Faire tourner les réacteurs hors du réseau pour la production d'hydrogène et de chaleur, permettrait de lever plusieurs contraintes qui verrouillent la prise de décision: l'emploi et l'expertise nucléaire pour déployer la prochaine génération de réacteurs sont sauvés, la Belgique préserve l'outil en back-up en cas d'insécurité d'approvisionnement grave (ce qui est fort probable), le délai pour la mise à niveau des centrales n'est plus lié à une deadline juridique, et l'exécutif ne doit pas revoir sa copie auprès de l'Europe concernant le mécanisme du CRM. Cette option est même compatible avec le cadre légal actuel, qui n'interdit au-delà de 2025 que la finalité de production industrielle d'électricité de nos centrales.

Rappels préliminaires: Comme cela se pratique dans de nombreux pays, les centrales belges pourraient théoriquement alimenter un vaste réseau de chaleur (chauffage des bâtiments, eau chaude sanitaire, procédés industriels). Même en estimant les pertes à 50% (rendement, maintenance saisonnière), un seul réacteur couvrirait ainsi un tiers des besoins annuels de la Wallonie (44 TWh), et réduirait de 2 à 3% les émissions belges de CO2. La production d'hydrogène par électrolyse, avec un coût de 17 à 21€/MWh électronucléaire serait un autre débouché "off-grid". L'hydrolyse locale par des réacteurs amortis devrait logiquement être compétitive face à l'hydrogène vert produit à des milliers de kilomètres d'Anvers par des énergies intermittentes coûtant -au mieux- entre 25 et 40€/MWh, et dont les dérivés sont sensés remplacer à terme notre consommation de gaz naturel.

La Wallonie, grande perdante d'une sortie précipitée du nucléaire ?

Un premier élément qui justifie le présent exercice de sauvetage prospectif de notre filière nucléaire est l'impact régional de son démantèlement. Le bornage des discussions aux tranches de Doel 4 et Tihange 3 dans l'accord de gouvernement occulte un détail fondamental: la Wallonie saborderait en réalité deux des trois unités les plus prolongeables techniquement (Tihange 1 et 3), et dont l'emplacement réseau est beaucoup moins gênant pour la rentabilité de l'éolien offshore que ceux de Doel. Alors que les partis séparatistes affichent hélas près de 50% des intentions de vote en Flandre, l'équation du coût et de la sécurité d'approvisionnement au Sud en cas de partition du pays dans les décennies à venir ne semble préoccuper personne.

Le cas échéant, les Wallons hériteraient du réservoir de Coo et avec un peu de chance d'une technologie de pyrolyse mature qui limite l'impact environnemental d'un gaz naturel toujours plus coûteux. La Flandre emporterait la part du lion, avec un gigantesque parc éolien offshore, une île énergétique et ses interconnexions longue distance, un hub portuaire européen d'hydrogène, le centre de recherche nucléaire mondialement réputé de Mol et son projet MYRRHA, ainsi que le seul site d'enfouissement géologique belge ayant fait l'objet d'études de faisabilité sérieuses. Quel levier aurait un gouvernement francophone résiduel pour négocier une compensation équitable, devant la force du fait accompli ? Disposera-t-on encore du vivier de compétences pour déployer des réacteurs de IVe génération qui permettront de recycler le combustible irradié afin d'en réduire le volume et la quantité, au lieu de le léguer à nos (arrière-)petits-enfants comme le prévoit le plan actuel ? Les leaders politiques francophones de la majorité et de l'opposition doivent sortir de leur mutisme sur ces questions.

Le changement climatique peut perturber le scénario énergétique du gouvernement

Un second facteur d'incertitude invite à la prise de recul par rapport à l'actuelle stratégie énergétique belge : la vulnérabilité au changement climatique des chaînes logistiques globalisées, tant pour le gaz naturel que les molécules vertes de synthèse. Dans l'immédiat, la fonte du permafrost peut d'un jour à l'autre endommager les infrastructures gazières de la péninsule russe de Yamal, dont les gisements contribuent pour près de moitié à l'approvisionnement de l'Europe. Ce type de dégât sur les pipelines est déjà observé en Alaska, et les vagues successives de chaleur dans l'Arctique pourraient aggraver ces phénomènes. Même en faisant fi du facteur géopolitique et de la concurrence directe et croissante du marché chinois comme débouché pour Gazprom, la volatilité des prix pourrait s'accentuer et mettre nos ménages, entreprises et finances publiques sous une pression intenable.

