Les acteurs de l'horeca belge sont en colère. Ce mercredi, le Codeco, après de longues discussions, a décidé de reporter la réouverture de l'horeca au 8 mai, alors que la date butoir du 1er mai avait dans un premier temps était avancée, avant que la situation sanitaire ne vienne changer la donne. Les restaurants pourraient rouvrir leur salle dans le courant du mois de juin, si la situation sanitaire le permet. Aucune date n'a été avancée.

Les restaurateurs belges sont déçus, fâchés même de ce nouveau report et du fait qu'ils ne pourront rouvrir que l'extérieur de leur établissement, du moins quand cela est possible. A la suite de cette décision, Maxence Van Crombrugge, l'une des figures du Collectif HoReCa Wallonie-Bruxelles, a annoncé sans hésitation qu'il rouvrira quand même ses restaurants le 1er mai. Ce mois de décalage est celui de trop. De nombreux établissements tant au nord qu'au sud du pays souffrent de la fermeture imposée depuis plus de 6 mois et menacent de faire faillite.

"Une énorme déception"

Thierry Neyens, le président de la fédération wallonne de l'Horeca accuse le coup dans les colonnes de SudInfo. "C'est une énorme déception pour un secteur qui a été à l'arrêt 11 mois sur les 15 derniers. J'ai une pensée pour mes amis traiteurs et du monde de la nuit pour qui c'est encore pire. Ils (NdR : les gens du Codeco) vont devoir tirer les conséquences avec le risque des ouvertures anarchiques au 1er mai. Les restaurateurs en ont ras le bol d'être au balcon et d'assister aux comportements des gens au parc de la Boverie et au Bois de la Cambre. En tant que président, je ne peux pas envoyer un message de désobéissance à nos restaurateurs mais il sera difficile de les en empêcher".

"Le secteur dans le coma"

A Bruxelles, tout comme en Wallonie, plusieurs exploitants de cafés ou restaurants ont ainsi clairement fait savoir qu'ils allaient ouvrir leurs portes dès le 1er mai. "Je ne peux pas leur dire d'ouvrir leurs portes, mais je peux comprendre qu'ils le fassent. Le secteur est dans le coma. Et la partie francophone du pays n'est pas soutenue", soutient Fabian Hermans, administrateur de la fédération Horeca Bruxelles. Ce dernier a rappelé que toute personne qui ouvrait son établissement malgré l'interdiction risquait de devoir rembourser les aides auxquelles il peut prétendre.

Par rapport à ces initiatives prises dans une "émotion justifiée", Horeca Wallonie appelle à ne pas se mettre hors la loi. De son côté, le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, a précisé à la RTBF que la police n'avait pas les effectifs suffisants pour s'opposer au mouvement du collectif Wallonie Horeca qui encourage à rouvrir dès le 1er mai. "Je ne suis pas là pour approuver ou réprouver un tel mouvement. Je dois veiller à ce que la situation reste calme dans la ville", a-t-il ajouté.

Les terrasses pourront également rouvrir à Middelkerke le 1er mai

Le bourgmestre de Middelkerke, Jean-Marie Dedecker, a lui aussi l'intention de permettre aux terrasses horeca de rouvrir 1er mai. Pendant les vacances de printemps, le bourgmestre de la ville de Flandre occidentale avait d'ailleurs déjà installé des tables en terrasse afin de permettre à la population d'y consommer de la nourriture et des boissons. Les bourgmestres de Moorslede et Ardooie envisagent aussi une réouverture une semaine plus tôt qu'autorisé.

A Leeds, les terrasses sont rouvertes après le 3éme confinement qu'a connu la Grande-Bretagne., BELGA
A Leeds, les terrasses sont rouvertes après le 3éme confinement qu'a connu la Grande-Bretagne. © BELGA

Réactions politiques

Du côté des hommes et femmes politiques aussi les réactions ont fusé. Maxime Prévot (CDH) , le bourgmestre de Namur, a regretté sur les ondes de Bel RTL la date du 8 mai pour une réouverture partielle de l'horeca. "À une semaine près, je pense qu'il aurait été préférable de caler la réouverture des terrasses sur la date annoncée du 1er mai car on va se retrouver face à une colère qui explose avec le risque d'initiatives sauvages et clandestines que les bourgmestres ne seront pas en capacité de canaliser", a-t-il déclaré.

