Dans les allées du Mobile World Congress, on ne parlait que de ça. La grand-messe du smartphone, qui réunit chaque année plus de 100.000 personnes à Barcelone, mettait largement à l'honneur la 5G. Cette nouvelle technologie mobile promet des performances inégalées, qui surpasseront largement la 4G.

Premier avantage décisif : la 5G est plus rapide (voir tableau plus bas). D'après les premiers tests réalisés en extérieur par Proximus à Haasrode, près de Louvain, avec du matériel fourni par le fabricant chinois Huawei, la 5G permet d'atteindre une vitesse proche de 3 Gb par seconde. C'est trois fois plus rapide que la vitesse maximale de la 4,5G, qui est déjà une version survitaminée de la 4G.

Deuxième atout : la 5G offre des capacités de traitement plus importantes. Cela signifie qu'un plus grand volume de données pourra passer au même moment sur le réseau mobile. De quoi rendre l'expérience des utilisateurs encore plus fluide. La consommation de vidéos sur smartphone, qui a déjà explosé avec la 4G, pourrait bien faire un nouveau bon en avant... et convaincre de nouveaux utilisateurs de passer à des forfaits plus gourmands en data, voire à l'illimité, que tous les opérateurs proposent désormais.

La 5G est également plus réactive que les autres technologies mobiles. Le temps de réponse (ou latence) à une commande est extrêmement rapide. Le fabricant suédois Ericsson a créé un module de pilotage de camion à distance ( lire l'encadré " Des engins lourds conduits à distance " plus bas). La 5G offre au conducteur un temps de réaction de 4 millisecondes, contre 20 millisecondes en 4G. Des tests effectués par Nokia approchent une latence d'une milliseconde à peine.

Dernier atout de la 5G : elle est plus fiable que d'autres technologies sans fil comme le wifi. Chez Ericsson, des tests ont démontré que le signal wifi offrait des performances en dents de scie, contrairement à la 5G, dont le signal conserve une bonne régularité. Cela ouvre des perspectives pour certaines applications industrielles nécessitant une communication sans fil parfaite et sans coupure entre des machines de précision. " Dans certaines situations, si la machine perd le signal, elle s'arrête pour des raisons de sécurité, ce qui nécessite une intervention humaine ", explique Johaness Arvidson Persson, porte-parole d'Ericsson. Le fabricant réalise actuellement des tests dans le domaine minier qui nécessite une communication sans faille entre la machine extractrice et le centre de commande.

Poussées dans le dos par les industriels, les entreprises spécialisées dans les télécoms planchent déjà sur les usages futurs de la 5G mais cette nouvelle technologie prometteuse est encore en phase expérimentale. Pour que la 5G soit déployée massivement et qu'elle soit largement utilisable par le consommateur lambda, trois conditions doivent d'abord être réunies : les opérateurs doivent obtenir des licences d'exploitation, ils doivent ensuite construire un nouveau réseau et, enfin, les fabricants de smartphones doivent sortir des terminaux compatibles.

1. Les licences

En Belgique, le processus de mises aux enchères des licences est à l'arrêt. Le comité de concertation, qui réunit Etat fédéral et entités fédérées, n'est pas parvenu à se mettre d'accord sur le sujet. La clé de répartition du montant escompté des enchères (environ 700 millions d'euros) entre les différents niveaux de pouvoir fait débat. Et la volonté de l'ancien ministre des Télécoms Alexander De Croo (Open Vld) d'ouvrir la porte à un quatrième opérateur via, notamment, ces enchères, ne fait pas non plus consensus. On y verra sans doute plus clair après les élections de mai prochain. Mais la vente des licences n'aura probablement pas lieu avant 2020. Telenet et Orange n'en font pas une maladie. Proximus est un peu plus inquiet de la situation. La CEO de l'entreprise Dominique Leroy a en effet déclaré récemment que ses clients professionnels risquaient de s'impatienter s'ils ne pouvaient pas tester rapidement cette nouvelle technologie. Proximus étant leader incontesté dans le créneau B to B, ce retard à l'allumage est un plus gros problème pour l'opérateur historique que pour ses concurrents.

2. Le réseau

Le déploiement de la 5G nécessite d'importants investissements de la part des opérateurs. Le coeur du réseau, c'est-à-dire l'infrastructure de base du réseau mobile, devra être adapté. Les antennes existantes devront être complétées avec de nouveaux équipements. Dans certains cas, de nouvelles antennes seront peut-être nécessaires, notamment à Bruxelles où les normes strictes d'émission créent des contraintes techniques inédites pour les opérateurs. Tant que les opérateurs ne disposeront pas des licences leur permettant d'opérer, ils ne pourront pas déployer un réseau complet. Mais certains réalisent déjà des premiers tests. Chez Telenet, ceux-ci se font actuellement en laboratoire. Proximus effectue des essais en plein air du côté de Haasrode.