En pariant à long terme sur de l'hydrogène vert acheminé depuis le Chili ou le Sultanat d'Oman, le gouvernement postule en outre une disponibilité inchangée et à prix constant d'infrastructures telles que les canaux de Panama et de Suez. Les changements de pluviométrie menacent déjà les tonnages transitant par le premier, tandis que des observateurs imputent la récente obstruction prolongée du second par le porte-conteneurs Ever Given aux bourrasques et à la visibilité réduite par une tempête de sable d'ampleur inhabituelle.

Quant au hub énergétique belge en Namibie (dont on espère qu'il n'envahira pas 1600km² d'une réserve de biosphère), il n'est pas à l'abri de troubles géopolitiques : les pullulations de criquets, la surmortalité des troupeaux, les sécheresses provoquant des déplacements de populations et les complexes relations interethniques sont autant de facteurs potentiels de déstabilisation. Les investisseurs belges (perçus comme culturellement proches de l'élite économique afrikaner) seraient-ils alors invités à réviser les conditions d'exploitation d'infrastructures énergétiques qu'un fond d'adaptation climatique correctement doté aurait permis à ce pays de construire de façon plus souveraine ?

Enfin, dans notre environnement plus immédiat, le changement climatique induit des vents plus faibles et une chute du rendement éolien qui pourrait atteindre 25%. La construction d'une île énergétique en Mer du Nord dotera certes notre plat pays d'une capacité de stockage hydroélectrique substantielle pour atténuer partiellement ces fluctuations. Pour autant, ce chantier n'est pas à l'abri des retards et surcoûts caractéristiques des projets offshore.

Bref. Notre Premier qui a fait carrière dans la protection de la propriété intellectuelle n'est probablement pas insensible aux discours d'innovation et de leadership mondial incarnés par la vision "100% renouvelable en 2050" que pitche la Ministre Van der Straeten. Malgré l'insistance de cette dernière, l'atome et le renouvelable ne sont cependant pas incompatibles, et il relève d'un élémentaire principe de précaution vis-à-vis d'incertitudes et de risques multiples que de ne pas hypothéquer totalement l'avenir de notre industrie nucléaire.

Prolongation : sortir de l'impasse procédurière

Le blocage actuel est le résultat prévisible d'un accord de coalition flou et incohérent sur de multiples points : il ambitionne de lutter contre l'obsolescence programmée et rappelle l'importance de prolonger la durée de vie des biens (p. 63) tout en condamnant des réacteurs amortis qui pourraient encore fonctionner 10 ou 20 ans. Il entend développer une économie circulaire (p.62) tout en sabotant le savoir-faire qui permettrait de valoriser et réduire les quantités de déchets radioactifs à gérer. Il prétend lutter contre la prolifération (p.77) sans prendre aucune initiative de réduction multilatérale de l'arsenal nucléaire (dont celui stocké à Kleine Brogel) mais s'obstine à brader le nucléaire civil, qui est autant indispensable pour produire que pour éliminer les matières fissiles. Il promet la transparence, un renouveau démocratique, ainsi qu'un registre des lobbyistes qui interagissent avec les ministères et prône la participation citoyenne (p.82) tout en ignorant les mises en garde répétées des syndicats, du patronat, de la communauté scientifique, des professionnels du secteur, d'environnementalistes européens, de l'opinion publique et -pour les Verts- d'une partie de leur propre électorat. Faut-il encore évoquer (p. 7) les objectifs de réduction de 55% des émissions de CO2 pour 2030 ?

