La santé financière des enseignes de la grande distribution souffre de l'inflation record, mais aussi de la fin de la "période dorée" de la pandémie, quand l'horeca était fermé. A cela s'ajoutent les pénuries liées à la guerre en Ukraine et la multiplication des promotions pour soutenir le pouvoir d'achat qui affectent les marges des distributeurs.
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La santé financière des enseignes de la grande distribution souffre de l'inflation record, mais aussi de la fin de la "période dorée" de la pandémie, quand l'horeca était fermé. A cela s'ajoutent les pénuries liées à la guerre en Ukraine et la multiplication des promotions pour soutenir le pouvoir d'achat qui affectent les marges des distributeurs. Colruyt, qui se positionne comme leader des meilleurs prix, souffre également, et même peut-être plus que ses concurrents. L'enseigne doit en effet s'aligner constamment sur les autres acteurs de la grande distribution pour maintenir sa promesse des tarifs les plus bas. "Le format 'Colruyt Meilleurs Prix' limite au maximum les augmentations de ces prix, ce qui affectera les marges", explique Hans d'Haese, analyste chez ING. A l'annonce des résultats du groupe Colruyt, "plus décevants que ce qu'on avait anticipé", analyse Michiel Declercq de KBC Securities, la réaction de la Bourse ne s'est pas fait attendre. C'est simple, le titre Colruyt a perdu jusqu'à 3,6% dès les premiers échanges ; il est tombé à 26 euros tout ronds, soit son plus bas niveau depuis août 2006. Il avait déjà fortement chuté en prévision de la publication du bilan financier. Avec une rentabilité en berne, le groupe propose un dividende de 1,1 euro à ses actionnaires, inférieur à celui de l'an dernier (1,47 euro). En outre, le distributeur s'attend à ce que son bénéfice net consolidé diminue encore cette année. Si les revenus franchissent la barre des 10 milliards d'euros, c'est uniquement grâce à la croissance des activités liées aux carburants, influencées positivement par les hausses de prix et de volume depuis les assouplissements des mesures de la crise sanitaire. Le résultat opérationnel a en revanche chuté de pas moins de 28,3%. Cela signifie que les performances du détaillant sont plus faibles que prévu. "Soyons de bon compte, dans un contexte absolu, les résultats sont peut-être décevants mais il ne faut pas dramatiser", estime Pierre-Alexandre Billiet, CEO de Gondola. La part de marché en Belgique de Colruyt Group (Colruyt Meilleurs Prix, OKay et Spar) a d'ailleurs augmenté de 0,2% bien que les ventes ont été sous pression. Avec la hausse des coûts et la faible confiance des consommateurs, les supermarchés doivent investir dans des nouveaux marchés lucratifs. Et dans ce domaine, Colruyt est champion. Le groupe est actif depuis longtemps dans d'autres secteurs que l'alimentation, notamment l'énergie et il ne s'arrête pas là puisque sa stratégie se base sur quatre piliers: l'alimentation (Colruyt Group, Bio-Planet, OKay, Spar), la santé et le bien-être (Newpharma, Jims, SmartWithFood), le non-food (Zeb, Dreamland, Dreambaby) et l'énergie (Virya, Dats24). "Nous pensons pouvoir atteindre ainsi 25% du budget des consommateurs et des ménages, soit environ 9.000 euros par an", précise le CEO du groupe, Jef Colruyt. Cette stratégie de diversification n'est pas du goût de tout le monde. "Certaines acquisitions comme celle de Newpharma ont du sens puisque vous pouvez les proposer dans le magasin, ajoute l'analyste de KBC. D'autres, en revanche, dévient largement du core business. "L'achat de la chaîne de fitness Jims, par exemple, renforce l'image d'une stratégie opportuniste d'acquisition d'entreprises à bas prix, sans réelle vision en arrière-plan. "Bien sûr, cela permet d'obtenir des données sur les clients mais il n'y a pas de réelle synergie et cela ne génère pas de profits nets", ajoute-t-il. "Ce n'est pas la société la plus stratégique en matière de grande distribution par rapport aux tendances mais est-ce que c'est grave? Beaucoup de distributeurs ont perdu de l'argent", nuance le CEO de Gondola. Et si le chiffre d'affaires des autres activités a augmenté de 49,7%, celles-ci représentaient 8,2% du chiffre d'affaires consolidé. "C'est en fait assez limité", précise-t-il. Souvent perçu comme à la traîne dans sa transition numérique, Colruyt compte par ailleurs développer la nouvelle application Xtra (en référence à la carte client de l'entreprise). Le but est d'intégrer au maximum l'ensemble de l'offre commerciale (Colruyt, Newpharma, Zeb, etc.). "L'appli Xtra compte 800.000 utilisateurs aujourd'hui. Notre objectif, c'est d'arriver à 1,5 million l'an prochain et à 2 millions d'ici quelques années", indique le président du groupe. "En Bourse, Colruyt a perdu 5 milliards d'euros de valorisation. L'enseigne le doit en partie à elle-même, déclare toutefois Jorg Snoeck, de la plateforme d'informations RetailDetail. Elle n'ose ou ne peut pas changer assez vite et a déjà raté plusieurs fois le train du numérique. C'est toujours un problème. Colruyt est restée la même, mais le monde a changé et la concurrence est devenue beaucoup plus intelligente." Pour le CEO de Gondola, la question est même de savoir si l'enseigne ne veut pas ou si elle ne peut pas changer.