Toutes les équipes d'I-Care retiennent leur souffle. Le CEO de l'entreprise, Fabrice Brion, s'envole fin mars pour la Corée du Sud. " C'est ma première mission royale, dit-il. Je sais que les Coréens sont assez sensibles au protocole et aux attentions que l'on peut porter à leur égard. Le fait d'être présent dans le cadre de cette mission économique peut, je pense, faire la différence. "
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Toutes les équipes d'I-Care retiennent leur souffle. Le CEO de l'entreprise, Fabrice Brion, s'envole fin mars pour la Corée du Sud. " C'est ma première mission royale, dit-il. Je sais que les Coréens sont assez sensibles au protocole et aux attentions que l'on peut porter à leur égard. Le fait d'être présent dans le cadre de cette mission économique peut, je pense, faire la différence. " C'est que la société montoise spécialisée dans ce que l'on appelle la maintenance prédictive de machines industrielles est en concurrence avec un autre acteur du secteur pour décrocher sur place ce qui serait son deuxième plus gros contrat après celui qu'elle vient de signer aux Etats-Unis. D'un montant de 4 millions de dollars, celui-ci concerne les 46 usines d'un important fournisseur d'énergie, réparties sur quatre Etats américains. " Le contrat pour lequel nous sommes candidats en Corée est un contrat similaire proposé par une autre entreprise dans le secteur de l'énergie ", précise le patron, qui croit évidemment dur comme fer en ses chances. " Plusieurs facteurs jouent en notre faveur, assure-t-il. Il y a d'abord notre expérience en Europe, où nous travaillons déjà avec les leaders de l'énergie que sont Engie et EDF. Puis, surtout, ce contrat que nous venons de signer aux Etats-Unis. Ce sont de belles références qui prouvent que nous avons du know-how et de l'expérience dans le secteur énergétique. " Reste qu'en 15 ans d'existence, la société est encore peu connue du grand public. " Pour vivre heureux, vivons cachés, revendique son CEO et fondateur. L'essentiel est que nous soyons très fortement connus dans les milieux de nos clients, à savoir les milieux industriels. " I-Care a plus de 200 clients en Belgique : de Delhaize à Lutosa en passant par tous les producteurs d'énergie et les grands de la pharma que sont GSK, UCB, Takeda ou encore Sanofi. Si l'entreprise montoise travaille pour tous les secteurs, certains sont particulièrement porteurs. C'est le cas des secteurs dits du process (pharma, agro-alimentaire, chimie et pétrochimie), de l'énergie (depuis l'éolien jusqu'au nucléaire) et de l'extraction (mines, carrières, etc.). " Ces secteurs sont très intéressants pour nous car ils ont tous un intérêt particulier à réduire soit leurs coûts d'entretien, soit les problèmes de qualité, soit encore les risques pour l'environnement ou la sécurité ", explique le responsable. Et Fabrice Brion de prendre pour exemple la mise à l'arrêt, fin février, de la plus grande usine de Nutella au monde, située en Normandie. " Je ne connais pas la cause de cet arrêt, précise-t-il. Mais s'il s'agit d'une cause liée aux équipements de production, nous aurions certainement pu détecter les problèmes plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant qu'ils n'entraînent l'arrêt de la ligne. " C'est précisément ce que l'on appelle la maintenance prédictive (ou prévisionnelle, pour les puristes). " Généralement, quand les machines industrielles montrent des signes de mauvaise santé, il est déjà trop tard, explique le CEO. Cela peut entraîner de graves conséquences pour la sécurité, l'environnement, les finances de l'entreprise ou la qualité. Notre objectif est de détecter quels sont les problèmes de ces machines, et surtout, de les détecter le plus longtemps à l'avance afin de permettre à nos clients de planifier leur réparation ou leur remplacement le plus tôt possible. Cela fait quelques années que les voitures disposent de moteurs qui vous disent quand aller à l'entretien. C'est ce que nous faisons avec nos clients. Avant cela, vous alliez à l'entretien tous les 15.000-20.000 kilomètres, peu importe que celui-ci soit vraiment nécessaire ou pas. On est en fait passé d'un entretien périodique (maintenance préventive) à un entretien basé sur l'état de dégradation (maintenance prédictive). " Pour prédire avec le plus de précision possible le moment où il va falloir remplacer telle ou telle pièce, I-Care fabrique ses propres capteurs sans fil qui, placés sur les machines de ses clients, surveillent différents paramètres tels que les vibrations, les bruits émis, les lubrifiants, les dégagements de chaleur, etc. Toutes les données ainsi récoltées dans les usines situées aux quatre coins du monde sont traitées à Mons. " C'est de l'analyse à distance, précise Fabrice Brion. Tout est synchronisé dans des bases de données situées dans le cloud. " Après avoir analysé les données fournies par ses capteurs, les ingénieurs d'I-Care fournissent à leurs clients des diagnostics. Quelle pièce faudra-t-il remplacer et quand ? A quel moment faudra-t-il mettre cette machine à l'arrêt ? En fonction des équipements, les prévisions peuvent aller de quelques semaines à 18 mois dans certains cas. " Notre objectif est de détecter les défauts de plus en plus tôt, d'en détecter un nombre toujours plus grand et d'intégrer le plus de données possible, explique