Sur un enjeu sociétal pour lequel une consultation citoyenne n'aurait pas été du luxe, la coalition se dirige à l'usure vers une décision 'par défaut' qu'elle pense inéluctable, en prenant soin de défausser la responsabilité des conséquences sur des rapports aux hypothèses discutables de business as usual. La France habituellement exportatrice d'électricité avertit pourtant qu'elle ne sera plus nécessairement en mesure de fournir ses voisins. Récemment, la Suède et la Norvège ont coupé leurs interconnexions pour prioriser leur sécurité d'approvisionnement hivernale. Un spécialiste belge s'inquiète pareillement d'une diminution européenne généralisée de capacités pilotables.

Au regard des contradictions et incertitudes évoquées, la Vivaldi doit envisager un "plan C" (du Compromis). Aussi ubuesque qu'elle soit, la piste d'une exploitation des unités prolongeables hors du marché de l'électricité peut offrir une porte de sortie à la coalition: Elle permet de valider momentanément la stratégie CRM élaborée par la Ministre Van Der Straeten, mais doit être conditionnée à un bétonnage du maintien de l'outil et du savoir-faire nucléaire, et de leur mise à profit pour la décarbonation d'autres secteurs.

De tels investissements en infrastructures nécessitent bien sûr un dialogue avec les territoires et leurs habitants mais peuvent être tout à fait rentables. Cette contorsion politique typiquement belge mobilisera vraisemblablement des capitaux privés: ce sera l'occasion pour nos concitoyens les mieux lotis de réveiller ce qui leur reste de civisme. La facture d'électricité risque toujours de flamber pour ceux qui rouleront en Tesla, mais au moins les logements sociaux et les écoles seront-ils chauffés et les bus de la TEC décarbonés à la fin de la décennie.

Enfin, il restera en suspens la question subsidiaire de savoir si, à défaut de servir de 'baseload', le nucléaire pourra tout de même fournir légalement une puissance électrique d'appoint dans le cadre d'un futur CRM renégocié avec l'UE. Voire être totalement réhabilité à la faveur des délestages qui nous attendent, en bricolant un artifice légal ad hoc, une fois que tout le monde aura temporairement sauvé la face.

