C'est l'histoire d'un pirate et d'un gendarme qui finissent par travailler ensemble. Le pirate, Pierre Mengal, n'a jamais terminé ses humanités. Il est autodidacte, passionné d'informatique et féru de musique électronique. Le gendarme, lui, affiche un parcours scolaire exemplaire. Formé à l'Ecole royale militaire, Dany Donnen a multiplié les diplômes, les licences et les certifications, dont un master en criminologie à l'Université de Liège (grande distinction) et un autre en sciences informatiques à l'Université de Namur (distinction).
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C'est l'histoire d'un pirate et d'un gendarme qui finissent par travailler ensemble. Le pirate, Pierre Mengal, n'a jamais terminé ses humanités. Il est autodidacte, passionné d'informatique et féru de musique électronique. Le gendarme, lui, affiche un parcours scolaire exemplaire. Formé à l'Ecole royale militaire, Dany Donnen a multiplié les diplômes, les licences et les certifications, dont un master en criminologie à l'Université de Liège (grande distinction) et un autre en sciences informatiques à l'Université de Namur (distinction). Sur le papier, le pirate et le gendarme n'étaient pas vraiment faits pour collaborer, mais un caprice du destin les a un jour placés sur le même chemin. Nous sommes en 2010. Pierre Mengal travaille comme informaticien indépendant et gère aussi, pour son plus grand plaisir, une radio de musique électronique en région liégeoise, Warm FM, lancée quelques années plus tôt de manière illégale. Son piratage d'une fréquence existante lui a d'ailleurs valu quelques soucis avec la RTBF, mais sa station sera malgré tout tolérée et finalement reconnue par le CSA en 2008. De son côté, Dany Donnen oeuvre à l'époque comme CEO de MediaXim, une société spécialisée dans la récolte de données pour les annonceurs, qui sera rachetée plus tard par l'institut Nielsen. L'ancien officier supérieur de gendarmerie a travaillé durant de longues années au sein de la police fédérale, avant de se bâtir une deuxième carrière dans le privé, davantage axée sur l'économie numérique. Lorsque Dany Donnen rencontre Pierre Mengal grâce à une connaissance commune en 2010, le patron de Warm FM a déjà mis au point un outil innovant destiné à mesurer l'audience de sa station également diffusée sur le Web. L'informaticien cherchait en effet à connaître l'audience de sa radio en ligne pour en valoriser les espaces publicitaires, mais aucun instrument de mesure fiable n'existait encore en Belgique il y a 10 ans à peine.Le courant passe entre les deux hommes et, soutenus par des business angels, ils lancent une première société, TouchCast, spécialisée dans les mesures d'audience des webradios. Grâce au savoir-faire de Pierre Mengal et au carnet d'adresses de Dany Donnen, la start-up commercialise son logiciel et se fait tout doucement un nom dans le milieu. Mais la rentabilité tarde à venir et la tension monte avec les business angels. En 2014, ceux-ci acceptent de céder leurs parts au duo fondateur qui reste convaincu du potentiel économique de leurs solutions numériques. Sur les cendres de TouchCast, Pierre Mengal et Dany Donnen fondent alors NeuroMedia et repartent à l'assaut du marché audiovisuel. Leur persévérance est rapidement récompensée: quelques mois après ce nouveau départ, les deux partenaires réussissent en effet à convaincre la RTBF d'utiliser leur solution de mesure pour tous ses contenus diffusés en ligne, jusqu'ici négligés dans les études d'audience classiques. Grâce à NeuroMedia, l'entreprise publique peut enfin disposer de statistiques précises sur ses flux audio et vidéo sur le Web et recevoir, en filigrane, des informations pointues sur le comportement des internautes face à ces contenus. L'avantage est double: la RTBF peut non seulement valoriser ses espaces publicitaires sur ces médias digitaux, mais aussi analyser finement la façon dont les auditeurs réagissent aux programmes proposés. Disruptive, la technologie développée par NeuroMedia tranche radicalement avec les mesures d'audience traditionnelles qui se calculent sur la base d'un panel d'individus supposés être représentatifs de la société belge. Dans l'ancien schéma de "la radio et la télévision de papa", les personnes choisies sont censées remplir une enquête - papier ou en ligne - relative aux médias qu'ils ont écoutés ou regardés durant une période déterminée. Or, avec la solution proposée par NeuroMedia, les mesures d'audience sur les canaux digitaux s'opèrent en temps réel avec une précision quasi chirurgicale. Voilà ce qui explique pourquoi, dans la foulée de la RTBF, les portes du Centre d'information sur les médias (CIM) se sont aussi ouvertes à la start-up wallonne. Depuis près de trois ans, l'outil développé par NeuroMedia est en effet devenu la référence en matière d'audimétrie pour les radios affiliées au CIM qui sont diffusées sur le Web. Avec ses deux clients de prestige que sont le CIM et la RTBF, NeuroMedia a gagné en puissance et en crédibilité. Aujourd'hui, l'entreprise belge - qui emploie une petite dizaine de collaborateurs - compte environ 500 clients répartis dans 45 pays. La majorité des diffuseurs de contenu qui utilisent sa technologie sont basés aux Etats-Unis (la start-up compte de nombreuses radios évangéliques parmi ses clients), mais Neuro- Media travaille également sur les continents asiatique et européen, notamment pour l'organisme DMR, l'équivalent danois du CIM. "Notre expertise est déjà reconnue au-delà des frontières belges, se réjouissent Pierre Mengal et Dany Donnen. Mais au niveau international, justement, le potentiel est encore très important. C'est la raison pour laquelle nous venons d'ouvrir notre capital à deux nouveaux partenaires. Grâce à eux, nous allons pouvoir grandir et amplifier notre percée à l'étranger." Pour accompagner la croissance de NeuroMedia à l'international, les structures d'accompagnement financier Investsud et Wallimage Entreprises se sont mobilisées et ont mis chacune 150.000 euros sur la table. Outre cet apport financier de 300.000 euros au total, les deux invests joueront également un rôle actif au sein du conseil d'administration de l'entreprise liégeoise - où ils détiendront désormais 25% du capital - pour distiller leur expertise et partager leur carnet d'adresses. "Le marché de la radio en streaming est en pleine croissance et NeuroMedia est un acteur qui est déjà très bien implanté, note Jean-Philippe Mathieu, investment manager chez Investsud. Dans notre stratégie de diversification, nous sommes là pour le soutenir financièrement et apporter notre valeur ajoutée." "Nous partageons la même approche, enchaîne Odile Malevé, conseillère en investissements chez Wallimage Entreprises. Nous ne sommes pas dans un calcul absolu de rendement. Il faut d'abord que le projet soit porteur pour le secteur et pour la Wallonie, ce qui est le cas avec NeuroMedia." Pour Pierre Mengal et Dany Donnen, l'arrivée de ces nouveaux partenaires servira surtout de déclencheur à de futurs développements. "Dans les décisions stratégiques que nous allons prendre, il est important d'avoir un éclairage différent, conclut le duo. Bien sûr, nous allons partir à la conquête de nouveaux marchés, mais nous comptons aussi développer de nouveaux produits, notamment dans le secteur de l'enseignement où les cours en streaming ne cessent de se multiplier. Là aussi, nos outils de mesure peuvent se révéler pertinents et il y a donc de belles opportunités à saisir." L'étonnante histoire du pirate et du gendarme ne fait que commencer...