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Il y a un an, en mars 2019, les responsables du Grand Hôpital de Charleroi (GHdC) s'étaient rendus à Cannes pour l'incontournable salon des professionnels de l'immobilier, le Mipim. En effet, l'inauguration de son nouvel ensemble hospitalier prévu à l'été 2024, laissera alors ses différentes infrastructures actuelles libres et en quête de valorisation. Ce fut l'occasion pour le GHdC de nouer des contacts avec des investisseurs potentiels. Un an après, le moment et l'esprit n'étaient pas à l'immobilier mais bien à la gestion de la crise liée au Covid-19. Plus important hôpital en Région wallonne, le GHdC s'est retrouvé, à l'instar de l'ensemble des institutions hospitalières, en première ligne. " Ce sont les hôpitaux qui ont géré la crise ", souligne Gauthier Saelens, directeur général. Dans le Hainaut, c'est d'abord la région montoise qui a été frappée par la pandémie. Mais très rapidement le pays de Charleroi a été également touché et, ici comme ailleurs, l'hôpital était prêt à soigner les malades. Avec le parcours classique : prise en charge, détection, isolement et hospitalisation. " Le GHdC n'a pas été débordé par cette crise grâce à la mobilisation générale, rappelle le directeur général. C'est d'ailleurs l'hôpital hainuyer qui a accueilli le plus de patients Covid. Cette crise a, d'une part, surconsommé les ressources et, d'autre part, une partie de notre personnel a été touchée et donc écartée. Des infirmières, médecins et aides-soignants d'autres départements sont venus épauler les unités de soins affectées aux prises en charge Covid. A côté des infectiologues et pneumologues, on a ainsi retrouvé des cardiologues, néphrologues, chirurgiens et autres spécialistes qui, dans un contexte inhabituel, ont remarquablement supporté les équipes. " Parmi les éléments qui ont changé par rapport à une situation normale, Gauthier Saelens pointe la lourdeur des soins prodigués aux malades du Covid-19. " Ce sont des soins qui nécessitent une surveillance 24 heures sur 24, et durant plusieurs semaines. Cela a nécessité des efforts supplémentaires du personnel ainsi que des ressources complémentaires. C'est pourquoi il est impératif de bien respecter les règles de confinement et ainsi éviter une éventuelle seconde vague. Nos équipes courent un marathon ; je ne sais pas où elles iront puiser l'énergie pour en recommencer un dans la foulée. Mais elles le feront sans hésiter une seconde. Soigner les autres est leur engagement. " A l'image de l'ensemble du système hospitalier, le GHdC constate une forte diminution de son activité normale. " Nous fonctionnons actuellement entre 20 à 30% de nos capacités habituelles, confirme Gauthier Saelens. Certains départements sont, hors urgences, quasi à l'arrêt complet, comme l'imagerie médicale ou le bloc opératoire. " Parallèlement au ralentissement de ses activités, le chantier du nouvel hôpital qui avait débuté en février 2019 a également été ralenti au début de la crise avant de se retrouver à l'arrêt quasi complet fin mars. " A l'exception des bureaux d'études et d'une poignée d'ouvriers, précise le directeur général. Cet état a perduré jusqu'au 20 avril où l'activité a doucement repris mais avec seulement un quart des effectifs prévus, soit une cinquantaine d'ouvriers. L'arrêt avait été décidé car, outre le manque de matériaux, c'est d'abord le fait qu'il était impossible pour de nombreux métiers de respecter la distanciation sociale sans révision des modes de travail. " Aujourd'hui, le GHdC comprend cinq sites hospitaliers (Notre Dame, Saint-Joseph, Sainte-Thérèse, Reine Fabiola et IMTR) ainsi qu'un site de pédopsychiatrie de jour (CPJ Charles-Albert Frère). Dans cinq ans, cet ensemble - à l'exception du centre psychothérapeutique de jour - laissera la place à un nouvel hôpital flambant neuf. Il s'agit du plus gros projet immobilier en Région wallonne, actuellement d'un montant de 500 millions d'euros. Les premières réflexions autour de ce projet remontent au début des années 2010. Il s'inscrit pleinement dans la volonté de la Ville de redynamiser et revitaliser le tissu urbain et a spécifiquement pour objectif de rassembler toute l'activité aiguë sur un seul site et ainsi rencontrer trois enjeux majeurs. Le premier enjeu est d'ordre qualitatif. Il s'agit de regrouper en un lieu unique toutes les compétences afin de favoriser la multidisciplinarité et l'interdisciplinarité. Le deuxième vise à mettre en avant le confort du patient et faciliter sa prise en charge. Enfin, le troisième est d'ordre économique. Avec ce regroupement, on évite les doublons et les déplacements entre sites. Le nouvel ensemble hospitalier reprendra toutes les compétences actuelles du GHdC dont le centre de traitement des brûlés (il en existe six en Belgique) auxquelles sera ajouté un centre spécifique pour les maladies rares. Le GHdC est l'un des huit hôpitaux belges à avoir obtenu l'agrément. Implanté sur le site des Viviers, un ancien charbonnage de 17 hectares situé à la porte Est de la ville de Charleroi, le nouvel hôpital sera la tête de pont d'un véritable " campus santé ". Dans le cadre du projet, il est en effet prévu qu'une partie du terrain soit réservée à l'accueil d'autres activités et acteurs économiques qui compléteront " un lieu dédié à la santé, au patient, à l'enseignement, à la recherche et au soutien à la communauté ". La superficie du nouvel hôpital sera plus petite que celle occupée par les sites actuels - 146.000 m2 contre 160.000 m2 - et le nombre de lits sera également réduit passant de 1.300 à un millier. " Avec un seul lieu, nous gagnerons en efficacité, ajoute Gauthier Saelens. Par ailleurs, la durée des séjours se réduit et l'ambulatoire se développe. " Si le projet a été impacté durant cette crise, cette dernière a-t-elle amené la direction du GHdC à repenser le nouvel ensemble ? Gauthier Saelens : " Les plans sont achevés et le gros oeuvre a débuté. En revanche, il est vrai que nous avons une équipe qui a imaginé cette crise dans le nouvel hôpital. En d'autres termes, comment aurions-nous réagi si celui-ci avait déjà été opérationnel : notre hôpital est-il Covid proof ? Notamment, en ce qui concerne la gestion des flux de patients. Nous avons repensé les plans en fonction d'une crise équivalente. Sur tous les fronts, ce qui a fait la différence dans la gestion de cette crise au GHdC, c'est la force de l'esprit d'équipe et la collaboration entre tous les membres du personnel. Pour le moment, nous sommes encore tous sur le pont et préparons doucement le retour à la normale. Et pour que tout se déroule correctement, il convient vraiment d'éviter, je le répète, d'être confronté à une deuxième vague. "