Avec le commerce en ligne, les paiements sans contact et la vidéoconférence, l'identité numérique est aussi l'un des grands gagnants de la période que nous vivons actuellement. En témoignent le chiffre en forte croissance du nombre de personnes inscrites sur itsme ( "it's me", "c'est moi"), l'application lancée en mai 2017 qui propose une identité numérique, pouvant également générer des signatures électroniques.
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Avec le commerce en ligne, les paiements sans contact et la vidéoconférence, l'identité numérique est aussi l'un des grands gagnants de la période que nous vivons actuellement. En témoignent le chiffre en forte croissance du nombre de personnes inscrites sur itsme ( "it's me", "c'est moi"), l'application lancée en mai 2017 qui propose une identité numérique, pouvant également générer des signatures électroniques. De plus en plus populaire, l'application, d'usage très facile, compte désormais 2,7 millions d'utilisateurs, soit 1,2 million de plus qu'en 2019. Et sur l'ensemble de l'année 2020, elle a franchi la barre des 90 millions d'actions validées, " soit un chiffre qui a doublé par rapport à 2019 ", souligne Stephanie De Bruyne, CEO de Belgian Mobile ID, la société qui développe itsme, propriété des quatre grandes banques et des trois grands opérateurs télécoms du pays. Paiements, formalités administratives, contacts officiels, etc.: de plus en plus d'opérations sont aujourd'hui électroniques et doivent être authentifiées. Comment prouver qu'il s'agit bien de moi sur une plateforme numérique? S'identifier de manière sûre et sécurisée est devenu indispensable dans le monde connecté. Le phénomène n'est pas uniquement belge mais global. Son essor est considérable. "En Belgique comme à l'étranger, on voit en effet que la crise accélère les besoins en matière de sécurité et d'identité numérique", dixit Rigo Van den Broeck, senior vice president cyber and intelligence solutions Europe chez Mastercard. "La Commission a mis sur pied un cadre légal baptisé eIDAS qui vise à harmoniser les différentes initiatives en matière d'identification électronique en Europe. A côté de cela, le hacking et les cyberattaques explosent. Bref, c'est un hot topic. Le groupe Mastercard a d'ailleurs fait de l'identité numérique l'un de ses objectifs prioritaires pour 2021", nous confiait dernièrement l'expert, en marge d'un panel de discussion centré sur le sujet de l'identité numérique organisé par le géant mondial de la carte de crédit dans le cadre de son traditionnel Digital Forum. Si la digitalisation de la société est à l'origine du mouvement, la crise sanitaire joue aussi les accélérateurs de tendances qui existaient avant. Avec des salariés et des clients confinés chez eux, la signature électronique s'est en effet révélée être la meilleure solution pour assurer la signature des contrats et d'autres documents essentiels à la vie quotidienne et au bon fonctionnement des entreprises. "Bon nombre de citoyens belges ont découvert itsme pour s'identifier facilement et en toute sécurité en ligne, que ce soit pour connaître le résultat de leur test corona ou pour faire appel aux aides financières versées par le gouvernement", indique Stephanie De Bruyne. Dans un autre registre, "de plus en plus d'entreprises se rendent compte qu'elles ne sont pas équipées pour signer des contrats en ligne", observe Rigo Van den Broeck. "Plus globalement, constate Marc Lainez, responsable du développement des API chez Isabel Group, cofondateur de la fintech Ibanity et professeur invité à l'UCLouvain, tous les processus impliquant du papier se digitalisent pour assurer la continuité du service. Cela demande de mettre en place des procédures au niveau des mandats de signature pour s'assurer que les personnes qui signent des documents sont bien habilitées à le faire. Dans le monde physique, il est en effet plus facile de vérifier l'identité d'une personne, soit parce qu'elle est en face de vous, soit parce que vous reconnaissez sa signature. Ce qui n'est pas toujours le cas dans le monde digital. Il faut donc s'assurer à 100% de l'identité de la personne avec laquelle on interagit. La crise du Covid a précipité cette transformation et pousse aussi les entreprises à adopter la facturation digitale."Côté santé, le smartphone et l'identité numérique pourraient aussi jouer un rôle important dans la sortie de crise. Pour voyager, par exemple. La compagnie australienne Qantas ne sera certainement pas la seule à demander à ses passagers d'être vaccinés pour pouvoir voler avec elle. Comment dès lors savoir si quelqu'un a été vacciné ou pas avant qu'il n'entre dans l'avion? En consultant à distance les données liées à l'identité du voyageur (permis de conduire, diplômes, attestations et autres vaccins) via des systèmes tels que le Health Pass développé par Mastercard. "Au départ de son smartphone, le passager peut donner autorisation à une tierce partie d'aller chercher des informations dans une base de données, comme celle du registre des vaccinations par exemple, explique Rigo Van den Broeck. Les données utiles aux contrôles, qui ne sont donc pas stockées sur le smartphone, peuvent alors être transférées vers les autorités de l'aéroport. Et cela, sans dévoiler tous les détails de la vaccination, comme la date par exemple." Le principe est alors simple. Votre écran est vert: vous pouvez passer. Votre écran est rouge, problème. Au-delà de cet exemple lié au "passeport Covid", le potentiel de l'identité numérique est en réalité énorme. "Aujourd'hui, itsme fonctionne comme un outil d'identification, d'authentification et de signature, explique Stephanie De Bruyne. Mais on peut aller beaucoup plus loin. Demain, on peut imaginer en faire un outil autorisant le partage de données sécurisées en ligne et, par exemple, donner la permission à son nouvel employeur d'aller chercher son diplôme dans la banque de données de l'université. On peut aussi imaginer des avancées en matière de démocratie directe via le vote à distance. On peut aussi utiliser une identité numérique comme moyen de vérification de l'identité d'un étudiant qui passe un examen en ligne. Et puis, il y a tout l'univers des objets connectés pour lesquels l'identité numérique sera la clé permettant de les déverrouiller. En cas d'accident au volant de votre voiture, on peut alors imaginer que cette dernière alerte non seulement les services de secours mais qu'en plus, elle transmette vos données médicales à l'hôpital."Reste bien sûr, dans tout cela, l'épineuse question de la protection des données, essentielle aux yeux de Marc Lainez. "Rien ne doit pouvoir se faire en matière d'identité numérique sans le consentement de l'utilisateur, ajoute-t-il. Or, sur ce propos, il n'est pas certain que le niveau d'éducation digitale des citoyens soit suffisant. Peu de gens ont conscience des risques qu'ils courent à partager des données liées à leur identité qui sont en fait parmi les plus sensibles."