Deux confinements ont suffi pour entraîner une baisse de l'activité sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2020, notre PIB a reculé de 5,7% par rapport à l'année précédente, pratiquement trois fois plus que lors de la crise économique et financière de 2009! La fermeture temporaire des commerces ainsi que celle, plus durable, des lieux de détente ont entraîné un recul de la consommation privée de 8,2%.

Les 5.000 plus grosses entreprises de Belgique ont enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires cumulé de 690 milliards d'euros, en baisse de 60 milliards sur un an, ressort-il du Top 5000. "Au total, 45% des entreprises de ce Top ont vu leur bénéfice net reculer et 52% leur chiffre d'affaires", pointe Tommy Browaeys, éditeur du Trends Top.

Une moitié au moins de ce recul est imputable au Covid. Le reste relève d'autres facteurs, parmi lesquels la diminution d'un tiers environ des prix moyens du brut. Inversement, 2019 avait vu six entreprises gagner plus d'un milliard d'euros, totalisant ensemble 12,6 milliards d'euros. Un an plus tard, elles ne sont que trois, avec un montant de 5,2 milliards d'euros. Il en résulte logiquement que la rentabilité moyenne des entreprises du Top 5.000 a été pratiquement divisée par deux et tombe à 4,8%. Les bénéfices sont tombés de 39,8 à 20,7 milliards d'euros. Certes, la loi des grands nombres a joué. Néanmoins, au total, 45% des entreprises de notre Top ont vu leur bénéfice net reculer et 52%, leur chiffre d'affaires s'inscrire en retrait.

En termes de chiffre d'affaires, Toyota Motor Europe domine encore le Top 5000 malgré un recul de 3,1 milliards entre 2019 et 2020, à 25 milliards d'euros. Deux sociétés pharmaceutiques complètent le podium: Pfizer Service Company (24 milliards d'euros) et Janssen Pharmaceutica (17,2 millliards).

Cette dernière domine le classement au bénéfice net avec 2,2 milliards d'euros. Ses concurrents GSK Biologicals (1,8 milliard) et Pfizer Manufacturing Belgium (868 millions) viennent ensuite.

Gel prudent des investissements

La perte de chiffre d'affaires qui en a résulté a entraîné un gel prudent des investissements des entreprises qui ont régressé de 7%. Consommation privée et investissements des entreprises assurant à eux seuls près des deux tiers de notre PIB, l'appauvrissement collectif a été énorme. La Banque nationale estime à 41 milliards la perte de revenus cumulée des particuliers, des entreprises et des pouvoirs publics. Près de 1,4 million de travailleurs ont perçu au moins une allocation pour chômage temporaire au cours de l'année 2020. Quelque 3,4 milliards ont été alloués aux indépendants contraints d'arrêter ou de suspendre leur activité et les mesures de soutien aux entreprises se sont révélées si efficaces que le nombre de faillites s'en est trouvé réduit. Ce recours massif au chômage temporaire a permis de préserver l'emploi qui est resté stable d'une année à l'autre.

Qui va payer ?

Tous ces efforts n'étant pas gratuits, notre déficit a plongé à 9,1%, le niveau le plus élevé depuis les années 1980, et propulsé notre taux d'endettement à 112,8% du PIB, un montant que l'on n'avait plus atteint depuis le début du siècle. D'où la question, toujours non résolue à ce jour: qui va payer?

"Les conséquences pour l'économie en général sont importantes puisque les sociétés ont payé en 2020 1,24 milliard d'impôts des sociétés en moins qu'en 2019", relève Trends.

Faillites en pagaille ?

Dans la lutte menée contre le virus, diverses mesures ont été prises en faveur des entreprises. Elles se sont révélées efficaces, tellement même qu'en 2020, le nombre de faillites s'est réduit d'un tiers, tombant de 11.889 en 2019 à 8.033 en 2020. En 2021, la tendance baissière s'est poursuivie avec 5.385 défaillances jusque fin octobre.

Le moratoire sur les faillites a certes été levé au début de l'année mais le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, a demandé tant au fisc qu'à l'ONSS de maintenir une attitude attentiste envers les entreprises qui ont des dettes fiscales ou sociales. Reste à voir jusqu'où ira leur patience. Alors que l'économie a de nouveau le vent en poupe, il faut espérer que l'ambition de notre gouvernement de parvenir à un taux d'emploi de 80% ne sera minée par les entrepreneurs qui ont gardé artificiellement la tête hors de l'eau, et qui sombreront dès que l'aide sera retirée.

