Xavier Rouby n'arrête pas. Depuis le début de la crise du covid, le cofondateur et CEO de la start-up néolouvaniste Opal Solutions enchaîne les réunions. "Avant, nous devions nous battre pour décrocher un rendez-vous avec la direction d'un hôpital, explique-t-il. Aujourd'hui, nous avons plusieurs meetings par semaine. La demande a été multipliée par quatre." C'est que la pandémie, en rappelant le rôle crucial des soignants et en soulignant les failles - déjà bien connues - des services infirmiers, a permis à l'entreprise wallonne de mettre plus que jamais en avant ses solutions intelligentes destinées à évaluer en temps réel et à prévoir à court terme la charge de travail dans les départements infirmiers, ceci afin d'allouer au mieux les ressources.
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Xavier Rouby n'arrête pas. Depuis le début de la crise du covid, le cofondateur et CEO de la start-up néolouvaniste Opal Solutions enchaîne les réunions. "Avant, nous devions nous battre pour décrocher un rendez-vous avec la direction d'un hôpital, explique-t-il. Aujourd'hui, nous avons plusieurs meetings par semaine. La demande a été multipliée par quatre." C'est que la pandémie, en rappelant le rôle crucial des soignants et en soulignant les failles - déjà bien connues - des services infirmiers, a permis à l'entreprise wallonne de mettre plus que jamais en avant ses solutions intelligentes destinées à évaluer en temps réel et à prévoir à court terme la charge de travail dans les départements infirmiers, ceci afin d'allouer au mieux les ressources. "Le fait que nous ayons réussi à démontrer une grande réactivité au plus fort de la crise a généré de nombreuses marques d'intérêt de la part d'un secteur d'habitude plutôt hostile aux solutions technologiques et par ailleurs assez lent pour prendre des décisions commerciales", affirme notre interlocuteur. A ce jour, les algorithmes d'Opal Solutions ont été adoptés par 10 hôpitaux belges, la plupart bruxellois. On peut notamment citer le CHU Saint-Pierre, l'Hôpital Erasme ou encore les Cliniques universitaires Saint-Luc. "Septante pour cent des lits en Région bruxelloise sont gérés par des hôpitaux utilisant nos solutions", se réjouit le responsable. Côté wallon, la start-up équipe les cliniques Saint-Luc de Bouge (Namur) et Saint-Pierre d'Ottignies. Mais d'autres contrats sont en passe d'être signés. "Nous sommes en discussions avancées avec des institutions en provinces de Liège et de Luxembourg, confie Xavier Rouby. Je ne peux cependant en dire plus à ce stade." Employant une dizaine de collaborateurs, la start-up wallonne a été créée en 2016. A la base, un constat: la pénurie de soignants, qui ne va que s'accentuer dans les années à venir. La charge de travail dans les départements infirmiers est donc en train de s'alourdir toujours un peu plus. Avec notamment comme conséquence, une attractivité en berne pour le métier. C'est le serpent qui se mord la queue. Pour remédier en partie à cette situation, les équipes d'Opal Solutions ont décidé de mettre en place un outil permettant de digitaliser la gestion du personnel infirmier dans les hôpitaux. "Le secteur infirmier n'est pas doté des solutions technologiques adéquates, affirme Xavier Rouby. Aujourd'hui, le premier outil de digitalisation dans les hôpitaux, c'est Excel!" Du coup, les infirmiers passent parfois plus de temps à remplir des tableaux qu'à soigner. "Ils doivent effectuer des tas de tâches administratives qui les détournent de leur mission première", affirme notre interlocuteur. L'allocation des ressources en fonction de la charge de travail est quant à elle souvent effectuée un peu à l'aveugle, en fonction de l'expérience. Cela amène les responsables à se tourner régulièrement vers des intérimaires ou à rappeler du personnel en urgence, deux options coûteuses pour les hôpitaux. La plateforme mise au point par Opal Solutions fait appel aux données, à l'intelligence artificielle et donc aux algorithmes. Son nom? Careboard. Une sorte de tableau de pilotage central permettant d'allouer correctement les ressources en fonction de la charge de travail. "Dans certains cas, cette charge de travail est pénalisée par le simple fait que les outils ne se 'parlent' pas, explique Xavier Rouby. Nous apportons une solution intégrée." Il s'agit tout d'abord de mesurer cette charge de travail. Grâce à une série de données devant être encodées dans le programme ou, mieux, étant automatiquement récupérées depuis d'autres logiciels utilisés par certains hôpitaux (gestion des admissions, des présences, etc.), la plateforme d'Opal Solutions estime la charge de travail plus efficacement. "Cela permet à la direction de l'hôpital d'avoir une vue globale sur les points de tension en temps réel et d'anticiper les points chauds à court terme, affirme le CEO. Le personnel soignant peut alors être alloué au bon endroit, au bon moment. Si je peux anticiper l'évolution de la charge de travail, je