Nicolas Tsurukawa

Faire tourner les réacteurs hors du réseau pour la production d'hydrogène et de chaleur, permettrait de lever plusieurs contraintes qui verrouillent la prise de décision: l'emploi et l'expertise nucléaire pour déployer la prochaine génération de réacteurs sont sauvés, la Belgique préserve l'outil en back-up en cas d'insécurité d'approvisionnement grave (ce qui est fort probable), le délai pour la mise à niveau des centrales n'est plus lié à une deadline juridique, et l'exécutif ne doit pas revoir sa copie auprès de l'Europe concernant le mécanisme du CRM. Cette option est même compatible avec le cadre légal actuel, qui n'interdit au-delà de 2025 que la finalité de production industrielle d'électricité de nos centrales.Rappels préliminaires: Comme cela se pratique dans de nombreux pays, les centrales belges pourraient théoriquement alimenter un vaste réseau de chaleur (chauffage des bâtiments, eau chaude sanitaire, procédés industriels). Même en estimant les pertes à 50% (rendement, maintenance saisonnière), un seul réacteur couvrirait ainsi un tiers des besoins annuels de la Wallonie (44 TWh), et réduirait de 2 à 3% les émissions belges de CO2. La production d'hydrogène par électrolyse, avec un coût de 17 à 21€/MWh électronucléaire serait un autre débouché "off-grid". L'hydrolyse locale par des réacteurs amortis devrait logiquement être compétitive face à l'hydrogène vert produit à des milliers de kilomètres d'Anvers par des énergies intermittentes coûtant -au mieux- entre 25 et 40€/MWh, et dont les dérivés sont sensés remplacer à terme notre consommation de gaz naturel.La Wallonie, grande perdante d'une sortie précipitée du nucléaire ?Un premier élément qui justifie le présent exercice de sauvetage prospectif de notre filière nucléaire est l'impact régional de son démantèlement. Le bornage des discussions aux tranches de Doel 4 et Tihange 3 dans l'accord de gouvernement occulte un détail fondamental: la Wallonie saborderait en réalité deux des trois unités les plus prolongeables techniquement (Tihange 1 et 3), et dont l'emplacement réseau est beaucoup moins gênant pour la rentabilité de l'éolien offshore que ceux de Doel. Alors que les partis séparatistes affichent hélas près de 50% des intentions de vote en Flandre, l'équation du coût et de la sécurité d'approvisionnement au Sud en cas de partition du pays dans les décennies à venir ne semble préoccuper personne.Le cas échéant, les Wallons hériteraient du réservoir de Coo et avec un peu de chance d'une technologie de pyrolyse mature qui limite l'impact environnemental d'un gaz naturel toujours plus coûteux. La Flandre emporterait la part du lion, avec un gigantesque parc éolien offshore, une île énergétique et ses interconnexions longue distance, un hub portuaire européen d'hydrogène, le centre de recherche nucléaire mondialement réputé de Mol et son projet MYRRHA, ainsi que le seul site d'enfouissement géologique belge ayant fait l'objet d'études de faisabilité sérieuses. Quel levier aurait un gouvernement francophone résiduel pour négocier une compensation équitable, devant la force du fait accompli ? Disposera-t-on encore du vivier de compétences pour déployer des réacteurs de IVe génération qui permettront de recycler le combustible irradié afin d'en réduire le volume et la quantité, au lieu de le léguer à nos (arrière-)petits-enfants comme le prévoit le plan actuel ? Les leaders politiques francophones de la majorité et de l'opposition doivent sortir de leur mutisme sur ces questions.Le changement climatique peut perturber le scénario énergétique du gouvernementUn second facteur d'incertitude invite à la prise de recul par rapport à l'actuelle stratégie énergétique belge : la vulnérabilité au changement climatique des chaînes logistiques globalisées, tant pour le gaz naturel que les molécules vertes de synthèse. Dans l'immédiat, la fonte du permafrost peut d'un jour à l'autre endommager les infrastructures gazières de la péninsule russe de Yamal, dont les gisements contribuent pour près de moitié à l'approvisionnement de l'Europe. Ce type de dégât sur les pipelines est déjà observé en Alaska, et les vagues successives de chaleur dans l'Arctique pourraient aggraver ces phénomènes. Même en faisant fi du facteur géopolitique et de la concurrence directe et croissante du marché chinois comme débouché pour Gazprom, la volatilité des prix pourrait s'accentuer et mettre nos ménages, entreprises et finances publiques sous une pression intenable.En pariant à long terme sur de l'hydrogène vert acheminé depuis le Chili ou le Sultanat d'Oman, le gouvernement postule en outre une disponibilité inchangée et à prix constant d'infrastructures telles que les canaux de Panama et de Suez. Les changements de pluviométrie menacent déjà les tonnages transitant par le premier, tandis que des observateurs imputent la récente obstruction prolongée du second par le porte-conteneurs Ever Given aux bourrasques et à la visibilité réduite par une tempête de sable d'ampleur inhabituelle.Quant au hub énergétique belge en Namibie (dont on espère qu'il n'envahira pas 1600km² d'une réserve de biosphère), il