Elles s'appellent Niboo, Idealis Consulting, Acsone, Accomodata ou encore Appalach. Ces entreprises font partie des 54 entreprises belges qui vivent (en bonne) partie grâce à Odoo, la société de Fabien Pinckaers, notre nouveau Manager de l'Année. Depuis quelques années déjà, Odoo se positionne comme l'une des scale-up belges francophones les plus en vue. Sa croissance vertigineuse, son nombre d'utilisateurs et sa présence dans de nombreux pays suscitent l'intérêt. Et ses prévisions de recrutement (1.000 personnes supplémentaires en 2021, dont 500 en Belgique) témoignent de sa belle croissance. Résultat? Les observateurs - et la presse - analysent surtout l'entreprise sous l'angle de l'augmentation de son chiffres d'affaires et de sa taille... Pourtant, ce succès exponentiel d'Odoo engendre avec lui celui de tout un écosystème qui se développe autour de la firme de Grand-Rosière et qui, lui, n'est que trop peu connu.
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Elles s'appellent Niboo, Idealis Consulting, Acsone, Accomodata ou encore Appalach. Ces entreprises font partie des 54 entreprises belges qui vivent (en bonne) partie grâce à Odoo, la société de Fabien Pinckaers, notre nouveau Manager de l'Année. Depuis quelques années déjà, Odoo se positionne comme l'une des scale-up belges francophones les plus en vue. Sa croissance vertigineuse, son nombre d'utilisateurs et sa présence dans de nombreux pays suscitent l'intérêt. Et ses prévisions de recrutement (1.000 personnes supplémentaires en 2021, dont 500 en Belgique) témoignent de sa belle croissance. Résultat? Les observateurs - et la presse - analysent surtout l'entreprise sous l'angle de l'augmentation de son chiffres d'affaires et de sa taille... Pourtant, ce succès exponentiel d'Odoo engendre avec lui celui de tout un écosystème qui se développe autour de la firme de Grand-Rosière et qui, lui, n'est que trop peu connu. Cet écosysème, très large, comprend d'abord des sociétés qui revendent les logiciels Odoo, font de l'intégration et proposent différents services autour des solutions commercialisés par la scale-up, celle-ci nouant avec eux des partenariats contractuels. S'y ajoute ensuite la "communauté" Odoo, qui regroupe de nombreux spécialistes (développeurs, intégrateurs, traducteurs, etc.) travaillant sur les produits de la firme mais n'ayant aucun lien direct avec elle. Une communauté mondiale qu'Odoo (à l'époque TinyERP puis OpenERP) avait très rapidement réussi à agréger autour d'elle, puisque s'étant construite sur des logiciels open source. Enfin, la société s'est également liée au corps académique via son "programme éducation", soit une série de professeurs donnant des cours - de comptabilité par exemple - en utilisant les produits d'Odoo. Le créneau spécifique des partenaires, ceux qui nouent véritablement du business autour de la plateforme, compterait pas moins de 3.362 entreprises à travers le monde, selon Fabien Pickaers. "Ils n'étaient qu'un bon millier voici deux ans", se réjouit l'entrepreneur, fier d'afficher, là aussi, une très forte croissance. "Au sein de ces entreprises, 12 personnes en moyenne, travaillent exclusivement sur Odoo", enchaîne le CEO et fondateur. Soit plus de 40.000 personnes. En Belgique, 54 entreprises affichent le label "Odoo Partners", qui se décline en partners ready, silver et gold. Ce "statut", les entreprises prétendantes l'obtiennent si elles remplissent plusieurs critères. Le premier a trait au nombre de nouveaux utilisateurs qu'elles signent sur Odoo, celui-ci devant être compris entre 10 et 200 selon le niveau de partenariat. Second critère: le nombre de personnes certifiées par Odoo travaillant en interne - grade obtenu après un examen. Enfin, les partenaires silver et gold doivent respectivement afficher un taux de rétention des clients de 70 et 80%. Des partenaires, bien sûr, qui s'acquittent d'une licence, comprise entre 400 et 3.000 euros par an, mais qui est compensée par les avantages obtenus en retour. "On leur envoie des leads", argumente le boss d'Odoo. Ces leads sont des entreprises désireuses d'utiliser les produits d'Odoo mais qui souhaitent obtenir de l'aide et être accompagnées.Un créneau que la scale-up ne veut plus exploiter elle-même. Voilà en effet déjà quelques années que Fabien Pinckaers et ses équipes ont repositionné Odoo comme entreprise de développement logiciel, et non plus comme une boîte de services. "Nous voulons laisser cela à nos partenaires, confirme le CEO. 82% de notre chiffre d'affaires vient du produit Odoo, avec de grosses marges. Faire du service, ce n'est pas notre métier. On le fait un peu, parce qu'on doit, et l'on compte quand même 250 consultants. Mais c'est une veine qu'on ne compte plus développer." En Belgique, par exemple, le service ne représenterait que 5% du business d'Odoo. Or, c'est dans notre pays que cette activité est la plus grande... Dès lors, ce positionnement d'Odoo comme développeur de logiciels et non comme entreprise de consultance est une aubaine pour une série d'entreprises qui voient dans les produits de la