"C'est une mauvaise décision car elle va générer un joyeux bordel. Ça va mettre l'ensemble des bourgmestres du Royaume dans un embarras majeur. J'ai le sentiment que cette mesure n'est pas applicable et conforme par rapport au terrain. Je ne vais certainement pas envoyer la cavalerie. "

"Les bourgmestres ne seront pas en capacité de canaliser"(Maxime Prévot, CDH)

La province de Liège, par la voix de son gouverneur Hervé Jamar, avait d'ailleurs déjà fait savoir en ce début de semaine qu'elle ne s'opposera pas à la réouverture des terrasses le 1er mai prochain, sous certaines conditions, qu'importe la décision prise par le Comité de concertation.

Le président du PS Paul Magnette avait aussi souligné sur les ondes de RTL à la veille du Codeco l'importance de rouvrir l'horeca au 1er mai : "A priori, je dirais de rouvrir tout l'Horeca. Après, on sait que le risque est moindre en extérieur. Mais comme le disent les experts, il faut apprendre à vivre avec le virus et malgré lui. En ce qui concerne les lieux culturels, les cafés et les restaurants, il faut pouvoir mettre en place de petits outillages très simples qui permettent de mesurer le taux de dioxyde de carbone dans l'air et qui permettent donc de mesurer s'il y a suffisamment d'oxygénation et d'aération des lieux. C'est très facile d'installer des systèmes de ventilation et il faut commencer à travailler avec tout cela.

Des incitants pour aller en justice

Olivier Maingain (DéFi), le bourgmestre de Woluwé-Saint-Lambert, propose de son côté une autre stratégie pour soutenir le secteur horeca, annonce La Libre. Contrairement à ses confrères, il ne veut pas encourager la désobéissance civile qui pourrait se retourner contre les restaurateurs avec des conséquences pénales et financières. Il propose plutôt d'offrir des subsides pour des procédures judiciaires contre les mesures gourvernementales. C'est clairement un incitant à aller en justice.

Le ministre wallon des Affaires intérieures, Christophe Collignon (PS) désire, lui, calmer les esprits. Aux yeux du ministre socialiste, les communes devraient mettre à profit la semaine entre le 1er et le 8 mai pour se concerter avec les patrons de cafés et de restaurants afin d'organiser la réouverture des terrasses car celle-ci impliquera de trouver une série de solutions pratiques. "Le rôle d'un bourgmestre n'est pas de jeter de l'huile sur le feu", estime-t-il.

"Très lâches" pour Vandenbroucke

Les déclarations des politiques, ne s'opposant pas à de telles actions de l'Horeca, ont fortement irrité le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), qui les a qualifiées de "très lâches", révèle La Libre. "Il est facile de dire qu'on se fiche des mesures", a-t-il ajouté sur le plateau de VTM, appelant à davantage de solidarité. Le socialiste flamand a estimé que le bourgmestre de Middelkerke mettait en danger l'ordre établi. La Belgique risque de devenir un "far west" laisse -t-il entendre.

Vandenbroucke craint que la désobéissance de l'Horeca donne des idées à d'autres secteurs également à l'arrêt, comme celui de l'évènementiel ou du sport. "Comment les bourgmestres pourraient-ils alors empêcher les salles de sport et les boîtes de nuit de rouvrir également leurs portes plus tôt que prévu?", s'est interrogé le ministre de la Santé. "Pour ce qui est du 8 mai, on ne veut pas se fixer un chiffre précis, mais la situation dans les hôpitaux doit être meilleure, sinon il n'y aura pas d'assouplissement", a aussi mis en garde le socialiste flamand sur VTM.

La ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden, a appelé jeudi au respect des règles décidées en comité de concertation pour lutter contre la propagation de la Covid-19. Son appel s'adresse également aux communes, a-t-elle précisé.

Un délai trop important entre l'ouverture des terrasses et l'intérieur des établissements

Horeca Wallonie regrette, par ailleurs, un délai trop important entre les deux ouvertures (terrasse et intérieur). "Un timing de 15 jours offrait, à nos yeux, une certaine logique de reprise progressive, pour le personnel notamment", explique Pierre Poriau, secrétaire général de la fédération wallonne. Ce dernier craint que ces reports successifs d'ouverture ne fasse fuir les effectifs dans un secteur qui n'est déjà plus guère attrayant.

