Ses lunettes blanches sont presque aussi célèbres que les frères Dardenne et Benoît Poelvoorde réunis. Longtemps étiquetté "Monsieur Cinéma" à la RTBF, Philippe Reynaert s'est imposé dans le secteur audiovisuel à travers le fonds d'investissement Wallimage qu'il a dirigé pendant 20 ans. En novembre 2000, le gouvernement de la Région wallonne l'invite en effet à bâtir une nouvelle structure financière censée dynamiser la production cinématographique locale. Le pari est osé, mais l'homme aux lunettes blanches dispose d'un solide carnet d'adresses et va doucement tisser sa toile, notamment porté ...

Ses lunettes blanches sont presque aussi célèbres que les frères Dardenne et Benoît Poelvoorde réunis. Longtemps étiquetté "Monsieur Cinéma" à la RTBF, Philippe Reynaert s'est imposé dans le secteur audiovisuel à travers le fonds d'investissement Wallimage qu'il a dirigé pendant 20 ans. En novembre 2000, le gouvernement de la Région wallonne l'invite en effet à bâtir une nouvelle structure financière censée dynamiser la production cinématographique locale. Le pari est osé, mais l'homme aux lunettes blanches dispose d'un solide carnet d'adresses et va doucement tisser sa toile, notamment porté par le tax shelter, cet incitant fiscal qui donnera un réel coup de fouet au cinéma belge. Concrètement, Wallimage se définit comme une société de droit public qui soutient des productions et des entreprises audiovisuelles en Région wallonne. Organisation bicéphale, elle agit comme un conseiller en investissement qui analyse des dossiers pour ses filiales Wallimage Coproductions et Wallimage Entreprises, respectivement actives dans le tournage de films et le soutien aux sociétés de services audiovisuels. "Nous avons construit la fusée, le tax shelter a fourni le carburant", sourit Philippe Reynaert. Après 20 ans de fonctionnement, le fonds régional d'investissement et son père fondateur peuvent se targuer d'un joli bilan. Dotée aujourd'hui d'un budget annuel de 6,5 millions d'euros, Wallimage Coproductions a investi, en deux décennies, 86 millions d'euros dans 453 projets audiovisuels (films, courts- métrages, séries télé, etc.) qui ont généré plus de 374 millions de dépenses dans l'industrie cinématographique wallonne, soit un taux de retombées économiques de 435% par rapport aux sommes injectées par le fonds régional. De son côté, Wallimage Entreprises a investi dans plus de 80 sociétés audiovisuelles wallonnes pour un montant total de 28 millions d'euros, sous la forme de prises de capital ou de prêts subordonnés. Au fil des ans, Wallimage a non seulement réussi à garantir du travail aux techniciens et aux comédiens locaux, mais a surtout contribué au développement d'une activité économique pérenne dans le sud du pays. A 65 ans, Philippe Reynaert prend aujourd'hui sa retraite et passe le relais à Virginie Nouvelle, entrée chez Wallimage comme directrice financière il y a 15 ans déjà, avant d'être promue directrice de la filiale Wallimage Entreprises. Ingénieure de gestion formée à Warocqué (UMons), cette Boraine de 38 ans présente un profil certes moins artistique que l'homme aux lunettes blanches, mais sans doute plus adapté aux nouveaux défis de l'industrie audiovisuelle. "Les nouvelles plateformes de diffusion comme Netflix et Disney+ sont en train de déstabiliser le modèle économique du cinéma, constate Philippe Reynaert. Par rapport aux fonds régionaux, il faut donc réinventer le système car notre métier va s'apparenter de plus en plus à de l'ingénierie financière. Bref, Virginie est la bonne personne qui arrive au bon moment à la tête de Wallimage."