scale-up une véritable opportunité, notamment auprès du marché des PME. "Auparavant, seules les grandes entreprises ou les grosses PME pouvaient utiliser des outils de gestion comme SAP ou Microsoft, observe André Bake, CEO d'Idealis Consulting, société de Louvain-la-Neuve spécialisée dans l'installation d'ERP. Pour les autres, ces logiciels constituaient un budget inatteignable. Mais désormais, Odoo est là et propose une solution qui tient la route pour toutes les PME." Idealis Consulting, elle-même une PME, emploie aujourd'hui une cinquantaine de personnes et génère plus de 4 millions de chiffre d'affaires. Fondée en 2007, la société d'André Bake avait développé dans un premier temps une activité de conseil pour les produits SAP. Mais elle a fait le pari d'Odoo dès 2009. Aujourd'hui, 60% de son business provient de la consultance avec la société de Grand-Rosière. Idealis Consulting accompagne notamment des entreprises d'une certaine taille comme Agoria, Equilis, Cercle du Lac ou encore Exki. Pour cette dernière, Idealis Consulting a participé à "faciliter l'approvisionnement, la chaîne logistique, la gestion comptable et financière ainsi que les ressources humaines pour toutes les sociétés d'Exki, belges et françaises, détaille le spécialiste IT. La plateforme Click&Collect a également été développée par notre équipe s ur la dernière version d'Odoo." En un peu plus de 10 ans, Idealis Consulting s'est par ailleurs spécialisée progressivement dans certains domaines d'activité: la logistique, l'horeca ou encore les biotechs. C'est une tendance du marché: diverses firmes de service basées sur les logiciels d'Odoo se spécialisent également. Accomodata, par exemple, s'intéresse particulièrement à la distribution et à l'industrie manufacturière (food/non food). Logicasoft, autre partner gold d'Odoo, affiche une spécialisation dans la gestion des laboratoires, des centres de recherche, de l'industrie manufacturière (alimentation, brasseries, technologie) et de la comptabilité. C'est que le marché explose pour les partenaires d'Odoo. Idealis enregistre, par exemple, une croissance de plus de 100% sur les services liés à la firme de Fabien Pinckaers. Et d'après ce dernier, la moitié des partenaires réalisent plus de 50% de leur business sur Odoo. Bien sûr, le boss d'Idealis Consulting a conscience que "notre dépendance à Odoo est importante"."Mais on assume et on connaît les règles, insiste Andre Bake. Lorsque nous avons démarré les services sur Odoo, il y a une dizaine d'années, il s'agissait d'un pari que nous prenions. Aujourd'hui, cette entreprise est clairement là pour durer." D'autant que certaines entreprises de taille moyenne réalisent progressivement un changement et quittent des gros acteurs comme SAP pour se tourner vers Odoo, "pour des raisons financières", explique le CEO d'Idealis. Cela dope forcément la firme de Fabien Pinckaers et l'ensemble de ses partenaires. Ainsi, rien que dans la société d'Andre Bake, 60% des effectifs travaillent sur Odoo. Et l'homme s'attend à ce que chiffre grimpe à 70% dans un avenir proche, grâce à la croissance du marché. Pour la scale-up vedette, disposer de partenaires offrant des services sur Odoo partout dans le monde constitue évidemment une orientation stratégique et très positive. "S'adresser seul au monde entier ne serait absolument pas possible, admet le nouveau Manager de l'Année. Notre notoriété sur le marché vient aussi de nos partenaires." Disposer d'eux est donc fondamental puisqu'ils s'occupent non seulement d'implémenter les logiciels mais sont également revendeurs de la solution (payante) Odoo Enterprise. D'ailleurs, la moitié des licences de logiciels de la scale-up sont écoulées via ces partenaires. Autre tendance qui pourrait également se dessiner dans les années à venir: celle des développeurs d'applications sur Odoo. Fidèle à sa philosophie d'origine, la firme continue en effet de partager le code de ses logiciels (Odoo Community). Les développeurs peuvent donc aussi créer leurs applications spécifiques tournant sur Odoo. C'est, par exemple, le cas de Briolab, une spin-off d'Idealis Consulting qui propose une solution logicielle en ligne (modèle SaaS, software as a service) pour la gestion des ressources humaines. Une solution qui tourne sur la technologie d'Odoo, même si cela ne se voit pas forcément. Des acteurs comme Agoria ou Sodexo l'utilisent d'ailleurs depuis quelques années. De même, à l'instar des grandes plateformes mondiales, la société de Fabien Pinckaers dispose d'un appstore en ligne sur lequel les développeurs du monde entier travaillant sur sa technologie peuvent proposer des applications. Cette boutique en compterait déjà pas moins de 20.000 et enregistrerait des millions d'installations. Un "petit" business pour Odoo puisqu'il ne génère "que" 3 millions d'euros par an (sur un total d'une centaine de millions pour l'année 2020), mais qui fait vivre une série de sociétés à travers la planète. Et renforce un écosystème permettant à la firme de se solidifier et de maintenir chaque année sa croissance vertigineuse...