Thierry Bodson, président de la FGTB, confie à Trends Tendances que la rentrée pourrait être chaude, alors qu'une première mobilisation a lieu ce mercredi.

Craignez-vous cette rentrée sur le plan économique?

Jen-François Tamellini, secrétaire régional de la FGTB wallonne, parlait d'un climat proche de l'insurrection. C'est ce que nous ressentons, en effet. Mais il ne faut pas imaginer que nous vivons sur une autre planète et que nous ne sommes pas conscients des difficultés rencontrées par les entreprises. Pas d'entreprises, pas de travail.

Comment pensez-vous qu'il faut y répondre?

Il y a une différence entre la crise actuelle et celle du Covid, dont il faut tenir compte dans les solutions à apporter. Cette fois, il y a des entreprises et des secteurs qui vont mal, mais aussi des secteurs qui vont bien - même bien à crever.

Idéalement, on aurait pu s'entendre entre interlocuteurs sociaux sur les critères pour aider les entreprises. Je regrette que cela n'ait pas été possible. Nous avons été reçu séparément par le gouvernement, patronat et syndicats. Son message, c'était de dire qu'il comptait sur nous pour s'entendre sur un certain nombre de mesures - et si cela avait été le cas, il les aurait entérinées sans trop de problèmes.

Mais les organisations patronales sont venues avec la volonté de négocier un plan en cinq points : une révision à la baisse de l'enveloppe bien-être, la formation des salaires c'est-à-dire une réforme de l'indexation, une réforme du marché du travail, une réforme focale et des mesures en matière d'énergie. Nous pouvons comprendre que tout est dans tout. Mais cela aurait nécessité de s'enfermer pendant deux mois dans un château et on aurait eu l'air de martiens.

Le résultat, c'est que le gouvernement a pris la main?

Oui, ce sont des demi-mesures" basées sur une équation purement budgétaire.

Cela laisse augurer d'une fin d'année compliquée et la situation pourrait être explosive. Ce n'est jamais bon que la concertation sociale soit grippée et nous nous sommes sentis en outre trahis par la discussion sur l'enveloppe bien-être. Dans un contexte social difficile, cette concertation aurait tout son sens. Par ailleurs, nous avons le sentiment que les solutions proposées tant au niveau belge qu'au niveau européen sont et seront insuffisantes.

Un premier rassemblement à la Monnaie avait été décidé le 26 septembre, mais les autres syndicats nous ont rejoint et cela va se transformer en manifestation. Une grève générale est inévitable le 7 novembre. Mais il y a déjà des appels à des rassemblements en marge de cela. C'est souvent comme cela que cela commence. Les gens sont en colère et en même temps, ils sont "braves" parce qu'ils continuent à chercher les moyens de payer leurs factures.

J'étais invité il y a peu de la matinale sur la RTBF, on m'avait demandé si je plaidais pour un boycott du paiement de la facture d'énergie. J'avais répondu "non", mais ce ne sera pas nécessaire : très bientôt, il y aura de nombreux citoyens qui ne pourront tout simplement plus la payer.

Faut-il revoir le mécanisme d'indexation automatique des salaires, comme le demande le patronat?

Aujourd'hui, nous sommes dans une situation où le grand problème, c'est l'énergie. Ce n'est pas en s'attaquant au mécanisme de l'indexation qu'on va résoudre cela. L'énergie est trop chère, il faut s'attaque aux sources du problème et pas à sa conséquence.

Est-ce que les entreprises éprouvent des difficultés à payer l'énergie et les salaires ? Je le dis : oui ! Mais il y a des solutions pour traverser cette période difficile, comme le report des charges ONSS, c'est 25%, là où l'indexation sera de 8 ou 9%.

Pour le reste, quand vous regardez l'histoire du siècle dernier, vous verrez que toutes les crises ont été surmontées par une réforme fiscale et des accords sociaux. On peut peut-être le faire en six mois. Mais l'agenda prioritaire pour le moment, c'est de trouver des solutions pour passer le cap.

