Les dossiers de fusions-acquisitions ont subi de plein fouet l'impact de la crise sanitaire. En 2020, les transmissions d'entreprises ont connu un ressac significatif. C'est l'une des conclusions d'une enquête approfondie réalisée par la Vlerick Business School. Pour établir son baromètre des transmissions d'entreprise, l'école de commerce de Gand s'est appuyée sur un réseau de 173 spécialistes du M&A (mergers & acquisitions ou fusions-acquisitions). Il s'agit de banquiers, de réviseurs d'entreprises, de fonds d'investissements, d'avocats, de consultants, etc., actifs aux quatre coins du pays. Interrogés au sujet de l'impact de la crise sanitaire sur les transmissions d'entreprise, ces spécialistes attestent d'un net ralentissement de l'activité en 2020 (voir le graphique "Quel impact sur le marché des fusions-acquisitions" ci-dessous). Pour 68% des experts, le nombre de transactions est en diminution par rapport à 2019. Pour près d'un spécialiste sur trois, la baisse de volume est même très marquée, de l'ordre de -20% au moins.
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Les dossiers de fusions-acquisitions ont subi de plein fouet l'impact de la crise sanitaire. En 2020, les transmissions d'entreprises ont connu un ressac significatif. C'est l'une des conclusions d'une enquête approfondie réalisée par la Vlerick Business School. Pour établir son baromètre des transmissions d'entreprise, l'école de commerce de Gand s'est appuyée sur un réseau de 173 spécialistes du M&A (mergers & acquisitions ou fusions-acquisitions). Il s'agit de banquiers, de réviseurs d'entreprises, de fonds d'investissements, d'avocats, de consultants, etc., actifs aux quatre coins du pays. Interrogés au sujet de l'impact de la crise sanitaire sur les transmissions d'entreprise, ces spécialistes attestent d'un net ralentissement de l'activité en 2020 (voir le graphique "Quel impact sur le marché des fusions-acquisitions" ci-dessous). Pour 68% des experts, le nombre de transactions est en diminution par rapport à 2019. Pour près d'un spécialiste sur trois, la baisse de volume est même très marquée, de l'ordre de -20% au moins. La crise a frappé dur et paralysé bon nombre de transactions. Mais Mathieu Luypaert, professeur de corporate finance à Vlerick et coauteur de l'étude avec Gianni Spolverato, veut voir le verre à moitié plein . "Le marché des M&A a souffert en 2020, c'est évident. Mais on voit que l'impact le plus important s'est concentré sur le deuxième trimestre de l'année, au moment du premier confinement. A ce moment-là, tous les dossiers se sont arrêtés ou ont été postposés. Mais les processus ont repris assez rapidement à partir du troisième trimestre, dans la plupart des secteurs d'activités", avance Mathieu Luypaert. Lorsqu'il compare ses données de "reprise" avec d'autres données concernant de précédentes crises économiques, notamment celle de 2007, l'enseignant est plutôt optimiste: la sortie de la crise covid semble se faire plus rapidement, du moins si l'on se focalise sur l'indicateur des M&A.La diminution du nombre de deals constatée par les experts du secteur semble donc essentiellement être due à la période de sidération suivant immédiatement le début de la crise sanitaire et le premier confinement. Les dossiers de transmissions d'entreprise ont été à ce moment-là mis au congélateur. Pourquoi? Mathieu Luypaert avance plusieurs explications: "Du côté des vendeurs, il y a sans doute eu une volonté de temporiser. Plutôt que de vendre à bas prix en pleine crise, ils ont préféré attendre, pointe l'expert de la Vlerick Business School. Certains ont également pu tenir le coup momentanément grâce aux aides octroyées par les pouvoirs publics. Du côté des acheteurs, il y a sans doute eu une volonté de ne pas investir dans des entreprises à l'arrêt, qui n'avaient plus de cash-flow." Passés les premiers moments de paralysie, acheteurs et vendeurs n'ont cependant pas trop traîné à faire passer leurs dossiers en mode décongélation. Quelques mois après le début de la crise, les processus de vente reprenaient. Cela se marque dans les chiffres de l'enquête (voir le graphique intitulé "Les processus de transmission d'entreprises prennent plus de temps" ci-dessous). En 2020, très peu de deals se sont conclus en un éclair (8% en moins de trois mois, contre 14% un an plus tôt). Par contre, certains deals traînent depuis un an au moins alors qu'en 2019, aucune opération ne prenait autant de temps. Si l'on veut rester positif, c'est aussi le signe que les transactions ne sont pas abandonnées: elles sont postposées ou retardées. Toutes ces opérations bloquées pour cause de pandémie pourraient arriver prochainement à maturité. En 2021, les experts du secteur s'attendent à voir débarquer un train d'entreprises à vendre. Par rapport à 2020, la tendance s'inverse même totalement: 70% des experts