Le secteur horeca se dit aussi déçu que la réouverture des terrasses le 8 mai ne s'accompagne pas d'une solution de secours à l'intérieur en cas de météo défavorable. "Nous ne sommes pas dans le sud de la France ni à Malaga. Vous avez vu le temps aujourd'hui. Cette ouverture des terrasses n'est pas faisable sans une possibilité de back-up à l'intérieur", a commenté Fabian Hermans, administrateur de la fédération Horeca Bruxelles.

Discrimination entre établissements

La fédération des cafetiers (FedCaf) déplore, quant à elle, la discrimination que va instaurer une réouverture des terrasses exclusivement, entre les établissements qui en ont et ceux qui n'en ont pas. Les exploitants vont en outre devoir s'interroger sur la rentabilité réelle que représente la seule ouverture de la terrasse.

Au nord du pays, Horeca Vlaanderen demande plus de précisions quant à la réouverture proposée et les conditions qui encadrent une telle réouverture.

"Un affront"

Le Syndicat Neutre pour Indépendants (SNI) est, de son côté, plus que désabusé des décisions du Comité de Concertation de ce mercredi. "Rouvrir les seules terrasses le 8 mai et l'intérieur en juin est un affront qui leur est fait. "Le Codeco ne voit-t-il pas leur détresse et qu'ils sont au bout du rouleau ?".

"Le Codeco ne voit-t-il pas leur détresse et qu'ils sont au bout du rouleau ?" (SNI).

"Nous voulons insister sur le fait que cette fermeture avait pour objectif de faire descendre les chiffres de contamination. Or, ceux-ci restent stables. C'est la preuve que ces commerces et professions de contact ne sont pas des foyers de contamination". Les indépendants ne comprennent plus pourquoi, pour l'enseignement, le gouvernement trouve de la souplesse et de la créativité dans la reprise mais dès qu'il s'agit d'économie, l'attitude du politique est sans concession et autoritaire. "Il n'entend pas gronder la colère et les indépendants qui n'adhérent plus à ces mesures qu'ils estiment injustement axées exclusivement sur eux".

C'est pourquoi le SNI voit d'un bon oeil l'annonce de l'organisation de prochains évènements test. "Cela montrera que le secteur de l'événementiel est capable de tout mettre en place pour assurer des événements de grande ampleur dans le respect des règles sanitaires".

Pour l'organisation de défense des indépendants, la réouverture de l'horeca serait par ailleurs le meilleur moyen de prévenir en toute sécurité les rassemblements incontrôlés dans les parcs ou dans les habitations. "Avec les beaux jours, les citoyens vont à nouveau vouloir se rassembler. Les protocoles stricts appliqués dans l'horeca permettraient de redonner un peu de vie sociale à des citoyens qui le désirent".

Begla
© Begla

Enfin, pour le SNI, il n'y a pas le moindre doute à avoir : "La réouverture des terrasses ne peut en aucun cas justifier la fin des aides, notamment le double droit passerelle, à l'Horeca. Ce sera très loin d'être suffisant pour assurer un minimum de rentabilité aux établissements qui auraient la possibilité de rouvrir avec une terrasse !"

Les mesures de soutien prolongées

Le ministre-président et sa ministre de l'Economie Hilde Crevits ont précisé mercredi que la Flandre compte bien prolonger sa mesure de soutien à l'horeca, y compris au bénéfice des établissements qui rouvriront leur terrasse en mai (à la manière des take-away, qui peuvent aussi bénéficier de l'aide régionale actuellement). La décision est attendue la semaine prochaine. Côté bruxellois, la secrétaire d'Etat Barbara Trachte indique mercredi soir sur Twitter que le gouvernement régional revoit à la hausse (+25%) sa "prime Tetra" prévue pour les secteurs les plus touchés, au bénéfice des "cafés, restaurants et leurs fournisseurs". Cette prime est disponible à partir de la semaine prochaine.

