Rester dans le coup ! Rares sont les entreprises qui peuvent prétendre échapper à cette nécessité, tant l'écosystème économique ne cesse de se réinventer. Pour éviter la mise au placard, l'entreprise doit pouvoir remettre en cause ses avantages compétitifs, par le biais de l'innovation. Une idée louable, mais qui bute parfois sur la complexité du terrain. C'est le cas au sein des multinationales, où l'organisation souvent complexe et le poids des structures rendent difficile la prise d'initiative et la collecte d'idées. Pour se maintenir à flot, de plus en plus d'entreprises mettent en place des procédés d'intrapreneuriat, c'est-à-dire la possibilité pour les salariés de proposer et développer des innovations pour le compte de leur employeur.
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Rester dans le coup ! Rares sont les entreprises qui peuvent prétendre échapper à cette nécessité, tant l'écosystème économique ne cesse de se réinventer. Pour éviter la mise au placard, l'entreprise doit pouvoir remettre en cause ses avantages compétitifs, par le biais de l'innovation. Une idée louable, mais qui bute parfois sur la complexité du terrain. C'est le cas au sein des multinationales, où l'organisation souvent complexe et le poids des structures rendent difficile la prise d'initiative et la collecte d'idées. Pour se maintenir à flot, de plus en plus d'entreprises mettent en place des procédés d'intrapreneuriat, c'est-à-dire la possibilité pour les salariés de proposer et développer des innovations pour le compte de leur employeur. Polysémique, l'innovation peut s'incarner sous la forme d'une nouvelle gamme de produits ou d'une nouvelle offre de services, sans pour autant nécessairement révolutionner le marché, comme l'explique Olivier Lisein, chargé de cours en intrapreneuriat, innovation et gestion du changement à HEC-Liège. " Les innovations issues de l'intrapreneuriat ne sont pas toutes visibles sur les marchés, qui vont se traduire par des retombées commerciales pour les entreprises. Elles peuvent consister en des avancées à vocation davantage 'interne', permettant par exemple de fluidifier les processus de travail, de faciliter la réalisation de certaines tâches ou d'améliorer les conditions de travail du personnel. " A contrario, certaines idées vont aboutir à l'obtention de brevets, ou au lancement de nouveaux produits et services sur le marché, capables de constituer un levier stratégique, pour améliorer la compétitivité de l'entreprise et lui offrir une plus-value. " Car si c'est l'employeur qui supporte les risques du développement des innovations (coûts, R&D, temps, etc.), c'est également lui qui en récolte les fruits ", conclut Olivier Lisein. La recrudescence du phénomène concorde avec l'importance accrue de l'empowerment, trouvant à s'appliquer dans l'organisation du travail et la gestion des ressources humaines. Cette tendance, axée sur la responsabilisation des salariés et à leur besoin de reconnaissance, fait appel à leurs connaissances et à leurs habilités, pour gagner en performance. " La volonté du management est de donner la parole aux membres du personnel : ils connaissent la réalité du terrain et sont par conséquent à même de détecter des axes d'améliorations, de proposer des pistes de solutions et de suggérer des idées d'innovations à mettre en place ", explique Olivier Lisein. Pour stimuler ce foisonnement, différents dispositifs existent, dont la nature et l'organisation sont laissées à l'appréciation de l'entreprise. Chez Accenture par exemple, le management organise cette année et pour la sixième fois, un " Innovation challenge ", outil formel de stimulation intrapreneuriale. Ce concours permet aux employés de l'entreprise de proposer des idées novatrices dans n'importe quel domaine d'expertise, que celui-ci fasse partie ou non du core business d'Accenture. Selon un processus électif réalisé par un jury professionnel, seules trois équipes (sur une centaine) seront désignées comme lauréats. Elles auront alors le choix de développer leur produit ou service en interne, dans le cadre de partenariats avec les clients d'Accenture. Elles pourront aussi décider de lancer leur projet, sous la forme d'une véritable start-up. " Depuis l'existence de notre concours, trois ou quatre start-up ont été lancées par nos employés, explique Wim Decraene, managing director pour le digital chez Accenture Benelux. Lorsque celles-ci ne peuvent être intégrées au core