La décrue a cédé la place à la désolation dans de nombreuses villes et communes de Wallonie. Les dégâts générés par ces inondations exceptionnelles sont encore loin d'être évalués tant pour les particuliers que pour les entreprises. Pour ces dernières, c'est sans conteste la vallée de la Vesdre qui a été le théâtre des plus importants dommages. Eupen a été la première ville touchée. Ainsi, la Câblerie d'Eupen, plus gros employeur local avec 850 collaborateurs, était encore totalement à l'arrêt au moment de rédiger ces lignes. Des trois zones de production (câbles, tuyaux, mousse), c'est celle des câbles qui est la plus touchée. Erich Thönnes, secrétaire général de Kabelwerk Eupen AG, a exposé la situation au ministre wallon de l'Economie Willy Borsus qui s'est rendu sur les lieux: "Nous existons depuis plus de 100 ans. Pour certaines machines que nous utilisions, il était déjà impossible de trouver les pièces nécessaires aux réparations. Maintenant qu'elles sont toutes détruites, je ne sais pas si nous allons pouvoir relancer certaines activités. Nous avons traversé la crise du covid et l'entreprise se portait bien. Notre carnet de commandes était plein et après les vacances, nous avions prévu d'engager du personnel pour renforcer nos équipes. Aujourd'hui, tous ces projets sont balayés".
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La décrue a cédé la place à la désolation dans de nombreuses villes et communes de Wallonie. Les dégâts générés par ces inondations exceptionnelles sont encore loin d'être évalués tant pour les particuliers que pour les entreprises. Pour ces dernières, c'est sans conteste la vallée de la Vesdre qui a été le théâtre des plus importants dommages. Eupen a été la première ville touchée. Ainsi, la Câblerie d'Eupen, plus gros employeur local avec 850 collaborateurs, était encore totalement à l'arrêt au moment de rédiger ces lignes. Des trois zones de production (câbles, tuyaux, mousse), c'est celle des câbles qui est la plus touchée. Erich Thönnes, secrétaire général de Kabelwerk Eupen AG, a exposé la situation au ministre wallon de l'Economie Willy Borsus qui s'est rendu sur les lieux: "Nous existons depuis plus de 100 ans. Pour certaines machines que nous utilisions, il était déjà impossible de trouver les pièces nécessaires aux réparations. Maintenant qu'elles sont toutes détruites, je ne sais pas si nous allons pouvoir relancer certaines activités. Nous avons traversé la crise du covid et l'entreprise se portait bien. Notre carnet de commandes était plein et après les vacances, nous avions prévu d'engager du personnel pour renforcer nos équipes. Aujourd'hui, tous ces projets sont balayés". Le ministre a également visité l'imprimerie Kliemo. Celle-ci a perdu tout son parc de machines et est à la recherche d'un nouveau hall d'une superficie minimale de 3.000 m2 afin de redémarrer au plus vite. Le directeur général de Kliemo, Christoph Emonts, évaluait dans les colonnes du GrenzEcho, "les dégâts à 16 millions d'euros. Cela correspond à peu près au montant que l'entreprise a investi sur le site au cours de la dernière décennie". L'imprimerie emploie 45 personnes. Implantée à Limbourg, l'entreprise Corman, qui compte 420 collaborateurs, a également pris la vague de plein fouet. La Vesdre a traversé l'usine, emportant sur son passage matériaux et produits qui se sont retrouvés à plusieurs kilomètres de ce producteur de beurres et matières grasses laitières. Comme l'a expliqué Vincent Mazy, son directeur général, à la télévision locale Vedia, "non seulement la Vesdre est sortie de son lit mais aussi notre canal de secours qui permet d'anticiper et d'absorber des crues. Afin de connaître l'étendue des dégâts, on a pris l'initiative de commander un drone". Des experts sont attendus. Heureusement, aucune victime n'est à déplorer au sein du personnel. "On ne sait pas encore si la structure a été touchée ou non. Toutes les précautions doivent être prises avant de rentrer dans l'entreprise. On espère reconstruire au plus vite, pour pouvoir livrer nos clients qui vont connaître des problèmes dans les semaines et les mois qui viennent. Le personnel est très motivé et tous ont déjà proposé leur aide." A Verviers, nombre d'entreprises avaient déjà délaissé les berges de la Vesdre pour les parcs économiques situés sur les hauteurs. Mais il en reste encore quelques-unes dans la ville, telles que la société familiale Depairon, blanchisserie industrielle employant 160 personnes, qui célèbre cette année ses 125 ans d'existence. Ici aussi, la vague a tout dévasté. "Tout a été détruit, témoigne René Depairon, administrateur délégué. C'est une catastrophe, il n'y a pas d'autres mots! Depuis que l'entreprise existe, nous n'avons jamais connu cela. Il y avait plus de deux mètres dans nos installations. Le niveau de l'eau est monté très rapidement et nous n'avons rien pu sauver. Mais la mobilisation de nos collaborateurs est formidable, inimaginable. Je ne saurai jamais assez les remercier. Et nous avons bénéficié de beaucoup de compréhension de la part de nos clients. Nous avons aussi pu compter sur nos collègues blanchisseurs qui ont pris en charge le travail que nous ne savons plus réaliser sur place. Nous nous chargeons encore de la logistique. Il est maintenant l'heure d'évaluer les dégâts en compagnie des experts. Nous avons la