Plan plein air

La réouverture des terrasses entre dans le "plan plein air", avec son lot de nouvelles possibilités en extérieur: les activités organisées pourront rassembler jusqu'à 25 personnes en extérieur, les parcs d'attraction et marchés/brocantes pourront redémarrer, etc. Mais quels sont les chiffres qui permettraient de confirmer que ce plan plein air se concrétisera bien, cette fois? Interrogé à ce sujet, le Premier ministre Alexander De Croo n'a pas voulu déterminer un seuil précis d'occupation des soins intensifs. Plusieurs ministres ont souligné cependant qu'il est possible que l'on ait désormais dépassé le "pic" de leur occupation.

"Les assouplissements du 8 mai sont quasi une garantie", a même lancé le ministre-président flamand Jan Jambon à l'issue de la conférence. Les modalités de la réouverture des terrasses (distance entre les tables, nombre de convives, etc.) seront définies dans les prochains jours, ajoute-t-il. Les autorités se réservent la possibilité d'élargir encore le plan plein air début juin, et d'y assortir un "plan intérieur" (horeca en intérieur, entre autres), mais cette perspective-là est "certainement conditionnelle", a indiqué Jan Jambon.

"Pour ce qui est du 8 mai, on ne veut pas se fixer un chiffre précis, mais la situation dans les hôpitaux doit être meilleure, sinon il n'y aura pas d'assouplissement", a toutefois mis en garde Frank Vandebroucke, toujours très prudent, sur VTM. Ils se concrétiseront si la Belgique descend sous la barre des 500 patients Covid en soins intensifs, a précisé le cabinet du ministre de la Santé publique ce jeudi.

Pour le 8 mai, en revanche, date retenue pour la réouverture des terrasses, la fin du couvre-feu ou encore la tenue d'évènements limités (max. 50 personnes) en extérieur, aucun seuil chiffré n'a été fixé, répond-on au cabinet Vandenbroucke jeudi. On reste sur une condition d'"amélioration durable" de la situation des soins intensifs, ce qui laisse la porte ouverte à l'interprétation.

(Avec Belga)

Belga
© Belga

Brasseurs belges : "Il faut encore attendre les protocoles de réouverture"

Krishan Maudgal, directeur de la fédération des Brasseurs belges déclare qu'il est impossible de savoir combien d'établissements entreront en ligne de compte pour la réouverture le 8 mai prochain. "Il faut encore attendre les protocoles qui encadreront cette réouverture mais si ceux-ci interdisent tout passage à l'intérieur d'un bâtiment pour accéder à la terrasse, ça limitera fort le nombre de candidats", regrette M. Maudgal.

"Le secteur de l'horeca fait partie de la solution, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, grâce au professionnalisme et au contrôle social exercé par les patrons et leur personnel", soutient la fédération dont bon nombre de membres rencontrent actuellement de grosses difficultés depuis la fermeture du débouché important qu'est l'horeca.

Douze brasseries ont déjà fermé leurs portes en mars sur les 370 recensées en Belgique. "L'horeca peut contribuer à mieux contrôler le flux des gens que lors de gros rassemblements, et permet aussi d'offrir du temps de loisirs aux gens", ajoute M. Maudgal. La fédération craint aussi de voir les Belges se rendre en masse dans les cafés et restaurants de pays voisins qui ont déjà permis la réouverture des terrasses.

