Quand je suis arrivée à la tête de l'entreprise, sur papier, j'avais tous les défauts", se souvient Diane Govaerts, directrice générale du groupe Ziegler, leader européen en transport et en logistique. "J'avais tout juste 30 ans, je suis une femme, pas du secteur, et, en plus, l'arrière-petite-fille du fondateur."

Ses défauts, comme elle les appelle, sont en fait devenus des qualités qui lui ont forgé le caractère nécessaire afin de mener à bien la nouvelle stratégie du groupe. Une stratégie axée sur la digitalisation et l'environnement que la jeune femme a écrite et présentée à l'ensemble de son équipe dès son arrivée. "En réalité, être l'arrière-petite-fille du fondateur m'a obligée à travailler trois fois plus que n'importe qui d'autre pour montrer que je méritais mon titre de CEO."

Au travail dès six heures

Les journées de Diane Govaerts commencent à l'heure où les premiers camions sont chargés dans l'entrepôt à Bruxelles, vers six heures du matin. "Je commence directement par les e-mails pour vérifier que tout s'est bien passé pendant la nuit." Il faut dire qu'avec la présence du groupe dans 15 pays, dont la France, le Royaume-Uni, le Maroc, la Pologne, la Chine et depuis peu les Etats-Unis, la CEO a une sérieuse plage horaire à couvrir et des décalages horaires à combler. "La Chine vient justement de m'appeler", sourit-elle avant de s'excuser pour répondre: "Je me dois d'être très disponible pour chaque country manager".

Au téléphone, la jeune femme arpente les couloirs de son entreprise, une nouvelle habitude qu'elle a décidé de s'imposer afin de bouger durant la journée et éviter de rester derrière son bureau.

Une affaire de famille

La CEO est l'aînée des quatre petites-filles d'Arthur Edouard Ziegler. Elle a rejoint l'entreprise familiale après une expérience professionnelle de sept ans au sein de la banque Degroof. "Mon grand-père me demandait souvent quand je comptais le rejoindre", se rappelle-t-elle. C'est en 2015 qu'elle décide de se lancer dans ce nouveau défi entrepreneurial. "C'était important pour moi de pouvoir travailler avec mon grand-père", souligne Diane Govaerts qui passera deux ans à ses côtés. "C'est une période pendant laquelle j'ai énormément appris."

Elle est toujours de bonne humeur, quelle que soit la situation."

Aujourd'hui, Ziegler est encore une affaire de famille puisque la CEO travaille avec son oncle, Alain Ziegler, président de l'entreprise avec qui elle discute tous les matins des décisions stratégiques pour l'entreprise. "Les journées sont toutes différentes mais on les commence ensemble", sourit le président. Lorsqu'il parle de sa nièce, l'affection qu'il lui porte se ressent instantanément. "Elle est toujours de bonne humeur, quelle que soit la situation", ajoute-t-il. De leur duo, Alain Ziegler dit généralement que "Diane, c'est le front office" et lui, "le back office".

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Lorsqu'elle rejoint le groupe Ziegler, la jeune femme insiste pour rencontrer le personnel et visiter l'ensemble des bureaux. Elle part donc avec son oncle sur les routes pour se présenter personnellement aux employés et expliquer sa stratégie. "On a fait des kilomètres et des kilomètres pour aller de bureau en bureau, se souvient la CEO. Pendant que mon oncle conduisait, j'écrivais mes rapports sur les agences que l'on venait de visiter." Elle prend sa tâche très à coeur et se souvient même d'avoir noté le nom de chaque personne rencontrée.

Par son prénom...

"Mon grand-père connaissait le nom de ses employés mais aussi de leurs femmes et enfants, ajoute-t-elle. Il était très proche des gens, tout comme j'aime l'être. Je pense tenir ça de lui." Une proximité qui est confirmée dans les couloirs de l'entreprise où la CEO se fait appeler par son prénom, même si elle est vouvoyée par politesse.

