déployés par la Région pour isoler le bâti. La crise actuelle semble toutefois résonner comme un détonateur. Le gouvernement wallon entend profiter de ce momentum pour déployer un vaste plan en la matière. "Il est vrai que les planètes s'alignent quelque peu, sourit Philippe Henry (Ecolo), ministre wallon du Climat et de l'Energie. L'objectif est de s'appuyer sur le plan de relance européen pour financer une partie de la rénovation de nos logements. Le fédéral espère recevoir une enveloppe de 5,1 milliards de la Commission, dont une partie ira aux entités fédérées." Pour parvenir à isoler ses bâtiments, la Wallonie a sorti sa calculette: il faudra investir près de 120 milliards dans les 30 prochaines années pour faire grimper le parc immobilier résidentiel à une moyenne de A en matière de PEB. Et il faudra ajouter 50 milliards de plus pour orienter les bâtiments non résidentiels vers la voie de la neutralité carbone. "Ce sont des montants très importants mais qui sont nécessaires pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, poursuit Philippe Henry. Nous ne rénovons qu'1% du bâti par an. Il faut tripler la cadence. Cette rénovation du bâti concerne des secteurs qui sont arrivés à maturité et qui permettent de dégager de l'emploi concret pour les entreprises tout en faisant baisser la facture énergétique des ménages." Le financement de ce vaste plan sera en tout cas multiple: via l'épargne des ménages, via un nouveau système de primes qui doit davantage convaincre les propriétaires de passer à l'action et via le mécanisme du tiers investisseur. "L'argent public est là pour créer une certaine dynamique et mobiliser l'argent qui est disponible dans le secteur financier de même que l'épargne des ménages", note le ministre. Cela passera notamment par la création d'un fonds public. Avec l'objectif qu'un euro public doit permettre de mobiliser 10 euros du privé. "Alors que nous sommes sur un levier de 1 à 4 aujourd'hui." Une stratégie qui aura également des répercussions sur l'emploi. L'Iweps estime que chaque million investi dans le secteur de la construction permettra de créer 6,4 emplois directs et 7,1 indirects. Soit 40.000 emplois créés pour les bâtiments résidentiels et 10.000 pour les bâtiments tertiaires. Enfin, pour passer à la vitesse supérieure, la Wallonie envisage aussi de procéder à des rénovations de quartiers entiers. L'idée est que chaque propriétaire s'inscrive dans ce mouvement et profite de l'effet d'entraînement. Des corps de métiers seront mobilisés pendant plusieurs mois. "Le propriétaire ne devra pas s'occuper de la demande de permis, ni de la gestion technique ou du choix des matériaux. Il profitera des économies d'échelle." 100 millions seront injectés dans une dizaine de projets d'ici la fin de la législature.