C'est l'histoire d'un "gamin" de 19 ans. Un étudiant en droit qui, en 2015, ose démarcher les banques et les investisseurs pour lancer sa start-up Localisy. Le concept? Un moteur de recherche dédié aux commerces locaux et qui fonctionne sur le principe de la géolocalisation de l'utilisateur. Dans le décor feutré de ses rendez-vous, le "gamin" n'est pas pris au sérieux. Son projet est certes séduisant mais il n'a pas encore de clients, ni vraiment d'expérience, et les banquiers austères le renvoient gentiment à ses études de droit.
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C'est l'histoire d'un "gamin" de 19 ans. Un étudiant en droit qui, en 2015, ose démarcher les banques et les investisseurs pour lancer sa start-up Localisy. Le concept? Un moteur de recherche dédié aux commerces locaux et qui fonctionne sur le principe de la géolocalisation de l'utilisateur. Dans le décor feutré de ses rendez-vous, le "gamin" n'est pas pris au sérieux. Son projet est certes séduisant mais il n'a pas encore de clients, ni vraiment d'expérience, et les banquiers austères le renvoient gentiment à ses études de droit. Guillaume Petta ne se démonte pas pour autant. Coaché par sa grande soeur Pauline, l'étudiant liégeois redouble d'efforts, affine son concept et fait ses premiers pas dans le business grâce au modeste soutien de sa famille proche. Inédit en Belgique, Localisy finit par retenir l'attention des professionnels du numérique. Quelques mois plus tard, la jeune entreprise est en effet sélectionnée parmi "les 50 start-up belges dans lesquelles investir" au coeur d'un dossier éponyme concocté par Trends-Tendances. Interpellée, la Société wallonne de financement (Sowalfin) repère le "gamin" et se porte garante pour un tout premier prêt de quelques dizaines de milliers d'euros auprès de la banque BNP Paribas Fortis. Boosté par ce crédit bienvenu, Guillaume Petta arrête ses études de droit pour s'investir à fond dans Localisy. Mais concurrencer Google et Zalando sur le terrain de l'e-commerce, fût-il hyperlocal, relève d'un sacré pari. "Pendant deux ou trois ans, cela a été très dur, se souvient le jeune entrepreneur. Nous n'étions que trois, on travaillait sept jours sur sept et on a dû faire beaucoup de sacrifices pour percer. Bien sûr, on essayait de construire notre projet initial mais on s'est très vite rendu compte qu'il fallait étoffer nos services pour progresser." A côté de la plateforme de marché que Localisy tente de développer, Guillaume Petta comprend en effet que les premiers commerces qu'il séduit sont surtout demandeurs d'une vraie stratégie commerciale sur le web à travers le référencement, les réseaux sociaux et d'autres outils numériques qu'ils ne maîtrisent pas. Sans renoncer toutefois à son moteur de recherche local, la start-up corrige donc le tir et développe un service de web marketing à l'attention de ses clients. La sauce prend, les commandes affluent et Localisy décolle grâce à la rentabilité de cette nouvelle activité. Six ans après ses premiers pas dans l'entrepreneuriat, le "gamin" est devenu un homme et un interlocuteur respecté dans le monde des affaires. Le mois dernier, Localisy a même racheté l'un de ses concurrents, Produweb, pour former désormais l'une des plus grosses agences web de Wallonie. "C'est David qui a absorbé Goliath, sourit Guillaume Petta, puisque notre structure ne comptait que six employés et quelques free-lances alors que Produweb dispose de près de 30 collaborateurs. Aujourd'hui, nous sommes donc une bonne trentaine d'employés avec un chiffre d'affaires qui, pour les deux entités réunies, tourne autour des 6 millions d'euros." Mais comment un "petit" acteur du web marketing a-t-il pu absorber une entité plus grande spécialisée dans la création de sites internet, la réalisation de vidéos et le