n'est pas à l'abri de troubles géopolitiques : les pullulations de criquets, la surmortalité des troupeaux, les sécheresses provoquant des déplacements de populations et les complexes relations interethniques sont autant de facteurs potentiels de déstabilisation. Les investisseurs belges (perçus comme culturellement proches de l'élite économique afrikaner) seraient-ils alors invités à réviser les conditions d'exploitation d'infrastructures énergétiques qu'un fond d'adaptation climatique correctement doté aurait permis à ce pays de construire de façon plus souveraine ?Enfin, dans notre environnement plus immédiat, le changement climatique induit des vents plus faibles et une chute du rendement éolien qui pourrait atteindre 25%. La construction d'une île énergétique en Mer du Nord dotera certes notre plat pays d'une capacité de stockage hydroélectrique substantielle pour atténuer partiellement ces fluctuations. Pour autant, ce chantier n'est pas à l'abri des retards et surcoûts caractéristiques des projets offshore.Bref. Notre Premier qui a fait carrière dans la protection de la propriété intellectuelle n'est probablement pas insensible aux discours d'innovation et de leadership mondial incarnés par la vision "100% renouvelable en 2050" que pitche la Ministre Van der Straeten. Malgré l'insistance de cette dernière, l'atome et le renouvelable ne sont cependant pas incompatibles, et il relève d'un élémentaire principe de précaution vis-à-vis d'incertitudes et de risques multiples que de ne pas hypothéquer totalement l'avenir de notre industrie nucléaire.Prolongation : sortir de l'impasse procédurièreLe blocage actuel est le résultat prévisible d'un accord de coalition flou et incohérent sur de multiples points : il ambitionne de lutter contre l'obsolescence programmée et rappelle l'importance de prolonger la durée de vie des biens (p. 63) tout en condamnant des réacteurs amortis qui pourraient encore fonctionner 10 ou 20 ans. Il entend développer une économie circulaire (p.62) tout en sabotant le savoir-faire qui permettrait de valoriser et réduire les quantités de déchets radioactifs à gérer. Il prétend lutter contre la prolifération (p.77) sans prendre aucune initiative de réduction multilatérale de l'arsenal nucléaire (dont celui stocké à Kleine Brogel) mais s'obstine à brader le nucléaire civil, qui est autant indispensable pour produire que pour éliminer les matières fissiles. Il promet la transparence, un renouveau démocratique, ainsi qu'un registre des lobbyistes qui interagissent avec les ministères et prône la participation citoyenne (p.82) tout en ignorant les mises en garde répétées des syndicats, du patronat, de la communauté scientifique, des professionnels du secteur, d'environnementalistes européens, de l'opinion publique et -pour les Verts- d'une partie de leur propre électorat. Faut-il encore évoquer (p. 7) les objectifs de réduction de 55% des émissions de CO2 pour 2030 ?Sur un enjeu sociétal pour lequel une consultation citoyenne n'aurait pas été du luxe, la coalition se dirige à l'usure vers une décision 'par défaut' qu'elle pense inéluctable, en prenant soin de défausser la responsabilité des conséquences sur des rapports aux hypothèses discutables de business as usual. La France habituellement exportatrice d'électricité avertit pourtant qu'elle ne sera plus nécessairement en mesure de fournir ses voisins. Récemment, la Suède et la Norvège ont coupé leurs interconnexions pour prioriser leur sécurité d'approvisionnement hivernale. Un spécialiste belge s'inquiète pareillement d'une diminution européenne généralisée de capacités pilotables.Au regard des contradictions et incertitudes évoquées, la Vivaldi doit envisager un "plan C" (du Compromis). Aussi ubuesque qu'elle soit, la piste d'une exploitation des unités prolongeables hors du marché de l'électricité peut offrir une porte de sortie à la coalition: Elle permet de valider momentanément la stratégie CRM élaborée par la Ministre Van Der Straeten, mais doit être conditionnée à un bétonnage du maintien de l'outil et du savoir-faire nucléaire, et de leur mise à profit pour la décarbonation d'autres secteurs.De tels investissements en infrastructures nécessitent bien sûr un dialogue avec les territoires et leurs habitants mais peuvent être tout à fait rentables. Cette contorsion politique typiquement belge mobilisera vraisemblablement des capitaux privés: ce sera l'occasion pour nos concitoyens les mieux lotis de réveiller ce qui leur reste de civisme. La facture d'électricité risque toujours de flamber pour ceux qui rouleront en Tesla, mais au moins les logements sociaux et les écoles seront-ils chauffés et les bus de la TEC décarbonés à la fin de la décennie.Enfin, il restera en suspens la question subsidiaire de savoir si, à défaut de servir de 'baseload', le nucléaire pourra tout de même fournir légalement une puissance électrique d'appoint dans le cadre d'un futur CRM renégocié avec l'UE. Voire être totalement réhabilité à la faveur des délestages qui nous attendent, en bricolant un artifice légal ad hoc, une fois que tout le monde aura temporairement sauvé la face.Nicolas Tsurukawa