Chaque matin, la CEO démarre la journée avec son oncle, Alain Ziegler, président de l'entreprise., FRÉDÉRIC SIERAKOWSKI
Chaque matin, la CEO démarre la journée avec son oncle, Alain Ziegler, président de l'entreprise. © FRÉDÉRIC SIERAKOWSKI

Optimisation est le maître-mot de ses journées de travail puisque tous les moments de la journée sont utilisés à bon escient. Même sur la route pour se rendre au siège de l'entreprise, Diane Govaerts travaille: "Le meilleur moment pour passer les appels les plus sensibles", confie-t-elle. Le reste de la journée? Réunion, réunion, réunion... "Comme tous les CEO, je suppose."

Le travail et l'innovation

La jeune femme est sans aucun doute une acharnée de travail. Ne lui parlez pas de prendre des vacances (elle a pris quatre jours de congé pour les fêtes de fin d'année), "ce qui est déjà énorme", dit-elle. Elle est véritablement passionnée par son secteur. "Le transport est encore victime de préjugés alors qu'il est fondamental au bon fonctionnement de l'économie et regorge de ressources", précise la CEO qui ajoute que "rien ne peut se faire sans transport ni logistique".

Le positionnement du groupe est intermédiaire, entre les big four et les entreprises nationales. "Nous sommes assez grands pour couvrir le monde entier et l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mais assez petits pour offrir un service de proximité." Transport routier, maritime, aérien, logistique d'entreposage, douane et rail sont les six métiers qui sont exercés au sein de l'entreprise par 3.200 personnes.

Les réunions s'enchaînent "Comme tous les CEO, je suppose", avoue Diane Govaerts., FRÉDÉRIC SIERAKOWSKI
Les réunions s'enchaînent "Comme tous les CEO, je suppose", avoue Diane Govaerts. © FRÉDÉRIC SIERAKOWSKI

Si elle devait choisir celui qui correspond le plus à son image, la CEO pencherait pour le train, "non seulement eco-friendly mais aussi droit comme les rails". Il faut dire que Diane Govaerts aime l'ordre et la précision. Pas une seule feuille ne dépasse de ses dossiers, rangés convenablement sur son bureau blanc. "J'aime que tout soit organisé", précise-t-elle. Si elle n'a pas peur du poids des responsabilités, c'est grâce à la préparation. "La seule chose que l'on peut contrôler avant une réunion, c'est le travail en amont. Si j'ai bien préparé mon dossier, je ne m'inquiète pas, même avant une entrevue stratégique."

C'est une manageuse inspirante qui offre toujours de bons conseils."

Ce qui la distingue des autres CEO? Son côté innovateur et précurseur. Il faut bien avouer que dans l'industrie des transports et de la logistique, Ziegler a une longueur d'avance sur ses concurrents concernant la transition énergétique et la numérisation de l'entreprise. "Je ne veux pas seulement faire les choses bien tout de suite, je veux aussi faire la différence sur le long terme."

L'équitation au niveau professionnel

Diane Govaerts est une CEO qui ne veut pas se faire remarquer mais que l'on remarque malgré tout. "Elle ne recherche pas les honneurs ou une reconnaissance personnelle", souffle l'un de ses collaborateurs. "C'est une manageuse inspirante qui offre toujours de bons conseils", ajoute une autre employée. Inspirante, c'est d'ailleurs la principale qualité qu'elle essaye d'insuffler à son équipe, qu'elle met constamment en avant: "Ils sont tous dynamiques, motivés et entrepreneurs", ajoute la directrice générale qui privilégie le management participatif. Hors de question pour la jeune femme d'être une CEO inaccessible: "Je tiens à ce que tout le monde soit concerné par les décisions et qu'ils osent proposer des solutions".

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Sa capacité d'écoute et de remise en question, la jeune femme la tire de son autre passion, l'équitation, qu'elle pratique à un niveau professionnel. "Déjà lors de mes études à Solvay, on me disait que je devrais sans doute arrêter car je n'aurais plus assez de temps." C'était sans compter l'organisation et la persévérance de la CEO qui ne recule devant aucun défi. "L'équitation m'a beaucoup aidée à comprendre les gens puisque le langage corporel est très important avec les chevaux." Diane Govaerts prépare d'ailleurs sa prochaine compétition et espère être qualifiée en international et rejoindre l'équipe nationale. Sa spécialité? Le dressage, qu'elle pratique avec son cheval Zilou.

