Elle est là. Enfin presque. La Tesla Model 3, annoncée en fanfare en avril 2016, qui doit bousculer le marché de la voiture premium de volume, va arriver chez les premiers clients. Annoncée à 35.000 dollars, elle touchera le segment des Audi A4, BMW Série 3 et autre Mercedes Classe C, avec, grande nouveauté, un tarif similaire à des motorisations diesel. Seulement voilà, Elon Musk, CEO de Tesla, fait durer le plaisir. Le lancement du Model 3 tourne au teasing, le véhicule est montré avec parcimonie. Pas de test approfondi dans la presse, comme c'est l'habitude dans le secteur. La voitu...

Elle est là. Enfin presque. La Tesla Model 3, annoncée en fanfare en avril 2016, qui doit bousculer le marché de la voiture premium de volume, va arriver chez les premiers clients. Annoncée à 35.000 dollars, elle touchera le segment des Audi A4, BMW Série 3 et autre Mercedes Classe C, avec, grande nouveauté, un tarif similaire à des motorisations diesel. Seulement voilà, Elon Musk, CEO de Tesla, fait durer le plaisir. Le lancement du Model 3 tourne au teasing, le véhicule est montré avec parcimonie. Pas de test approfondi dans la presse, comme c'est l'habitude dans le secteur. La voiture est exhibée élément après élément, histoire de maintenir le suspense et d'encourager les réservations (455.000 actuellement, 1.800 par jour sans doute). Le succès et la réputation du Model S servent de garantie. Les livraisons annoncées cet été sont artificielles : elles ne concernent que le personnel de Tesla... et Elon Musk lui-même. Les " vrais " clients recevront leur auto plus tard que prévu : fin octobre pour les Américains, fin 2018 à l'international. La période qui vient va être tendue car le souci est de faire grimper la production de manière énorme. Cela consomme du cash, alors que Tesla essuie toujours des pertes. Il s'agit de passer de 2.000 voitures produites par semaine en 2016 à 10.000 en 2018 (500.000 sur l'année). Elon Musk n'en disconvient pas : " Ce sera un enfer ", a-t-il indiqué lors d'une conférence avec des analystes. Le 7 août, Tesla a lancé un emprunt de 1,5 milliard de dollars, après avoir levé cette année 1,4 milliard de dollars en actions convertibles. Certes, le chiffre d'affaires augmente, il a doublé entre les six premiers mois de 2016 et de 2017 (2 à 4 milliards de dollars), mais les pertes grimpent aussi (600 à 666 millions d'euros). Il faudra 2 milliards de dollars rien que pour le deuxième semestre 2017 (dépenses d'investissement). " Ces 2 milliards vont vous faire pleurer ", écrit l'analyste Adam Jonas, de Morgan Stanley. " Le temps dira si ce sont des larmes de joie ", enchaîne-t-il prudemment. Adam Jonas estime à 2.000 le nombre de Model 3 qui seront livrées en 2017 alors que Tesla prévoit d'arriver à 5000 voitures par semaine fin 2017. Cela reflète la distance que prennent beaucoup d'analystes avec les prévisions du constructeur, qui ont été régulièrement démenties lors des lancements de nouveaux modèles. Il y a toujours des maladies de jeunesse. En attendant, c'est la course au cash car Tesla consomme 2 à 3 milliards de dollars par an et, en l'absence de bénéfices, doit chercher des fonds en continu. Collectés jusqu'ici sans peine. Cette course ne refroidit pas les actionnaires, même si certains analystes s'inquiètent du risque de cash crunch (crise de liquidités). Le titre reste encore élevé : 355 dollars le 8 août, soit 58 milliards de dollars de capitalisation, davantage que Ford. L'hypothèse en vigueur est que Tesla n'est pas une entreprise comme une autre, mais un nouvel Apple.