Tout arrive. B Logistics va enfin gagner de l'argent. Elle prévoit un bénéfice net pour 2018. " Peut-être même dès cette année ", avance Geert Pauwels, CEO de l'entreprise. L'ancienne filiale de la SNCB va profiter de ce virage pour changer de nom.
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Tout arrive. B Logistics va enfin gagner de l'argent. Elle prévoit un bénéfice net pour 2018. " Peut-être même dès cette année ", avance Geert Pauwels, CEO de l'entreprise. L'ancienne filiale de la SNCB va profiter de ce virage pour changer de nom. Aujourd'hui, B Logistics devient enfin viable avec 1.900 salariés, alors qu'elle était en grave perte en 2008 avec 4.000 personnes. Elle exploite 7.000 wagons et 191 locomotives. L'entreprise a innové depuis deux ans en lançant des lignes régulières pour attirer un trafic dévolu à la route, le service Green Xpress Network (GXN), qui relie Anvers à la Suède, aux Pays-Bas, à la France, à l'Autriche, à la Suisse, à l'Allemagne, à la Roumanie, à la Tchéquie, à la Slovaquie et bientôt à l'Espagne ou l'Italie. Les convois réunissent des wagons très divers : conteneurs, produits chimiques, sidérurgie, palettes. " Ces trains proposent une alternative au camion, explique Geert Pauwels. Ce mélange, en lignes régulières, de conteneurs et d'autres wagons isolés est une première en Europe. " Il estime avoir pu construire une offre viable pour encourager le modal shift souhaité par le monde politique. La grande qualité de ces convois est leur relative rapidité. Rien à voir avec des TGV, mais ces trains peuvent relier la Suisse en trois jours et demi " alors qu'auparavant c'était sept jours d'un point A en Belgique à un point B en Suisse ", précise Geert Pauwels. Cette " rapidité " nouvelle est un atout pour toucher une nouvelle clientèle. Un autre élément important est la fiabilité de l'horaire, une notion assez flottante dans le trafic de marchandises. " Ce qui compte, c'est moins de gagner 24 heures que d'être certain que le wagon arrivera au moment où il est prévu qu'il arrive ", analyse Henri-Jean Gathon, professeur d'économie des transports à l'ULg. " Ce service prouve notre intention d'aller plus loin dans l'innovation, ajoute Geert Pauwels. Le fret sur le rail innove peu alors que les camions, eux, changent. Nous devons y réfléchir. " Le rail est plus écologique que la route mais a du mal à s'imposer à cause de la lourdeur et la rigidité de ce type de logistique. Sur ce plan, B Logistics exploite la souplesse gagnée en quittant le giron de la SNCB et sa gouvernance politico-syndicale. La filiale estime avoir trouvé la solution pour un marché qui, finalement, intéresse peu la concurrence mais qui peut soustraire des camions à la route : les wagons isolés (ou diffus, dans le jargon). Effectivement, les opérateurs visent généralement plutôt une clientèle pour des trains complets. Regrouper des wagons diffus de différents clients est peu rentable. D'où le succès de la route. Les lignes GXN visent donc à développer ce type de service en se concentrant sur la seule activité rentabilisable : la longue distance. L'espoir est d'améliorer la part modeste du rail dans le transport : 8 % en Belgique, contre 77 % pour la route. Le retour aux bénéfice est lent, mais régulier (voir notre infographie " Le fret qui vient de loin "). La première étape a été franchie en 2013 avec le premier Ebitda positif, de 3 millions d'euros (bénéfice avant intérêts, amortissements et taxes), mais la perte nette s'élevait encore à 30 millions d'euros. Pour arriver à un profit net, il restait quelques années et une dernière injection de fonds, que la SNCB ne pouvait réaliser, était nécessaire. D'où la solution de vendre à Argos Soditic. Une privatisation qui ne fit aucune vague... L'arrivée de la rentabilité en 2017 ou 2018 est un exploit pour B Logistics. Il est d'autant plus méritoire que le secteur est en convalescence. Beaucoup de grands opérateurs européens perdent de l'argent. Même la Deutsche Bahn, le numéro 1 du secteur. " Le redémarrage d'après récession est très lent ", confie Henri-Jean Gathon. L'étape suivante ? B Logistics, avec son nouveau nom, sera revendue. Telle est la logique d'une vente à un fonds de buy out : il accompagne le redressement, puis espère en tirer une plus-value par une cession. " Cela devrait arriver après que B Logistics soit redevenue rentable ", estime Henri-Jean Gathon. L'opération sera donc probable d'ici deux ou trois ans. Et peut-être reverra-t-on Deutsche Bahn ou la SNCF sur les rails. Geert Pauwels confirme la perspective, mais la liste des acquéreurs potentiels est plus large que celle des réseaux européens voisins. Cela pourrait même être un acheteur chinois. " Il y a plusieurs sorties possibles, y compris en Bourse. Rien n'est décidé ", ajoute encore le professeur. Encore détentrice de 33 % des parts, la SNCB devrait bénéficier de l'éventuelle plus-value. Et surtout, avoir un regard sur la décision.