Une passion qui n'est pas sans rappeler qu'avant l'utilisation des camions, le groupe Ziegler assurait le transport de marchandises grâce à des... chevaux!

  • 38 ans, née à Bruxelles
  • 2007: master en management science à la Solvay Brussels School
  • 2007: MBA à la Darden School of Business, Université de Virginie (Etats-Unis)
  • 2007: démarre sa carrière à la banque Degroof
  • 2011 : diplôme d'analyste financier du CFA Institute
  • 2013 : executive master en management à la Solvay Brussels School
  • 2015: CEO de Ziegler
Quand je suis arrivée à la tête de l'entreprise, sur papier, j'avais tous les défauts", se souvient Diane Govaerts, directrice générale du groupe Ziegler, leader européen en transport et en logistique. "J'avais tout juste 30 ans, je suis une femme, pas du secteur, et, en plus, l'arrière-petite-fille du fondateur."Ses défauts, comme elle les appelle, sont en fait devenus des qualités qui lui ont forgé le caractère nécessaire afin de mener à bien la nouvelle stratégie du groupe. Une stratégie axée sur la digitalisation et l'environnement que la jeune femme a écrite et présentée à l'ensemble de son équipe dès son arrivée. "En réalité, être l'arrière-petite-fille du fondateur m'a obligée à travailler trois fois plus que n'importe qui d'autre pour montrer que je méritais mon titre de CEO." Les journées de Diane Govaerts commencent à l'heure où les premiers camions sont chargés dans l'entrepôt à Bruxelles, vers six heures du matin. "Je commence directement par les e-mails pour vérifier que tout s'est bien passé pendant la nuit." Il faut dire qu'avec la présence du groupe dans 15 pays, dont la France, le Royaume-Uni, le Maroc, la Pologne, la Chine et depuis peu les Etats-Unis, la CEO a une sérieuse plage horaire à couvrir et des décalages horaires à combler. "La Chine vient justement de m'appeler", sourit-elle avant de s'excuser pour répondre: "Je me dois d'être très disponible pour chaque country manager". Au téléphone, la jeune femme arpente les couloirs de son entreprise, une nouvelle habitude qu'elle a décidé de s'imposer afin de bouger durant la journée et éviter de rester derrière son bureau. La CEO est l'aînée des quatre petites-filles d'Arthur Edouard Ziegler. Elle a rejoint l'entreprise familiale après une expérience professionnelle de sept ans au sein de la banque Degroof. "Mon grand-père me demandait souvent quand je comptais le rejoindre", se rappelle-t-elle. C'est en 2015 qu'elle décide de se lancer dans ce nouveau défi entrepreneurial. "C'était important pour moi de pouvoir travailler avec mon grand-père", souligne Diane Govaerts qui passera deux ans à ses côtés. "C'est une période pendant laquelle j'ai énormément appris." Aujourd'hui, Ziegler est encore une affaire de famille puisque la CEO travaille avec son oncle, Alain Ziegler, président de l'entreprise avec qui elle discute tous les matins des décisions stratégiques pour l'entreprise. "Les journées sont toutes différentes mais on les commence ensemble", sourit le président. Lorsqu'il parle de sa nièce, l'affection qu'il lui porte se ressent instantanément. "Elle est toujours de bonne humeur, quelle que soit la situation", ajoute-t-il. De leur duo, Alain Ziegler dit généralement que "Diane, c'est le front office" et lui, "le back office". Lorsqu'elle rejoint le groupe Ziegler, la jeune femme insiste pour rencontrer le personnel et visiter l'ensemble des bureaux. Elle part donc avec son oncle sur les routes pour se présenter personnellement aux employés et expliquer sa stratégie. "On a fait des kilomètres et des kilomètres pour aller de bureau en bureau, se souvient la CEO. Pendant que mon oncle conduisait, j'écrivais mes rapports sur les agences que l'on venait de visiter." Elle prend sa tâche très à coeur et se souvient même d'avoir noté le nom de chaque personne rencontrée. "Mon grand-père connaissait le nom de ses employés mais aussi de leurs femmes et enfants, ajoute-t-elle. Il était très proche des gens, tout comme j'aime l'être. Je pense tenir ça de