ferme volonté de nous redresser et continuer. L'entreprise a été mise à genoux mais n'a pas été mise à terre." Dans la région verviétoise, de nombreuses autres sociétés ont été sinistrées telles que le lavoir de laine industriel Traitex, le fabricant de draps de billard Iwan Simonis ou encore le spécialiste des matériaux polymères Cabot Plastics à Pepinster. Et la liste est loin d'être exhaustive. A noter que certains salariés travaillant dans ces entreprises et habitant à proximité de celles-ci sont eux-mêmes personnellement sinistrés. La commune de Chaudfontaine a également été particulièrement touchée. Les entreprises n'ont donc pas été épargnées, payant un lourd tribut matériel. Fin de la semaine dernière, l'usine d'embouteillage du producteur d'eau minérale Chaudfontaine était encore fermée. A l'instar de l'ensemble des sociétés liégeoises qui ont été impactées, elle attendait la venue des experts et des spécialistes afin de procéder à l'évaluation du sinistre. Les clients de Chaudfontaine pouvaient toutefois continuer à être approvisionnés au départ des cinq centres de distribution belges qui disposent de stocks d'eaux minérales. Le Château des Thermes, qui compte une cinquantaine d'ETP, a aussi été frappé. "Les dégâts sont considérables, détaille Bernard Jolly, administrateur délégué de Château Thermes & Golf qui, outre le Château des Thermes, gère également le Golf de Naxhelet. Toutes les installations ont été touchées. Les vitres ont littéralement explosé. Fort heureusement, il n'y a eu aucune victime parmi la clientèle et le personnel. Je tiens à souligner le sang-froid de Gilbert Lodomez qui dirige le Château et a pris les bonnes décisions afin que les 60 personnes (clients et collaborateurs) puissent être mises à l'abri dans les étages puis évacuées. Mais je veux également mettre l'accent sur la solidarité du personnel. Tous se sont retroussé les manches et se sont attelés, dans des conditions extrêmement pénibles, à déblayer et nettoyer les lieux." Des lieux encombrés par les débris et gravats du Château mais également par tout ce que la Vesdre a charrié sur des kilomètres, dont des quantités impressionnantes de bouteilles de Chaudfontaine ou encore des barquettes de beurre provenant de l'entreprise Corman située une trentaine de kilomètres en amont. Il est encore trop tôt pour estimer l'ampleur du sinistre mais il apparaît que cela se chiffrera en millions d'euros. "Rien n'est récupérable, poursuit-il. Ni les équipements ni les parquets qui ont été soulevés ni les terrasses qui ont été recouvertes de boue. D'importants travaux devront être réalisés, mais il faudra tenir compte des disponibilités des entrepreneurs, d'autant que c'est l'ensemble de la vallée de la Vesdre qui a été ravagée. Et que ce sont les particuliers qui ont été les plus touchés. C'est une véritable catastrophe humaine, écologique et économique. Je pense que nous ne pourrons pas rouvrir avant six mois, voire un an. Heureusement, nous pouvons compter sur le personnel et nous avons constaté que celui-ci est particulièrement attaché au Château. Nous allons mettre les bouchées doubles pour le rénover." A moins de deux kilomètres en aval du Château des Thermes, une autre société emblématique de la province de Liège a été frappée par la colère des flots et se retrouve à l'arrêt: la chocolaterie Galler. "L'eau a commencé à monter mercredi après-midi, raconte Salvatore Iannello, administrateur délégué. Nous avions déjà connu des petites inondations par le passé, de l'ordre d'une vingtaine de centimètres. Le personnel présent a donc mis des sacs de sable pour protéger l'atelier mais l'eau n'a pas cessé de monter et ils ont dû quitter l'usine. Jeudi, tout était inondé. Vendredi, un technicien a pris des photos de ce cataclysme. Je suis revenu de vacances et dès mon arrivée à Zaventem, j'ai pris contact avec des collègues chocolatiers qui m'ont apporté leur soutien. Une vraie chaîne de solidarité s'est créée. Non seulement externe mais aussi interne puisque 14 de nos collaborateurs ont perdu leur maison. Nous avons mis en place au sein de l'entreprise un système de parrainage afin de les aider. Par ailleurs, l'ensemble de nos actionnaires ainsi que nos banquiers nous soutiennent." La chocolaterie Galler emploie 168 personnes dont une centaine sur son site de production à Vaux-sous-Chèvremont. Elle pourra répondre à la demande jusqu'à fin août grâce à son stock. Ensuite, la production sera assurée chez des collègues avec ses matières premières, ses recettes et une partie de son personnel. "Nous espérons relancer l'activité en décembre, reprend-il. Cette catastrophe nous amène à nous pencher sur notre modèle et nos habitudes. Elle est exceptionnelle mais ce qui s'est passé peut se reproduire et nous devrons être préparés. Nous allons devoir adapter notre gestion des risques et imaginer d'autres infrastructures, d'autres procédures. Dans l'avenir, il est possible que nous déménagions notre site de production mais cela n'est pas encore à l'ordre du jour. Nous ne pouvons pas retarder le redémarrage de nos activités car cela pénaliserait le personnel dont une grande partie va se retrouver en chômage économique avec une perte de revenus. Il est impératif de recommencer au plus tôt. Il faut transformer cette épreuve en énergie positive et penser au renouveau de l'entreprise."