Avec Belga

Les acteurs de l'horeca belge sont en colère. Ce mercredi, le Codeco, après de longues discussions, a décidé de reporter la réouverture de l'horeca au 8 mai, alors que la date butoir du 1er mai avait dans un premier temps était avancée, avant que la situation sanitaire ne vienne changer la donne. Les restaurants pourraient rouvrir leur salle dans le courant du mois de juin, si la situation sanitaire le permet. Aucune date n'a été avancée. Les restaurateurs belges sont déçus, fâchés même de ce nouveau report et du fait qu'ils ne pourront rouvrir que l'extérieur de leur établissement, du moins quand cela est possible. A la suite de cette décision, Maxence Van Crombrugge, l'une des figures du Collectif HoReCa Wallonie-Bruxelles, a annoncé sans hésitation qu'il rouvrira quand même ses restaurants le 1er mai. Ce mois de décalage est celui de trop. De nombreux établissements tant au nord qu'au sud du pays souffrent de la fermeture imposée depuis plus de 6 mois et menacent de faire faillite.Thierry Neyens, le président de la fédération wallonne de l'Horeca accuse le coup dans les colonnes de SudInfo. "C'est une énorme déception pour un secteur qui a été à l'arrêt 11 mois sur les 15 derniers. J'ai une pensée pour mes amis traiteurs et du monde de la nuit pour qui c'est encore pire. Ils (NdR : les gens du Codeco) vont devoir tirer les conséquences avec le risque des ouvertures anarchiques au 1er mai. Les restaurateurs en ont ras le bol d'être au balcon et d'assister aux comportements des gens au parc de la Boverie et au Bois de la Cambre. En tant que président, je ne peux pas envoyer un message de désobéissance à nos restaurateurs mais il sera difficile de les en empêcher".A Bruxelles, tout comme en Wallonie, plusieurs exploitants de cafés ou restaurants ont ainsi clairement fait savoir qu'ils allaient ouvrir leurs portes dès le 1er mai. "Je ne peux pas leur dire d'ouvrir leurs portes, mais je peux comprendre qu'ils le fassent. Le secteur est dans le coma. Et la partie francophone du pays n'est pas soutenue", soutient Fabian Hermans, administrateur de la fédération Horeca Bruxelles. Ce dernier a rappelé que toute personne qui ouvrait son établissement malgré l'interdiction risquait de devoir rembourser les aides auxquelles il peut prétendre.Par rapport à ces initiatives prises dans une "émotion justifiée", Horeca Wallonie appelle à ne pas se mettre hors la loi. De son côté, le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, a précisé à la RTBF que la police n'avait pas les effectifs suffisants pour s'opposer au mouvement du collectif Wallonie Horeca qui encourage à rouvrir dès le 1er mai. "Je ne suis pas là pour approuver ou réprouver un tel mouvement. Je dois veiller à ce que la situation reste calme dans la ville", a-t-il ajouté.Le bourgmestre de Middelkerke, Jean-Marie Dedecker, a lui aussi l'intention de permettre aux terrasses horeca de rouvrir 1er mai. Pendant les vacances de printemps, le bourgmestre de la ville de Flandre occidentale avait d'ailleurs déjà installé des tables en terrasse afin de permettre à la population d'y consommer de la nourriture et des boissons. Les bourgmestres de Moorslede et Ardooie envisagent aussi une réouverture une semaine plus tôt qu'autorisé.Réactions politiques Du côté des hommes et femmes politiques aussi les réactions ont fusé. Maxime Prévot (CDH) , le bourgmestre de Namur, a regretté sur les ondes de Bel RTL la date du 8 mai pour une réouverture partielle de l'horeca. "À une semaine près, je pense qu'il aurait été préférable de caler la réouverture des terrasses sur la date annoncée du 1er mai car on va se retrouver face à une colère qui explose avec le risque d'initiatives sauvages et clandestines que les bourgmestres ne seront pas en capacité de canaliser", a-t-il déclaré. "C'est une mauvaise décision car elle va générer un joyeux bordel. Ça va mettre l'ensemble des bourgmestres du Royaume dans un embarras majeur. J'ai le sentiment que cette mesure n'est pas applicable et conforme par rapport au terrain. Je ne vais certainement pas envoyer la cavalerie. " La province de Liège, par la voix de son gouverneur Hervé Jamar, avait d'ailleurs déjà fait savoir en ce début de semaine qu'elle ne s'opposera pas à la réouverture des terrasses le 1er mai prochain, sous certaines conditions, qu'importe la décision prise par le Comité de concertation. Le président du PS Paul Magnette avait aussi souligné sur les ondes de RTL à la veille du Codeco l'importance de