lui." Une proximité qui est confirmée dans les couloirs de l'entreprise où la CEO se fait appeler par son prénom, même si elle est vouvoyée par politesse. Optimisation est le maître-mot de ses journées de travail puisque tous les moments de la journée sont utilisés à bon escient. Même sur la route pour se rendre au siège de l'entreprise, Diane Govaerts travaille: "Le meilleur moment pour passer les appels les plus sensibles", confie-t-elle. Le reste de la journée? Réunion, réunion, réunion... "Comme tous les CEO, je suppose." La jeune femme est sans aucun doute une acharnée de travail. Ne lui parlez pas de prendre des vacances (elle a pris quatre jours de congé pour les fêtes de fin d'année), "ce qui est déjà énorme", dit-elle. Elle est véritablement passionnée par son secteur. "Le transport est encore victime de préjugés alors qu'il est fondamental au bon fonctionnement de l'économie et regorge de ressources", précise la CEO qui ajoute que "rien ne peut se faire sans transport ni logistique".Le positionnement du groupe est intermédiaire, entre les big four et les entreprises nationales. "Nous sommes assez grands pour couvrir le monde entier et l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mais assez petits pour offrir un service de proximité." Transport routier, maritime, aérien, logistique d'entreposage, douane et rail sont les six métiers qui sont exercés au sein de l'entreprise par 3.200 personnes. Si elle devait choisir celui qui correspond le plus à son image, la CEO pencherait pour le train, "non seulement eco-friendly mais aussi droit comme les rails". Il faut dire que Diane Govaerts aime l'ordre et la précision. Pas une seule feuille ne dépasse de ses dossiers, rangés convenablement sur son bureau blanc. "J'aime que tout soit organisé", précise-t-elle. Si elle n'a pas peur du poids des responsabilités, c'est grâce à la préparation. "La seule chose que l'on peut contrôler avant une réunion, c'est le travail en amont. Si j'ai bien préparé mon dossier, je ne m'inquiète pas, même avant une entrevue stratégique."Ce qui la distingue des autres CEO? Son côté innovateur et précurseur. Il faut bien avouer que dans l'industrie des transports et de la logistique, Ziegler a une longueur d'avance sur ses concurrents concernant la transition énergétique et la numérisation de l'entreprise. "Je ne veux pas seulement faire les choses bien tout de suite, je veux aussi faire la différence sur le long terme." Diane Govaerts est une CEO qui ne veut pas se faire remarquer mais que l'on remarque malgré tout. "Elle ne recherche pas les honneurs ou une reconnaissance personnelle", souffle l'un de ses collaborateurs. "C'est une manageuse inspirante qui offre toujours de bons conseils", ajoute une autre employée. Inspirante, c'est d'ailleurs la principale qualité qu'elle essaye d'insuffler à son équipe, qu'elle met constamment en avant: "Ils sont tous dynamiques, motivés et entrepreneurs", ajoute la directrice générale qui privilégie le management participatif. Hors de question pour la jeune femme d'être une CEO inaccessible: "Je tiens à ce que tout le monde soit concerné par les décisions et qu'ils osent proposer des solutions". Sa capacité d'écoute et de remise en question, la jeune femme la tire de son autre passion, l'équitation, qu'elle pratique à un niveau professionnel. "Déjà lors de mes études à Solvay, on me disait que je devrais sans doute arrêter car je n'aurais plus assez de temps." C'était sans compter l'organisation et la persévérance de la CEO qui ne recule devant aucun défi. "L'équitation m'a beaucoup aidée à comprendre les gens puisque le langage corporel est très important avec les chevaux." Diane Govaerts prépare d'ailleurs sa prochaine compétition et espère être qualifiée en international et rejoindre l'équipe nationale. Sa spécialité? Le dressage, qu'elle pratique avec son cheval Zilou. Une passion qui n'est pas sans rappeler qu'avant l'utilisation des camions, le groupe Ziegler assurait le transport de marchandises grâce à des... chevaux!