Thierry Bodson, président de la FGTB, confie à Trends Tendances que la rentrée pourrait être chaude, alors qu'une première mobilisation a lieu ce mercredi.Craignez-vous cette rentrée sur le plan économique?Jen-François Tamellini, secrétaire régional de la FGTB wallonne, parlait d'un climat proche de l'insurrection. C'est ce que nous ressentons, en effet. Mais il ne faut pas imaginer que nous vivons sur une autre planète et que nous ne sommes pas conscients des difficultés rencontrées par les entreprises. Pas d'entreprises, pas de travail.Comment pensez-vous qu'il faut y répondre?Il y a une différence entre la crise actuelle et celle du Covid, dont il faut tenir compte dans les solutions à apporter. Cette fois, il y a des entreprises et des secteurs qui vont mal, mais aussi des secteurs qui vont bien - même bien à crever.Idéalement, on aurait pu s'entendre entre interlocuteurs sociaux sur les critères pour aider les entreprises. Je regrette que cela n'ait pas été possible. Nous avons été reçu séparément par le gouvernement, patronat et syndicats. Son message, c'était de dire qu'il comptait sur nous pour s'entendre sur un certain nombre de mesures - et si cela avait été le cas, il les aurait entérinées sans trop de problèmes. Mais les organisations patronales sont venues avec la volonté de négocier un plan en cinq points : une révision à la baisse de l'enveloppe bien-être, la formation des salaires c'est-à-dire une réforme de l'indexation, une réforme du marché du travail, une réforme focale et des mesures en matière d'énergie. Nous pouvons comprendre que tout est dans tout. Mais cela aurait nécessité de s'enfermer pendant deux mois dans un château et on aurait eu l'air de martiens.Le résultat, c'est que le gouvernement a pris la main?Oui, ce sont des demi-mesures" basées sur une équation purement budgétaire.Cela laisse augurer d'une fin d'année compliquée et la situation pourrait être explosive. Ce n'est jamais bon que la concertation sociale soit grippée et nous nous sommes sentis en outre trahis par la discussion sur l'enveloppe bien-être. Dans un contexte social difficile, cette concertation aurait tout son sens. Par ailleurs, nous avons le sentiment que les solutions proposées tant au niveau belge qu'au niveau européen sont et seront insuffisantes.Un premier rassemblement à la Monnaie avait été décidé le 26 septembre, mais les autres syndicats nous ont rejoint et cela va se transformer en manifestation. Une grève générale est inévitable le 7 novembre. Mais il y a déjà des appels à des rassemblements en marge de cela. C'est souvent comme cela que cela commence. Les gens sont en colère et en même temps, ils sont "braves" parce qu'ils continuent à chercher les moyens de payer leurs factures.J'étais invité il y a peu de la matinale sur la RTBF, on m'avait demandé si je plaidais pour un boycott du paiement de la facture d'énergie. J'avais répondu "non", mais ce ne sera pas nécessaire : très bientôt, il y aura de nombreux citoyens qui ne pourront tout simplement plus la payer.Faut-il revoir le mécanisme d'indexation automatique des salaires, comme le demande le patronat?Aujourd'hui, nous sommes dans une situation où le grand problème, c'est l'énergie. Ce n'est pas en s'attaquant au mécanisme de l'indexation qu'on va résoudre cela. L'énergie est trop chère, il faut s'attaque aux sources du problème et pas à sa conséquence.Est-ce que les entreprises éprouvent des difficultés à payer l'énergie et les salaires ? Je le dis : oui ! Mais il y a des solutions pour traverser cette période difficile, comme le report des charges ONSS, c'est 25%, là où l'indexation sera de 8 ou 9%. Pour le reste, quand vous regardez l'histoire du siècle dernier, vous verrez que toutes les crises ont été surmontées par une réforme fiscale et des accords sociaux. On peut peut-être le faire en six mois. Mais l'agenda prioritaire pour le moment, c'est de trouver des solutions pour passer le cap.