Voici quelques jours, une fuite dans L'Echo sur les prévisions du Conseil central de l'économie (CCE) laissait entendre que le handicap salarial subi entre 2020 et 2024 par les entreprises belges par rapport à leurs concurrentes des pays voisins devrait se monter désormais à 4,6%. Autrement dit, la hausse des salaires (ou, pour être précis, du coût horaire des salaires) serait 4,6% plus élevée sur cette période qu'aux Pays-Bas, en France et en Allemagne.
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Voici quelques jours, une fuite dans L'Echo sur les prévisions du Conseil central de l'économie (CCE) laissait entendre que le handicap salarial subi entre 2020 et 2024 par les entreprises belges par rapport à leurs concurrentes des pays voisins devrait se monter désormais à 4,6%. Autrement dit, la hausse des salaires (ou, pour être précis, du coût horaire des salaires) serait 4,6% plus élevée sur cette période qu'aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. Selon les dernières prévisions, provisoires et qui n'étaient pas censées être publiées, l'écart entre le coût salarial belge et celui de nos voisins devrait augmenter de 1,9% cette année, 1,8% l'an prochain et 0,9% en 2024. Avec un impact évident sur la marge des entreprises. Le taux de marge de celles-ci, qui avait, il est vrai, progressé jusqu'à la crise du covid et dépassait la moyenne de la zone euro, devrait baisser de 0,5% cette année et de 2% l'an prochain. Ces estimations, on ne veut pas les confirmer au Conseil central de l'économie. "Ces chiffres provisoires n'avaient pas vocation à être diffusés publiquement", regrette Luc Denayer, le secrétaire général du CCE. Car le travail de l'institution, qui récolte les données destinées à évaluer l'évolution de la compétitivité de nos entreprises par rapport à celle des pays voisins, est en effet loin d'être terminé: elle ne doit remettre ses conclusions qu'à la mi-décembre au plus tard. On prendra donc ces estimations avec des pincettes. Mais elles témoignent bien de la difficulté à laquelle sont confrontés les partenaires sociaux. D'un côté, les syndicats veulent protéger les salariés de la baisse du pouvoir d'achat qui est causée par l'inflation. De l'autre, les organisations patronales veulent protéger les entreprises de la perte de compétitivité induite par l'indexation automatique des salaires. Résoudre l'équation n'est pas simple. D'autant plus que la hauteur des prix d'un côté et leur évolution de l'autre évoluent différemment selon les pays. Sur la hauteur des prix, on voit que les Belges sont tentés d'aller s'approvisionner dans les magasins néerlandais ou français où certains produits sont moins chers. Sur l'évolution, on constate que l'inflation est relativement élevée aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne, pays sensibles au prix du gaz, qui flirtent avec une hausse de 10% (le Bureau du Plan prévoit chez nous +9,4% cette année et +6,5% l'an prochain). Elle l'est un peu moins en France où elle devrait être contenue entre 5 et 6% parce que le gouvernement a mis temporairement en place un bouclier tarifaire sur les prix de l'énergie. Et il n'est pas certain que la divulgation de ces chiffres facilite les négociations entre représentants des travailleurs et du patronat au moment où ceux-ci rencontrent justement le gouvernement. A la FGTB, on parle d'un "coup de canif dans la confiance" entre partenaires sociaux. Ambiance...