Crise ou pas, la loterie garde la cote. Selon une étude d'Unibet, ce sont pas moins de 82 milliards d'euros qui sont ainsi récoltés dans 13 pays européens. En Belgique, la Loterie Nationale a réalisé un chiffre d'affaires de 1,209 milliard d'euros en 2014. De ce montant, elle a reversé 53% aux gagnants de ses jeux divers et variés, soit 636 millions. Et dépensé 17%, ou 205,3 millions d'euros, en subsides et sponsoring.
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Crise ou pas, la loterie garde la cote. Selon une étude d'Unibet, ce sont pas moins de 82 milliards d'euros qui sont ainsi récoltés dans 13 pays européens. En Belgique, la Loterie Nationale a réalisé un chiffre d'affaires de 1,209 milliard d'euros en 2014. De ce montant, elle a reversé 53% aux gagnants de ses jeux divers et variés, soit 636 millions. Et dépensé 17%, ou 205,3 millions d'euros, en subsides et sponsoring. Notre Loterie Nationale est-elle plus ou moins généreuse que ses cousines européennes ? Autrement dit, reverse-t-elle une proportion plus forte ou plus chiche de ses revenus au profit du bien-être de la société ? L'étude d'Unibet classe notre pays à l'exact milieu du classement. La Belgique fait mieux que la moyenne des 13 pays étudiés (10% des revenus des loteries sont globalement distribués à des oeuvres de charité ou de "bonnes causes"), mais nettement moins bien que les très prodigues Portugal et Irlande (tous deux à 31%). Signalons au passage qu'une plus vaste générosité envers des structures caritatives n'entraîne pas forcément un désintérêt proportionnel pour les gagnants eux-mêmes. Ainsi, le Portugal et l'Irlande, malgré leurs 31% de chiffre d'affaires distribués aux "oeuvres", en reversent par ailleurs 55% en gains. Soit davantage que la Belgique et ses 53% (voir graphique ci-dessus). Notre pays n'en devance pas moins, et de loin, les deux pays aux loteries les plus "richement dotées" : la France et l'Espagne, qui ne consacrent que 2% de leurs chiffres d'affaires aux bonnes oeuvres - en dernière place en matière de générosité - bien qu'elles engrangent les mannes les plus impressionnantes, soit plus de 11 milliards et 12 milliards d'euros respectivement. En Belgique, la Loterie Nationale répartit les 205,3 millions d'euros de ses "subsides" entre le fédéral (72,56%, soit près de 149 millions) et les trois communautés linguistiques (française : 10,91% ; flamande : 16,3% ; germanophone : 0,23%). Au niveau fédéral, note encore Unibet, "la majorité de cet argent est attribuée à des projets à caractère humanitaire, social, scientifique ou éducatif". Quatre organismes de bienfaisance bénéficient systématiquement des dons de loterie, tels que le Fonds des calamités et la Fondation Roi Baudouin. Pour cette dernière, la dotation de la Loterie Nationale s'avère des plus cruciale : selon son site Internet, elle dépasserait 11 millions d'euros, soit un quart du budget de la Fondation. "Quant aux communautés linguistiques, l'argent va à des projets sociaux, éducatifs, environnementaux et sportifs", résume Unibet.Au niveau européen, les principaux bénéficiaires des dons de loterie sont les organismes sportifs (plus de 2 milliards d'euros chaque année). Unibet cite le cas du Centre national pour le développement du sport (CNDS), "unique bénéficiaire de La Française des Jeux", qui survit "principalement grâce aux dons de l'opérateur français, qui constitue 80% de son budget". "Pareillement, De Lotto, aux Pays-Bas, donne 73% de ses dons" au Comité olympique néerlandais. Viennent ensuite les associations caritatives et les projets dans le secteur social, comme ceux traitant l'intégration sociale. "Le développement est d'une importance capitale en Belgique, alors qu'en Finlande, c'est la culture qui importe le plus", note enfin Unibet. "Les revenus de l'opérateur public Veikkaus sont utilisés pour promouvoir la culture finlandaise dans les milieux artistique, scientifique, sportif et du travail des jeunes." "Les différences entre pays s'expliquent principalement par la mise en place, dans certains d'entre eux, de loteries nationales afin de renflouer les caisses de l'état, sans allocation spécifique pour les bonnes oeuvres, alors que dans d'autres pays, elles sont mises en place dans un but caritatif uniquement pour les fonds levés", nous précise Dennis Mariën, Country Manager d'Unibet Belgium. La comparaison avec la France est, à ce titre, éclairante : "La Française des Jeux a des frais de fonctionnement similaires (11,3%) à la Loterie Nationale", continue Dennis Mariën. "Le montant moindre allant aux bonnes oeuvres est en partie attribuable aux gains versés (65% en France, contre 53% en Belgique) mais aussi au fait que la contribution au Trésor public est bien moins importante en Belgique qu'en France, où 22,8% vont au budget de l'état." Faut-il néanmoins considérer le montant qui revient à l'État - ce qu'en Belgique, nous appelons la "rente de monopole" - comme un "subside indirect", qui bénéficiera forcément à la société ? "Certes, mais ils ne sont pas spécifiquement alloués dans ce but-ci, l'état restant libre de leur destination", répond le responsable d'Unibet Belgium, qui n'a donc intégré, dans ses statistiques, ces montants versés aux états que lorsqu'ils sont ensuite attribués à une cause donnée. Alors, la Belgique et sa loterie, pingres ou pas ? La réponse se situe quelque part entre le "oui" et le "non" : "La Belgique est dans un système hybride : c'est un monopole d'état (pas d'autres loteries autorisées) dont les fonds prélevés par les jeux sont répartis à la fois entre les bonnes oeuvres et les contributions au budget général de l'État", conclut Dennis Marën. "Cela explique sa position au centre du classement."