Le début du confinement a été marqué par la mise en place d'un système de travail à distance dans la plupart des entreprises du pays - du moins, quand celles-ci étaient en mesure de le faire. Une manière efficace de maintenir une partie de l'économie à flot, tout en protégeant la population du coronavirus. Efficace, vraiment ? Beaucoup pourraient émettre des doutes. Entre le bureau de fortune à domicile qui fait mal au dos, la connexion VPN lente ou déficiente et les nombreux bugs sur les plateformes de visioconférence, le télétravail a parfois eu des allures de parcours du combattant.
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Le début du confinement a été marqué par la mise en place d'un système de travail à distance dans la plupart des entreprises du pays - du moins, quand celles-ci étaient en mesure de le faire. Une manière efficace de maintenir une partie de l'économie à flot, tout en protégeant la population du coronavirus. Efficace, vraiment ? Beaucoup pourraient émettre des doutes. Entre le bureau de fortune à domicile qui fait mal au dos, la connexion VPN lente ou déficiente et les nombreux bugs sur les plateformes de visioconférence, le télétravail a parfois eu des allures de parcours du combattant.Même si la plupart des restrictions sont aujourd'hui levées en Belgique, le télétravail pourrait devenir la nouvelle norme dans notre société post-coronavirus. La question demeure pourtant : sommes-nous prêts ? Ou plutôt : les entreprises sont-elles aujourd'hui capables de garantir un bon système de travail à distance ?À quelques kilomètres seulement de chez nous, cette formule "work from home" n'est qu'un jour de travail comme les autres. Les Pays-Bas prônent, en effet, une culture de travail étonnamment flexible. Alors qu'en Belgique et en France, seuls 7% des salariés disent travailler à domicile en temps normal, aux Pays-Bas, c'est plus du double (soit 14,1% de la population active) qui déclare le faire, selon les chiffres d'Eurostat. Les Pays-Bas sont, on peut le dire, le précurseur européen du travail à distance. Seule la Finlande a rattrapé son retard ces dernières années, tandis que les autres pays sont à la traîne.Si cette transition du bureau vers le domicile a été particulièrement brutale en mars pour certains, pour les Pays-Bas, la main-d'oeuvre éloignée déjà importante du pays signifie que l'ajustement a été beaucoup moins dramatique. Quelles leçons pourrait-on tirer du système de télétravail néerlandais ?Pour Aukje Nauta, professeur de psychologie organisationnelle à l'Université de Leiden, c'est la confiance entre employeurs et employés qui est l'un des moteurs essentiels de ce système de télétravail."Des valeurs telles que la démocratie et la participation sont profondément ancrées dans la culture de travail néerlandaise, de sorte que les managers font davantage confiance à leurs salariés qu'ailleurs dans le monde", explique-t-elle. "Par exemple, ING bank a désormais mis en place une politique de congés illimités pour certains groupes de travailleurs. Ils peuvent donc prendre autant de vacances qu'ils le souhaitent tant que leurs tâches n'en souffrent pas. Partout ailleurs, les employeurs apprennent seulement à faire confiance à leurs employés pour travailler à domicile."Outre la confiance accordée aux salariés, le pays promeut également le développement d'infrastructures physiques adaptées afin de permettre au télétravail de prospérer. Ainsi, les installations de travail à distance tant publiques que commerciales sont nombreuses. Les bibliothèques publiques ont par exemple été transformées en de larges espaces de travail modernes et confortables. Même les cafés offrent un confort de travail idéal pour les salariés.Les employeurs aux Pays-Bas ont saisi cette opportunité afin de réduire les coûts et de devenir plus productifs - ils ont non seulement besoin de moins de mètres carrés d'espace de bureau, mais disposent également d'une législation stricte en matière d'indemnités de maladie, qui s'assure que leurs salariés disposent d'installations de travail adaptées à domicile.Ces infrastructures extérieures ne profitent pas seulement aux employés, mais également aux indépendants et aux petites entreprises. Cette normalisation du bureau virtuel leur permet en effet de fonctionner, sans avoir nécessairement besoin de louer des espaces de bureaux dédiés au travail. "Le travail à domicile est meilleur pour l'environnement, et nous disposons d'excellents espaces de travail ainsi que de nombreux endroits gratuits où vous pouvez échanger un service contre un espace de travail ", témoigne l'un des nombreux télétravailleurs du pays à la BBC.De nombreux pays disposent encore d'une culture du présentéisme qui ralentit cette transition vers le travail à distance. Nombreux sont ceux qui subissent encore aujourd'hui des pressions sur leur lieu de travail pour être présents au bureau, que leur santé physique ou mentale le permette, ou non. Même du côté des employés, la transition reste délicate : beaucoup de salariés déclarent se sentir coupables de s'être absentés du bureau, craignant que cela ne les fasse paraître moins "engagés" dans leur travail.Les pays européens doivent profiter de la situation actuelle pour apprendre à se réorganiser, et faire du télétravail non pas une contrainte, mais un avantage. C'est peut-être la leçon la plus importante à retenir du coronavirus. Et quoi de mieux que d'aller s'inspirer chez nos voisins ? Les Pays-Bas affichent une combinaison d'infrastructures adaptées, d'investissements dans un avenir numérique et d'une culture de confiance qui en font certainement un archétype du télétravail. Peut-être ce pays pourra-t-il ouvrir la voie à un avenir basé non pas sur le bureau physique, mais sur le travail virtuel...