Bien qu'âgé de 85 ans, cet académicien est encore très vert, et il est venu régaler le public belge de ses réflexions à l'occasion d'un exposé qu'il a donné pour les Grandes Conférences catholiques. Mon excellent confrère Marc Lambrecht du journal L'Echo a pu également le soumettre à la question. Voici ce qu'il dit. D'abord, Michel Serres reste optimiste, et quand on lui dit qu'un éminent économiste britannique s'inquiète qu'avec des moyens de communication comme Twitter, la jeunesse s'enfonce dans le court-termisme au détriment d'une réflexion à long terme, il balaie cet argument d'un revers de la main.

Pour lui, le monde est rempli de "grands-papas ronchons", des gens qui disent que tout va mal aujourd'hui et que les nouveautés informatiques ou Internet sont nuisibles, jusqu'à aller dire que c'était mieux avant. C'est là que Michel Serres intervient. Était-ce vraiment beaucoup mieux avant ? Rappelez-vous. Avant, le monde était gouverné par des Franco, des Mussolini, des Hitler, des Staline, des Mao ou des Pol Pot...En clair, le monde était dirigé par des gens qui ont provoqué la mort de millions de personnes.

Méfiez-vous des grands-papas ronchons!

D'où vient alors, cette habitude chez certains, qui consiste à se plaindre du monde actuel ? Là encore, Michel Serres nous rappelle que lorsqu'on demandait au très grand physicien allemand Max Planck, comment venait l'innovation dans les sciences, sa réponse était très simple : c'est toujours parce que la génération d'avant avait pris sa retraite. Selon Michel Serres, Max Planck avait raison : il faut attendre que les "vieux ronchons" comme il le dit prennent leur retraite.

Et c'est un homme de 85 ans qui le dit, un homme extraordinaire dont les discours devraient être remboursés par la sécurité sociale. A ceux qui ronchonnent encore, il répète à l'envi que pour la première fois de l'Histoire, nous sommes gouvernés en Europe par des dirigeants politiques qui n'ont jamais connu la guerre. C'est extraordinaire, cela ne s'est jamais produit dans toute l'histoire de l'Europe ! Nous n'avons pas hélas conscience de l'originalité de notre époque, on oublie très vite que nous sommes en paix. Michel Serres ajoute que le matin, devant notre miroir dans la salle de bains, nous ne nous disons sans doute pas que nous sommes en paix. Michel Serres, lui, se le dit chaque jour. A ses yeux, ce n'est pas normal du tout, c'est même extraordinaire, tout comme son discours !