Jusqu'à il y a une semaine, les avis étaient encore partagés. Le patron de Tesla et de SpaceX ne faisait-il que plaisanter et retirerait-il tout simplement son offre sur Twitter ? Musk est en effet imprévisible. Il a beaucoup de dettes et peu de liquidités, son énorme fortune est liée à des actions de Tesla et d'autres sociétés qu'il contrôle. Même pour l'homme le plus riche du monde disposant d'une fortune de 276 milliards de dollars, 44 milliards de dollars, c'est trop.
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Jusqu'à il y a une semaine, les avis étaient encore partagés. Le patron de Tesla et de SpaceX ne faisait-il que plaisanter et retirerait-il tout simplement son offre sur Twitter ? Musk est en effet imprévisible. Il a beaucoup de dettes et peu de liquidités, son énorme fortune est liée à des actions de Tesla et d'autres sociétés qu'il contrôle. Même pour l'homme le plus riche du monde disposant d'une fortune de 276 milliards de dollars, 44 milliards de dollars, c'est trop. Mais ces derniers jours, l'homme d'affaires a réussi à convaincre suffisamment d'investisseurs de lui prêter de l'argent. La garantie sera constituée d'actions de ses entreprises. Lundi soir, le conseil d'administration de Twitter a accepté l'offre de manière inattendue. Avant cela, l'organe de direction du groupe, composé de 11 membres, s'y était au départ montré hostile en adoptant une clause dite de la "pilule empoisonnée" pour rendre l'acquisition plus difficile. En créant un nombre considérable de nouvelles actions, cela rendrait impossible pour Musk de prendre le contrôle de la société cotée en bourse. Mais ce n'était pas sans danger non plus. Le prix de l'action baisserait encore plus et affaiblirait Twitter. Comme aucune autre partie n'a fait d'offre, Twitter n'a eu d'autre choix que d'accepter l'offre sérieuse de Musk.Il est également logique qu'aucun autre candidat acheteur n'ait été prêt à payer autant ou plus que 44 milliards de dollars. Twitter est en effet un réseau social de niche qui tourne autour de messages courts, de 280 caractères maximum. Il fonctionne très bien pour diffuser des informations, de la propagande ou des fake news, mais il est beaucoup moins efficace pour engranger des revenus. Il manque de portée, 217 millions d'utilisateurs mensuels, soit plusieurs fois moins que Facebook, Google ou TikTok. De plus, Twitter ne peut pas compenser ce manque d'utilisateurs par un modèle publicitaire plus performant. Il y a donc de fortes chances que Musk se casse les dents en rachetant Twitter. Mais ce dernier est motivé à prendre ce risque, car il y a 3 autres raisons pour lesquelles il veut absolument contrôler Twitter.La majeure partie de la richesse d'Elon Musk provient de sa participation dans Tesla. L'action Tesla est fortement surévaluée. Tesla vaut désormais environ 1 000 milliards de dollars en bourse. Par comparaison, la société Volkswagen, beaucoup plus importante, ne vaut qu'une centaine de milliards de dollars. Une partie de cette différence réside dans le soutien en ligne que Musk a réussi à créer autour de lui. Il est parvenu à transformer de nombreux investisseurs privés en fans de Tesla qui ont une confiance aveugle en sa personne. Twitter se révèle donc un outil précieux pour recruter et fidéliser ces fans. En achetant Twitter, il s'assure un accès direct à plus de 80 millions de followers, dont un nombre important d'actionnaires de Tesla. Twitter peut également être un autre moyen de fournir une assurance alternative pour son empire commercial et sa richesse. Twitter a indirectement une énorme influence sur l'opinion publique américaine. De nombreux politiciens et journalistes américains sont de grands utilisateurs du réseay social de microblogging et les discussions sur Twitter déterminent souvent ce qui fait l'actualité.Musk est de plus en plus dans le collimateur des politiciens démocrates aux États-Unis. Certains d'entre eux veulent limiter son pouvoir de Musk ainsi que celui d'autres milliardaires en taxant leur richesse au moyen d'un nouvel impôt très lourd sur la fortune. De plus, le comportement entêté de Musk est une épine dans leur pied. Musk se moque ouvertement de la SEC, qui tente en vain de freiner son comportement sur Twitter après avoir déclaré en plaisantant qu'il retirerait Tesla de la bourse. La société Tesla, elle-même, est attaquée pour n'avoir rien fait contre les conditions de travail dangereuses et abusives (racisme) et pour avoir lancé un logiciel dangereux pour la conduite autonome des voitures. SpaceX, de son côté, n'a pas respecté les règles de sécurité lors des essais de ses dernières fusées au Texas.Musk n'a pas besoin de jouer des tours sournois sur Twitter pour rendre les choses politiquement difficiles pour les démocrates. Il peut simplement utiliser quelques tweets pour mobiliser son propre groupe d'internautes contre les démocrates. Et si cela ne suffit pas, il peut laisser Donald Trump, qui reste le principal adversaire des démocrates, revenir sur Twitter. Trump avait été exclu de Twitter parce qu'il n'a cessé de nier qu'il avait légitimement perdu l'élection au profit de Joe Biden après la prise d'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 et qu'il a continué à chauffer les esprits pour saboter un transfert pacifique du pouvoir. L'influence de Trump a considérablement diminué maintenant qu'il ne peut plus utiliser Twitter pour détourner l'attention des chaînes de télévision et des médias hostiles. Ce chaos politique et cette polarisation accrue sont peut-être mauvais pour les États-Unis, mais ils permettent à Musk de continuer à étendre son empire sans aucun obstacle. La rivalité entre les deux géants de la tech se déroulait principalement dans l'espace. Là-bas, SpaceX de Musk avait déjà beaucoup plus de succès que Blue Origin de Bezos. Musk peut désormais le devancer dans les médias, car Jeff Bezos, son grand rival, ne possède "que" le journal The Washington Post.