rouvrir l'horeca au 1er mai : "A priori, je dirais de rouvrir tout l'Horeca. Après, on sait que le risque est moindre en extérieur. Mais comme le disent les experts, il faut apprendre à vivre avec le virus et malgré lui. En ce qui concerne les lieux culturels, les cafés et les restaurants, il faut pouvoir mettre en place de petits outillages très simples qui permettent de mesurer le taux de dioxyde de carbone dans l'air et qui permettent donc de mesurer s'il y a suffisamment d'oxygénation et d'aération des lieux. C'est très facile d'installer des systèmes de ventilation et il faut commencer à travailler avec tout cela.Olivier Maingain (DéFi), le bourgmestre de Woluwé-Saint-Lambert, propose de son côté une autre stratégie pour soutenir le secteur horeca, annonce La Libre. Contrairement à ses confrères, il ne veut pas encourager la désobéissance civile qui pourrait se retourner contre les restaurateurs avec des conséquences pénales et financières. Il propose plutôt d'offrir des subsides pour des procédures judiciaires contre les mesures gourvernementales. C'est clairement un incitant à aller en justice.Le ministre wallon des Affaires intérieures, Christophe Collignon (PS) désire, lui, calmer les esprits. Aux yeux du ministre socialiste, les communes devraient mettre à profit la semaine entre le 1er et le 8 mai pour se concerter avec les patrons de cafés et de restaurants afin d'organiser la réouverture des terrasses car celle-ci impliquera de trouver une série de solutions pratiques. "Le rôle d'un bourgmestre n'est pas de jeter de l'huile sur le feu", estime-t-il. Les déclarations des politiques, ne s'opposant pas à de telles actions de l'Horeca, ont fortement irrité le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), qui les a qualifiées de "très lâches", révèle La Libre. "Il est facile de dire qu'on se fiche des mesures", a-t-il ajouté sur le plateau de VTM, appelant à davantage de solidarité. Le socialiste flamand a estimé que le bourgmestre de Middelkerke mettait en danger l'ordre établi. La Belgique risque de devenir un "far west" laisse -t-il entendre.Vandenbroucke craint que la désobéissance de l'Horeca donne des idées à d'autres secteurs également à l'arrêt, comme celui de l'évènementiel ou du sport. "Comment les bourgmestres pourraient-ils alors empêcher les salles de sport et les boîtes de nuit de rouvrir également leurs portes plus tôt que prévu?", s'est interrogé le ministre de la Santé. "Pour ce qui est du 8 mai, on ne veut pas se fixer un chiffre précis, mais la situation dans les hôpitaux doit être meilleure, sinon il n'y aura pas d'assouplissement", a aussi mis en garde le socialiste flamand sur VTM. La ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden, a appelé jeudi au respect des règles décidées en comité de concertation pour lutter contre la propagation de la Covid-19. Son appel s'adresse également aux communes, a-t-elle précisé.Horeca Wallonie regrette, par ailleurs, un délai trop important entre les deux ouvertures (terrasse et intérieur). "Un timing de 15 jours offrait, à nos yeux, une certaine logique de reprise progressive, pour le personnel notamment", explique Pierre Poriau, secrétaire général de la fédération wallonne. Ce dernier craint que ces reports successifs d'ouverture ne fasse fuir les effectifs dans un secteur qui n'est déjà plus guère attrayant.Le secteur horeca se dit aussi déçu que la réouverture des terrasses le 8 mai ne s'accompagne pas d'une solution de secours à l'intérieur en cas de météo défavorable. "Nous ne sommes pas dans le sud de la France ni à Malaga. Vous avez vu le temps aujourd'hui. Cette ouverture des terrasses n'est pas faisable sans une possibilité de back-up à l'intérieur", a commenté Fabian Hermans, administrateur de la fédération Horeca Bruxelles.La fédération des cafetiers (FedCaf) déplore, quant à elle, la discrimination que va instaurer une réouverture des terrasses exclusivement, entre les établissements qui en ont et ceux qui n'en ont pas. Les exploitants vont en outre devoir s'interroger sur la rentabilité réelle que représente la seule ouverture de la terrasse. Au nord du pays, Horeca Vlaanderen demande plus de précisions quant à la réouverture proposée et les conditions qui encadrent une telle réouverture.Le Syndicat Neutre pour Indépendants (SNI) est, de son côté, plus que désabusé des décisions du Comité de Concertation de ce mercredi. "Rouvrir les seules terrasses le 8 mai et l'intérieur en juin est un affront qui leur est