A l'étranger, certains ont pris de l'avance. Aux Etats-Unis, l'opérateur Verizon commercialisera à partir du mois d'avril prochain une première offre 5G à Chicago et Minneapolis pour 85 dollars par mois. En Corée du Sud, terre du géant Samsung, trois opérateurs lancent ce mois-ci des services à destination des professionnels, qui seront disponibles dans un premier temps dans certains quartiers de grandes métropoles.

En Chine, les autorités soutiennent un déploiement massif de la 5G. D'après une étude du think tank chinois CAICT, cité par le quotidien Les Echos, la Chine investira 135 milliards de dollars dans la 5G d'ici 2025. Selon Vincent Pang, responsable Europe chez Huawei, la 5G contribuera à 4 % de la croissance du PIB de la Chine en 2020. " C'est une opportunité en or pour le pays. Nous sommes aux portes de la technologie du futur ", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Barcelone. Premier fabricant de réseaux GSM dans le monde, Huawei fournit énormément d'opérateurs télécoms. Epinglé par Washington qui l'accuse d'espionnage industriel, le groupe vient de contre-attaquer en traduisant le gouvernement américain devant un tribunal fédéral. Menacé de boycott dans certains pays européens, il joue gros : pour le fabricant, le déploiement des réseaux 5G est crucial.

3. Les terminaux

Les premiers smartphones compatibles avec la 5G viennent seulement d'apparaître sur le marché. Samsung a lancé son nouveau modèle haut de gamme, le Galaxy S10, dont certaines versions intègrent la 5G. Le premier téléphone pliable de Huawei, le Mate X, est lui aussi compatible avec cette nouvelle technologie. Motorola et Xiaomi ont aussi un modèle adapté. Apple n'a pas encore fait d'annonce officielle en ce sens. Il faudra de toute façon patienter avant que l'ensemble du parc de smartphones en circulation soit équipé de la 5G.

Télécoms

Un chauffeur poids lourd pas si virtuel que ça. © PG

Connecter les zones blanches

Et si la 5G remplaçait la fibre optique ? C'est le pari du fabricant chinois Huawei. L'entreprise développe des routeurs qui captent le signal 5G et le redistribuent dans toute la maison. De quoi alimenter tous les appareils connectés à Internet (PC, tablettes, smartphones, set-top boxes, domotique, etc.). La vitesse de la 5G offrirait une qualité équivalente à celle de l'ADSL ou du câble. Une solution idéale pour les clients qui habitent des zones blanches, ces régions rurales reculées qui ne bénéficient pas d'une connexion fixe. " 1,3 milliard de personnes dans le monde n'ont pas d'accès à la fibre optique. C'est un gros marché potentiel ", pointe Detlef Eckert, vice-président global policy affairs chez Huawei.

Des drones inspecteurs de containers

L'entreprise finlandaise Nokia, qui s'est recentrée sur son activité d'équipementier pour réseaux mobiles, teste la conduite de drones dans les infrastructures portuaires, notamment à Hambourg. Ces petits engins volants sont chargés d'inspecter les containers sur les navires avant qu'ils n'entrent au port. Le pilotage de ces drones, dont le trajet se modifie en permanence en fonction des entrées et des sorties de containers, nécessite un réseau ultra-performant, très réactif et extrêmement stable. Les premiers tests réalisés en 4G n'offraient pas un rendement optimal. La 5G devrait rendre cet outil opérationnel.

Des engins lourds conduits à distance

Au Mobile World Congress de Barcelone, l'équipementier suédois Ericsson offrait aux visiteurs la possibilité de piloter à distance un poids lourd situé au nord de la Suède dans une zone test équipée de la 5G. Seule cette technologie offre un temps de latence suffisamment court (4 millisecondes) permettant d'actionner des commandes de manière instantanée. Cette démonstration ouvre des possibilités dans la conduite à distance d'engins lourds, par exemple dans le domaine minier.

© G. QUOISTIAUX

Chirurgien sans fil

La première opération chirurgicale assistée à distance via la 5G a été réalisée en février dernier dans un hôpital de Barcelone. Au cours d'une opération sur une tumeur intestinale, un chirurgien spécialisé a pu apporter conseil et assistance à distance à l'équipe médicale. C'est une première étape vers les opérations à distance via des bras robotisés. Le temps de réaction ultra-rapide de la 5G devrait permettre d'assurer ce type d'intervention.

Retransmettre un match de foot avec un sac à dos

L'opérateur espagnol Telefonica teste un nouveau système innovant de captation d'image en direct. Développé par la start-up Idronia, ce sac à dos connecté est équipé d'un Samsung Galaxy S10 intégré, compatible 5G. Les télévisions utilisent déjà la 4G pour filmer et retransmettre en direct certains événements, un système qui permet de se passer du coûteux car régie. Mais la 5G améliorera sensiblement la vitesse de retransmission. Telefonica envisage d'utiliser ce système low cost pour la retransmission de matchs de foot de divisions inférieures ou de sports moins cotés.