peux par ailleurs envoyer l'équipe mobile de remplacement immédiat au bon moment, ou encore organiser au mieux l'entraide inter-services." Au niveau des unités de soins proprement dites, outre la prévision de la charge de travail, la plateforme Careboard permet aussi aux infirmiers d'encoder leur ressenti. "Des données qualitatives très importante pour la validation de l'algorithme", assure Xavier Rouby. L'outil développé pour l'instant se borne à mesurer et prédire la charge de travail. Mais l'objectif, à terme, est de faire de Careboard un vrai logiciel d'aide à la décision. "Il s'agira d'identifier l'adéquation entre la charge de travail et les compétences disponibles, explique le patron d'Opal Solutions. Après avoir estimé la charge de travail, l'algorithme pourra identifier les compétences nécessaires en vue d'effectuer les différentes tâches. C'est très intéressant quand on sait qu'aujourd'hui, toute une série de tâches réalisées par des infirmiers pourraient être confiées à du personnel ayant d'autres qualifications, ce qui permettrait aux soignants de se concentrer sur les patients." De manière très concrète, la plateforme Careboard, en plus de pouvoir prédire que dans l'unité de gériatrie, par exemple, la charge de travail augmentera demain de x%, conseillera de faire appel à telle compétence, voire à telle personne en particulier. "Elle fera une proposition d'allocation du personnel la plus pertinente possible", explique notre interlocuteur. Tout cela se révèle évidemment très intéressant pour les directions d'hôpitaux. Car qui dit anticipation de la charge de travail et meilleure allocation du personnel infirmier, dit optimisation des coûts. "L'impact est direct, assure Xavier Rouby. Notamment en raison de la diminution du recours à l'intérim." Cette optimisation pourrait-elle mener à des licenciements? Le responsable rassure. "Notre solution est là pour éviter les surcoûts et gaspillages, pas pour virer des gens nécessairement, dit-il. Il est surtout question de permettre aux infirmiers de récupérer du temps passé sur des tâches à faible valeur ajoutée et intellectuelle afin de pouvoir se concentrer sur leur vrai travail. Il est clair que les aspects financiers sont importants, mais au sens noble du terme. L'objectif est d'arrêter de gaspiller des compétences." Pour entrer dans un maximum d'hôpitaux, Opal Solutions a récemment mis au point un deuxième outil baptisé Interneo, qui permet cette fois de gérer les stages dans les départements infirmiers. La philosophie est la même: il s'agit de digitaliser la gestion des étudiants stagiaires, une tâche d'ordinaire très chronophage. "Le but est ici aussi de récupérer du temps administratif", explique le CEO. Cette deuxième plateforme a en tout cas permis à la jeune pousse wallonne de séduire de nouveaux hôpitaux, notamment les établissements du réseau public bruxellois Iris (Bordet, Brugmann, etc.) ou encore les Cliniques de l'Europe. "Les directions disent 'oui' tout de suite, se réjouit notre interlocuteur. Cela leur facilite grandement la vie et leur permet par ailleurs de recontacter très aisément certains stagiaires en vue d'un potentiel recrutement." Pour Opal Solutions, l'objectif est bien évidemment de profiter de cette occasion pour faire connaître à ses nouveaux clients son outil phare de gestion du personnel. Portée par la crise, la start-up néolouvaniste est aujourd'hui bien consciente de la nécessite d'"atterrir", comme le dit son CEO. "La pandémie nous a permis de réaliser très rapidement des investissements en vue de collecter des données, dit Xavier Rouby. Nous avons créé de nouveaux modules mais il nous faut maintenant assurer la mise à l'échelle. Il est temps de sortir de notre image de start-up." Pour ce faire, l'entreprise prévoit une importante levée de fonds cette année encore, la plus importante depuis sa création. La Libre révélait au printemps un montant de 750.000 euros, mais Xavier Rouby préfère ne plus citer de montant. "Il s'agira d'une levée de fonds qui fera intervenir des investisseurs privés (FFF - alias "friends, family and fools" - et "business angels", Ndlr) et publics", se contente-t-il de dire. Parmi les investisseurs publics, on devrait retrouver Sambrinvest qui est déjà actionnaire de l'entreprise aux côtés des fondateurs et de business angels. Mais la nouveauté, c'est l'arrivée de structures directement issues du secteur de la santé. "Une partie de la levée de fonds s'effectuera en collaboration avec des groupes de santé privés français à Paris", dévoile le patron. Il s'agit de groupes ayant des activités dans le secteur de la santé (maisons de repos, hôpitaux, cliniques, etc.). Ce sont donc à la fois des investisseurs intéressés et des terrains d'application de nos différentes technologies. Nous voulons privilégier ce smart money et ces accords industriels qui nous permettent de mieux comprendre le terrain, de récolter des données et de tester nos solutions rapidement."