business d'Accenture, elles mènent alors leur vie de façon indépendante. La dernière en date, Flavr, est le fruit de trois anciens collaborateurs, vainqueurs de l'épreuve. " Dans d'autres entreprises, l'intrapreneuriat fait également partie intégrante de la stratégie de croissance. C'est le cas chez bpost, qui affirme sa volonté de développer ses activités " courrier " (en déclin, mais qui représentent 60 % de ses revenus), tout en souhaitant trouver d'autres sources de revenus. En 2013, l'entreprise a d'ailleurs lancé son premier concours intrapreneurial, avec le souci de se réinventer. " Le but est de permettre à nos collaborateurs de présenter leurs idées pour améliorer nos activités confie Hans Robben, responsable d'initiatives d'innovation chez bpost. Les meilleures d'entre elles sont sélectionnées pour participer, durant plusieurs week-ends, à des formations accélérées. Les différents acteurs y ont la possibilité d'élaborer leurs idées en réalisant des business plans à présenter devant des jurys composés de membres issus du management et du monde de l'entreprise. " Finalement, le projet retenu sera implémenté sous forme d'une lean start-up ", ponctue Hans Robben. C'est le cas de Bringr, application et plateforme d'économie collaborative en matière de logistique. Le concept : demander à des particuliers de transporter des paquets pour le compte d'autres particuliers, soit une sorte d'ubérisation de la livraison. " Le management a considéré que l'idée était prometteuse. Il a donc décidé d'investir dans un projet pilote pour tester le marché et réfléchir au meilleur moyen de le développer. Aujourd'hui, la plateforme est pleinement opérationnelle et elle n'aurait jamais pu voir le jour sans notre concours à l'innovation ", conclut Hans Robben. Parallèlement à ces dispositifs, aux modalités et procédures formalisées, l'intrapreneuriat se manifeste sous la forme d'une culture d'entreprise à fort potentiel innovant, touchant l'ensemble du personnel. Chacun, de la base au sommet, doit ainsi pouvoir échanger et faire remonter du terrain des informations susceptibles d'améliorer la compétitivité de l'entreprise, par exemple en partageant ses réflexions avec son supérieur hiérarchique. Dans la plupart des entreprises, les apports chiffrés de l'intrapreneuriat ne sont que peu, ou pas quantifiés. Balayée d'un revers de main, cette préoccupation ne semble d'ailleurs pas prépondérante. Exit le rendement immédiat, l'enjeu est ailleurs. Tant chez bpost qu'Accenture, on préfère parler d'investissement à long terme et d'investissement humain. " Mettre en place des outils, instaurer une culture d'entreprise, c'est en fait former nos collaborateurs au monde éminemment entrepreneurial dans lequel nous vivons, explique Hans Robben. C'est donc un bénéfice pour eux, mais également pour nous. " Un positionnement que partage Wim Decraene (Accenture). " A l'heure où nos clients veulent travailler main dans la main avec l'écosystème start-up, nous avons l'état d'esprit, les compétences et les connexions pour les satisfaire. Cela nous rend plus crédibles et nous gagnons des jobs grâce à ça ", affirme le managing director. Plus encore, le responsable insiste sur l'engouement affiché par les employés. Selon lui, pas de doute, la démarche plaît. Chiffres à l'appui. Chaque année, l'Accenture Innovation Challenge compte une centaine d'équipes participantes (de trois à quatre personnes chacune), soit 30 à 40 % des employés dans le Benelux. Nicolas Goosse, Xavier Bauchau et Henry Hertoghe sont lauréats de ce concours. Pour eux, il s'agit d'une initiative qui donne une bonne dynamique et permet de " challenger le statu quo tout en se dépassant soi-même ". Au point même de devenir un argument de recrutement. " Dans le digital, le marché du recrutement est très concurrentiel raconte Wim Decraene. Tout le monde recherche les mêmes profils et l'on constate que les bons candidats deviennent de plus en plus exigeants. Fréquemment, ils nous interrogent sur notre niveau d'innovation et notre politique en la matière. " Même son de cloche chez bpost. Pour Hans Robben, " les jeunes sont positivement surpris que bpost se lance dans la démarche. Cela nous permet d'engager les futurs talents, et de conserver nos collaborateurs ". Reste maintenant à observer si les bienfaits de l'intrapreneuriat sont capables de s'extraire du département RH, pour constituer une véritable création de valeur à long terme. Par Augustin Lippens