consultés s'attendent à une augmentation du nombre de transactions! Ils restent néanmoins relativement prudents puisque la moitié environ pensent que la hausse du nombre de dossiers ne dépassera pas 20%. C'est sans doute du côté des acheteurs que l'on se montre le plus optimiste. Et plus précisément du côté des "financiers" (investisseurs, capital-risque, etc.) qui cherchent à faire de bonnes affaires. "Pour 2021, les acheteurs financiers s'attendent à retrouver des niveaux d'activité identiques à la période pré-covid. Ils ont du cash à disposition, ils veulent le faire fructifier", explique Mathieu Luypaert. La faiblesse des taux d'intérêt incite d'autant plus ces acteurs à utiliser leurs liquidités. Feront-ils pour autant de bonnes affaires? En période de crise, on peut légitimement penser que les acheteurs sont en position de force. Les entreprises qui ont traversé difficilement la période du covid pourraient se monnayer à bas prix si elles ne parviennent pas à montrer qu'elles sont capables de redresser la barre. Par contre, les sociétés qui ont tenu le cap ne devraient pas subir de décote. On constate en effet que les valorisations n'ont pas été (trop) secouées par la crise. C'est un autre enseignement capital de l'enquête de la Vlerick: les multiples de l'Ebitda, qui servent traditionnellement de base de calcul de valorisation, sont relativement stables par rapport à l'année dernière. L'impact le plus tangible sur les valorisations, même s'il reste relativement limité compte tenu de l'ampleur de la crise, concerne les plus petites entreprises. Ce n'est sans doute pas un hasard. Les experts sollicités dans l'enquête sont formels: les plus petits esquifs sont les plus malmenés. C'est parmi les TPE et les petites PME que l'on retrouve le plus grand nombre d'opérations annulées ou reportées courant 2020. Près de la moitié des experts constatent une diminution de 20% (au minimum) du nombre de transactions portant sur une "faible valeur" (inférieure à un million d'euros). Cela indique que les TPE sont les acteurs économiques les plus fortement touchés par la crise. "Les grosses transactions n'ont quasiment pas été impactées par la crise. Dans des secteurs porteurs comme la tech ou la pharma, il y a même eu une forte activité", constate Mathieu Luypaert. Par contre, pour les très petites entreprises, le coup d'arrêt a été brutal. Surtout dans les secteurs touchés par des fermetures de longue durée, comme l'horeca ou l'événementiel. Beaucoup de restaurants ou de commerces fragiles pourraient se retrouver sur le marché dans les prochains mois. Les offres pour des entreprises à vendre vont donc probablement se multiplier dans les prochains mois. D'autant que les raisons qui poussent traditionnellement les entrepreneuses et les entrepreneurs à mettre leur société en vente sont loin d'avoir disparu. L'étude de la Vlerick les a également disséquées. En première place, une motivation simple: les années qui s'accumulent. Beaucoup de petites sociétés sont dirigées par des patrons proches de l'âge de la retraite. "Pour ces dirigeants, le covid représente souvent un accélérateur de leur décision. Epuisés par la crise, ils pourraient vouloir mettre leur entreprise en vente", explique Laurent Renerken, responsable de Sowalfin Transmission. Au rayon des motifs de mise en vente, on retrouve aussi la volonté de donner un nouveau dynamisme à l'entreprise sous un nouveau leadership, la perspective d'une consolidation stratégique ou encore une nouvelle perspective de carrière pour le dirigeant. Par contre, étonnamment, le motif "vente pour cause de covid" n'est pas encore mis en avant. "C'est peut-être un motif que l'on retrouvera en 2021, estime Laurent Renerken. Si les entrepreneurs n'ont plus l'énergie de relancer leur business après cette crise, ils pourraient être tentés de mettre en vente cette année." Les tendances constatées sur l'ensemble du secteur des M&A connaissent-elles des différences régionales? Pour Laurent Renerken, elles sont minimes: "Nous constatons globalement les mêmes tendances en Wallonie, explique le spécialiste de la transmission à la Sowalfin. La seule différence, c'est que le nombre de transactions portant sur de plus petits montants est plus important." En comparaison de la Flandre, la Wallonie est caractérisée par un environnement économique fait principalement de PME et de TPE. Or, on l'a vu, c'est dans cette catégorie-là d'entreprises que le ralentissement s'est marqué le plus fortement. Proportionnellement, un plus grand nombre de petites structures pourrait donc être en vente d'ici la fin de l'année en Wallonie. "Ce sera un marché d'acheteurs avec potentiellement beaucoup de petites opérations, affirme Laurent Renerken. Depuis le mois de janvier, nous constatons d'ailleurs déjà une forte activité sur le marché et une augmentation du nombre d'opérations de vente."