le fondateur. Il y a 15 ans, nous n'aurions pas été capables d'intégrer plusieurs capteurs différents car il aurait été tout simplement impossible de stocker et de traiter toutes les données. " Aujourd'hui, et c'est ce qui fait sa différence, l'entreprise montoise est en mesure de traiter les données de ses capteurs, mais également de capteurs concurrents. " Nous ne travaillons pas en silo avec nos propres capteurs, souligne notre interlocuteur. Notre avantage, c'est que nous sommes capables de traiter tout type de données quand beaucoup de concurrents se contentent de traiter les données de leurs propres capteurs et se limitent donc à un certain type de contrat. " I-Care a vu le jour en tant que SPRL en 2004 déjà, mais c'est surtout ces dernières années que l'entreprise a connu une hausse spectaculaire de son chiffre d'affaires. En 2015, celui-ci était de 10 millions d'euros. Il atteignait 34 millions l'an dernier. Pour cette année, l'entreprise espère frôler les 40 millions. " Nous avons toujours enregistré 25% de croissance par an depuis notre création, précise Fabrice Brion. Mais il est clair que réaliser 25% de croissance sur 34 millions de chiffre d'affaires est plus significatif que sur 1 million. " En 2004, l'entreprise démarrait avec un capital de 18.600 euros. " Nous sommes montés à 40.000 euros en 2008, explique le CEO. En 2017, nous avons atteint 12 millions d'euros par incorporation des bénéfices reportés et revalorisation des participations dans les filiales. " Fin de l'année dernière, I-Care a enfin procédé à une levée de fonds de 7,5 millions d'euros à laquelle ont participé la SRIW, Invest Mons Borinage Centre, les employés et Fabrice Brion lui-même. L'entreprise a donc enlevé ses habits de SPRL. Elle organisera son premier conseil d'administration le 6 avril prochain. Si le spécialiste de la maintenance prédictive est devenu en Belgique le numéro un du secteur en rachetant il y a deux ans son principal concurrent, ARG Europe, il occupe également la première place du podium en Europe et se situe ni plus ni moins dans le top 5 au niveau international. " Nous avons la volonté d'être un acteur global et de discuter avec nos clients dans le cadre de contrats mondiaux ", martèle Fabrice Brion. Pour ce faire, l'entreprise a multiplié les filiales. Elle en compte à ce jour huit en Europe (en Belgique, en Italie, en Pologne, en France, en Allemagne, en Suisse, en Espagne et aux Pays-Bas) et trois hors d'Europe (en Corée du Sud, aux Etats-Unis et en Australie). " Nous avons dans chacun de ces pays un bureau, une entité juridique et du personnel, précise le patron. Celui-ci installe les capteurs et intervient en cas d'urgence. Le lien commercial et de confiance doit, je pense, toujours être établi localement. Le travail d'analyse des données peut quant à lui être effectué à distance. " Concrètement, I-Care dispose de quatre grands hubs : Houston, Mons, Séoul et Perth (en Australie). S'il n'y a pas de filiale dans le pays dans lequel le contrat est signé, c'est le hub le plus proche qui prend en charge ce contrat. A titre d'exemple, le client d'I-Care au Chili est pris en charge par le hub de Houston. Au total, la société compte des clients dans plus de 40 pays. Son fondateur n'imagine pas gonfler de manière significative le nombre de filiales ces prochaines années. Tout au plus envisage-t-il deux nouveaux bureaux au Royaume-Uni et dans un pays scandinave. " Grâce aux filiales que nous avons aujourd'hui, nous pouvons toucher des groupes qui nous permettent d'entrer dans d'autres marchés, assure notre interlocuteur. L'objectif, c'est qu'un contrat signé en Belgique débouche sur du travail dans d'autres pays. " Au niveau des hubs, le groupe montois pense encore en ouvrir un au Proche-Orient pour gérer la région ainsi que le continent africain qui sont aujourd'hui " pilotés " à partir des filiales européennes. Aujourd'hui, I-Care réalise 80% de son chiffre d'affaires en Belgique. Mais l'ambition est d'inverser la tendance. Tout l'enjeu pour l'entreprise montoise est à présent de multiplier les capteurs. Objectif ? Connecter un maximum de capteur à ses plateformes pour brasser un nombre toujours plus élevé de données. Le groupe est d'ailleurs en train d'essayer de fluidifier la transmission de ces données. Alors qu'à ce stade, les données des capteurs sont d'abord transmises à un ordinateur de traitement centralisé chez chaque client, qui les transmet ensuite vers le cloud, l'idée, à terme, est de se passer de cette étape intermédiaire et de faire en sorte que les données collectées soient directement transférées des capteurs vers le cloud. Mis à part ces défis technologiques, Fabrice Brion se veut serein dans un secteur qu'il juge lui-même " confortable " " Que nos clients se portent bien ou mal, l'avantage est que nous leur faisons gagner de l'argent dans les deux cas, sourit-il. Soit parce que l'on maximise leur capacité de production, soit parce que l'on diminue leurs coûts de maintenance. Le revers de la médaille, comme pour tout fournisseur industriel, ce sont les délais de paiement qui demandent un cash-flow important. Tout cela couplé à la croissance que nous connaissons fait que notre besoin en trésorerie est important. C'est pour cela, entre autre, que nous avons réalisé notre augmentation de capital fin de l'année dernière. "