fait. "Le Codeco ne voit-t-il pas leur détresse et qu'ils sont au bout du rouleau ?". "Nous voulons insister sur le fait que cette fermeture avait pour objectif de faire descendre les chiffres de contamination. Or, ceux-ci restent stables. C'est la preuve que ces commerces et professions de contact ne sont pas des foyers de contamination". Les indépendants ne comprennent plus pourquoi, pour l'enseignement, le gouvernement trouve de la souplesse et de la créativité dans la reprise mais dès qu'il s'agit d'économie, l'attitude du politique est sans concession et autoritaire. "Il n'entend pas gronder la colère et les indépendants qui n'adhérent plus à ces mesures qu'ils estiment injustement axées exclusivement sur eux". C'est pourquoi le SNI voit d'un bon oeil l'annonce de l'organisation de prochains évènements test. "Cela montrera que le secteur de l'événementiel est capable de tout mettre en place pour assurer des événements de grande ampleur dans le respect des règles sanitaires". Pour l'organisation de défense des indépendants, la réouverture de l'horeca serait par ailleurs le meilleur moyen de prévenir en toute sécurité les rassemblements incontrôlés dans les parcs ou dans les habitations. "Avec les beaux jours, les citoyens vont à nouveau vouloir se rassembler. Les protocoles stricts appliqués dans l'horeca permettraient de redonner un peu de vie sociale à des citoyens qui le désirent". Enfin, pour le SNI, il n'y a pas le moindre doute à avoir : "La réouverture des terrasses ne peut en aucun cas justifier la fin des aides, notamment le double droit passerelle, à l'Horeca. Ce sera très loin d'être suffisant pour assurer un minimum de rentabilité aux établissements qui auraient la possibilité de rouvrir avec une terrasse !"Les mesures de soutien prolongées Le ministre-président et sa ministre de l'Economie Hilde Crevits ont précisé mercredi que la Flandre compte bien prolonger sa mesure de soutien à l'horeca, y compris au bénéfice des établissements qui rouvriront leur terrasse en mai (à la manière des take-away, qui peuvent aussi bénéficier de l'aide régionale actuellement). La décision est attendue la semaine prochaine. Côté bruxellois, la secrétaire d'Etat Barbara Trachte indique mercredi soir sur Twitter que le gouvernement régional revoit à la hausse (+25%) sa "prime Tetra" prévue pour les secteurs les plus touchés, au bénéfice des "cafés, restaurants et leurs fournisseurs". Cette prime est disponible à partir de la semaine prochaine.Plan plein air La réouverture des terrasses entre dans le "plan plein air", avec son lot de nouvelles possibilités en extérieur: les activités organisées pourront rassembler jusqu'à 25 personnes en extérieur, les parcs d'attraction et marchés/brocantes pourront redémarrer, etc. Mais quels sont les chiffres qui permettraient de confirmer que ce plan plein air se concrétisera bien, cette fois? Interrogé à ce sujet, le Premier ministre Alexander De Croo n'a pas voulu déterminer un seuil précis d'occupation des soins intensifs. Plusieurs ministres ont souligné cependant qu'il est possible que l'on ait désormais dépassé le "pic" de leur occupation. "Les assouplissements du 8 mai sont quasi une garantie", a même lancé le ministre-président flamand Jan Jambon à l'issue de la conférence. Les modalités de la réouverture des terrasses (distance entre les tables, nombre de convives, etc.) seront définies dans les prochains jours, ajoute-t-il. Les autorités se réservent la possibilité d'élargir encore le plan plein air début juin, et d'y assortir un "plan intérieur" (horeca en intérieur, entre autres), mais cette perspective-là est "certainement conditionnelle", a indiqué Jan Jambon."Pour ce qui est du 8 mai, on ne veut pas se fixer un chiffre précis, mais la situation dans les hôpitaux doit être meilleure, sinon il n'y aura pas d'assouplissement", a toutefois mis en garde Frank Vandebroucke, toujours très prudent, sur VTM. Ils se concrétiseront si la Belgique descend sous la barre des 500 patients Covid en soins intensifs, a précisé le cabinet du ministre de la Santé publique ce jeudi. Pour le 8 mai, en revanche, date retenue pour la réouverture des terrasses, la fin du couvre-feu ou encore la tenue d'évènements limités (max. 50 personnes) en extérieur, aucun seuil chiffré n'a été fixé, répond-on au cabinet Vandenbroucke jeudi. On reste sur une condition d'"amélioration durable" de la situation des soins intensifs, ce qui laisse la porte ouverte à l'interprétation.(Avec Belga)