marketing digital? Là aussi, la Sowalfin a joué un rôle essentiel puisqu'elle s'est à nouveau portée garante, cette fois auprès de la banque CBC qui a accordé le prêt à Localisy pour s'offrir Produweb. Ses bons résultats ont joué en sa faveur, mais encore fallait-il que les concurrents acceptent de vendre... "Depuis quelques mois, les fondateurs de Produweb cherchaient à céder leur société, répond son CEO Laurent Di Carlo qui, depuis, a rejoint la structure de Localisy. Ils ont reçu quelques propositions mais c'est finalement celle de Guillaume qui a été retenue car, dans ce dossier, l'aspect humain a beaucoup joué."Jadis actionnaire très minoritaire de Produweb (avec quelques "parts de politesse" comme il dit avec le sourire), Laurent Di Carlo a en effet défendu le dossier Localisy et même été maintenu dans ses fonctions, vu le "coup de foudre" (sic) qui s'est opéré entre les deux hommes. "Les deux sociétés sont présentées comme concurrentes, mais elles sont en fait très complémentaires, constate Guillaume Petta, puisque Localisy est spécialisée dans le web marketing, tandis que Produweb est davantage concentrée sur la création de sites et la vidéo. Ensemble, nous pourrons donc offrir un vrai service 360°, même si chaque marque continuera d'exister, étant donné leur renommée respective." Réunies dans les bureaux plus spacieux de Produweb à Rocourt, les équipes de chaque entité travaillent donc aujourd'hui main dans la main, guidées de concert par Laurent Di Carlo, CEO de Produweb, et Guillaume Petta, fondateur et CEO de Localisy qui garde toutefois la main. La société Localisy - détenue par Guillaume et sa soeur Pauline - possède en effet 70% du nouveau groupe qui chapeaute l'ensemble, tandis que Laurent Di Carlo a profité de l'acquisition récente pour augmenter ses "parts de politesse" de manière significative: il détient aujourd'hui 30% de la nouvelle structure. Devenu l'une des principales agences du paysage numérique wallon, le tandem Localisy- Produweb nourrit aujourd'hui de grandes ambitions. "Nous continuerons bien sûr à proposer nos services habituels avec plus d'efficacité puisque la nouvelle configuration permettra de travailler dans la continuité, confie Guillaume Petta, mais notre objectif à court terme est aussi de créer des logiciels qui vont faciliter la vie des petites et moyennes entreprises. Notre mission commune est d'aider désormais les PME à aborder plus facilement le virage du numérique et, dans cette logique, nous allons recruter davantage de développeurs." Parmi ses clients, l'agence compte déjà de jolies références comme Ethias, Trafic, Securex, Lampiris ou encore le Groupe Ardent. Mais ce sont surtout les plus petits acteurs de l'économie wallonne - commerces, PME, indépendants, etc. - qui sont aujourd'hui le coeur de cible du "nouveau" Localisy. A 26 ans, Guillaume Petta a donc réussi son pari et promet même de grandir encore. Avec le recul, il confie aujourd'hui ne pas en vouloir aux premiers banquiers qu'il a croisés sur son chemin d'entrepreneur et qui lui ont gentiment indiqué la sortie à sa demande de prêt. "Je n'en veux à personne, conclut le jeune patron. Je comprends qu'ils n'aient pas eu, à l'époque, l'audace de me faire confiance vu mon statut d'étudiant. Mais si c'était à refaire, je demanderais toutefois à ces personnes d'avoir au moins la politesse de m'écouter durant mon exposé plutôt que de pianoter sur leur téléphone portable. J'avais le sentiment qu'ils ne m'écoutaient même pas et je trouve ça regrettable quand on prétend vouloir soutenir l'économie locale. Depuis, j'ai gagné en maturité, en expérience aussi, et je me fais respecter. Je crois qu'ils n'oseraient plus sortir leur téléphone et, de toute façon, je les obligerais aujourd'hui à le ranger." De toute évidence, le "gamin" n'en est plus un.