-
© -
Deux confinements ont suffi pour entraîner une baisse de l'activité sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2020, notre PIB a reculé de 5,7% par rapport à l'année précédente, pratiquement trois fois plus que lors de la crise économique et financière de 2009! La fermeture temporaire des commerces ainsi que celle, plus durable, des lieux de détente ont entraîné un recul de la consommation privée de 8,2%.Les 5.000 plus grosses entreprises de Belgique ont enregistré l'an dernier un chiffre d'affaires cumulé de 690 milliards d'euros, en baisse de 60 milliards sur un an, ressort-il du Top 5000. "Au total, 45% des entreprises de ce Top ont vu leur bénéfice net reculer et 52% leur chiffre d'affaires", pointe Tommy Browaeys, éditeur du Trends Top.Une moitié au moins de ce recul est imputable au Covid. Le reste relève d'autres facteurs, parmi lesquels la diminution d'un tiers environ des prix moyens du brut. Inversement, 2019 avait vu six entreprises gagner plus d'un milliard d'euros, totalisant ensemble 12,6 milliards d'euros. Un an plus tard, elles ne sont que trois, avec un montant de 5,2 milliards d'euros. Il en résulte logiquement que la rentabilité moyenne des entreprises du Top 5.000 a été pratiquement divisée par deux et tombe à 4,8%. Les bénéfices sont tombés de 39,8 à 20,7 milliards d'euros. Certes, la loi des grands nombres a joué. Néanmoins, au total, 45% des entreprises de notre Top ont vu leur bénéfice net reculer et 52%, leur chiffre d'affaires s'inscrire en retrait.En termes de chiffre d'affaires, Toyota Motor Europe domine encore le Top 5000 malgré un recul de 3,1 milliards entre 2019 et 2020, à 25 milliards d'euros. Deux sociétés pharmaceutiques complètent le podium: Pfizer Service Company (24 milliards d'euros) et Janssen Pharmaceutica (17,2 millliards).Cette dernière domine le classement au bénéfice net avec 2,2 milliards d'euros. Ses concurrents GSK Biologicals (1,8 milliard) et Pfizer Manufacturing Belgium (868 millions) viennent ensuite.Gel prudent des investissementsLa perte de chiffre d'affaires qui en a résulté a entraîné un gel prudent des investissements des entreprises qui ont régressé de 7%. Consommation privée et investissements des entreprises assurant à eux seuls près des deux tiers de notre PIB, l'appauvrissement collectif a été énorme. La Banque nationale estime à 41 milliards la perte de revenus cumulée des particuliers, des entreprises et des pouvoirs publics. Près de 1,4 million de travailleurs ont perçu au moins une allocation pour chômage temporaire au cours de l'année 2020. Quelque 3,4 milliards ont été alloués aux indépendants contraints d'arrêter ou de suspendre leur activité et les mesures de soutien aux entreprises se sont révélées si efficaces que le nombre de faillites s'en est trouvé réduit. Ce recours massif au chômage temporaire a permis de préserver l'emploi qui est resté stable d'une année à l'autre.Qui va payer ?Tous ces efforts n'étant pas gratuits, notre déficit a plongé à 9,1%, le niveau le plus élevé depuis les années 1980, et propulsé notre taux d'endettement à 112,8% du PIB, un montant que l'on n'avait plus atteint depuis le début du siècle. D'où la question, toujours non résolue à ce jour: qui va payer?"Les conséquences pour l'économie en général sont importantes puisque les sociétés ont payé en 2020 1,24 milliard d'impôts des sociétés en moins qu'en 2019", relève Trends.Faillites en pagaille ?Dans la lutte menée contre le virus, diverses mesures ont été prises en faveur des entreprises. Elles se sont révélées efficaces, tellement même qu'en 2020, le nombre de faillites s'est réduit d'un tiers, tombant de 11.889 en 2019 à 8.033 en 2020. En 2021, la tendance baissière s'est poursuivie avec 5.385 défaillances jusque fin octobre.Le moratoire sur les faillites a certes été levé au début de l'année mais le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, a demandé tant au fisc qu'à l'ONSS de maintenir une attitude attentiste envers les entreprises qui ont des dettes fiscales ou sociales. Reste à voir jusqu'où ira leur patience. Alors que l'économie a de nouveau le vent en poupe, il faut espérer que l'ambition de notre gouvernement de parvenir à un taux d'emploi de 80% ne sera minée par les entrepreneurs qui ont gardé artificiellement la tête hors de l'eau, et qui sombreront dès que l'aide sera retirée.