Une appellation erronée

"Pour qu'une matière porte l'appellation cuir, elle doit être issue d'un animal", explique la styliste belge Esmeralda Ammoun, qui créé notamment des sacs véganes à base de fibres de coco. "Il existe du cuir à tannage végane ou végétal. Le processus est plus respectueux de l'environnement qu'un tannage chimique mais, hélas, plus lent et plus coûteux. Et il y a les matières réalisées à partir d'éléments végétaux, qui entrent dans la catégorie du tissage avec un aspect cuir ; on parle de cuir végane... mais ce n'est pas du cuir."
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"Pour qu'une matière porte l'appellation cuir, elle doit être issue d'un animal", explique la styliste belge Esmeralda Ammoun, qui créé notamment des sacs véganes à base de fibres de coco. "Il existe du cuir à tannage végane ou végétal. Le processus est plus respectueux de l'environnement qu'un tannage chimique mais, hélas, plus lent et plus coûteux. Et il y a les matières réalisées à partir d'éléments végétaux, qui entrent dans la catégorie du tissage avec un aspect cuir ; on parle de cuir végane... mais ce n'est pas du cuir." A côté des substituts synthétiques en polyester, PVC ou polyuréthane pas très ecofriendly, on trouve divers produits à base de ressources végétales: le Pinatex, créé dans les années 1990 à partir d'ananas ; le Muskin, produit à base d'un champignon subtropical ; l'Apple Skin ou "cuir de pomme" ; le cuir de raisin, conçu à partir de déchets vinicoles. Le cactus, le kombucha, la noix de coco, l'eucalyptus, le maïs... sont également travaillés. "On trouve de plus en plus de fournisseurs spécialisés, certifiés et même brevetés, certains détiennent un monopole mondial", commente Benjamin Gulcu, de la maison de maroquinerie belge 29thOctober, qui n'utilise que des peaux à tannage végétal et qui propose une capsule végane en nopal, à base de feuilles de cactus. Esmeralda Ammoun confirme: "Ces matières se trouvent désormais facilement, même si cela coince parfois au niveau de l'épaisseur ou des couleurs recherchées." C'est plus éthique. Selon l'association PETA, plus de de 1,4 milliard de vaches, moutons et chèvres, et des millions d'autres animaux, seraient tués chaque année pour l'industrie du cuir. Difficile, pour le secteur de la mode, de ne pas prendre en compte le poids des associations de défense des animaux. C'est aussi innovant. "La mode exige de rester attentif aux nouvelles matières et les véganes font partie de celles à adopter aujourd'hui", commente Benjamin Gulcu. Et c'est également un matériau pratique et économique. "Le faux cuir se travaille comme du tissu et ne nécessite pas un matériel adapté comme le vrai cuir, qui reste l'apanage des maroquiniers ; cela réduit aussi les coûts de fabrication. Pour moi qui produis à la pièce, c'est plus intéressant", précise Esmeralda Ammoun. "Un cuir d'agneau plongé à tannage végétal coûte environ deux fois plus cher qu'un 'cuir' végane de haute qualité, explique-t-on chez 29thOctober. Le vrai cuir est plus cher à cause du travail effectué sur la peau en amont, et de celui sur la confection, plus artisanal et plus complexe que celui sur des matières véganes." Une idée du prix du produit de base? Le fournisseur Ananas Anam, spécialiste du Pinatex, propose des rouleaux à partir de 50 euros le mètre. Le site Lifematerials.eu vend des morceaux de Muskin à partir de 22 euros (stock actuellement épuisé). Selon Benjamin Gulcu, "les matières véganes ont un bel avenir devant elles. De plus en plus de personnes - principalement issues de la jeune génération - étant sensibles à la cause animale, des investissements sont opérés et les techniques vont se développer. Mais à l'heure actuelle, leur qualité ne dépasse pas encore celle du cuir, qui reste un produit fiable et durable".