C'est sans doute dans une cour d'école, dans la rue ou à la télévision que vous les avez vus pour la première fois. Peut-être vous êtes-vous alors demandé ce qu'étaient ces petits objets que les (grands) enfants font tourner entre leurs doigts. Ceux qui vendent et vivent (un peu) de cette mode les ont vus surgir sur la Toile. C'est ce que raconte Geert Gillis, directeur des ventes chez Dreamland : " Nous avons repéré cet objet sur YouTube et nous avons senti que c'était là quelque chose à suivre, une tendance. C'était il y a environ cinq semaines. Dans les premiers jours de mai, nous en avons donc placé 300 dans chaque magasin. Tout est parti en un jour. Quand on voit que les ventes vont si vite, il faut être très alerte. On donne ordre à la chaîne logistique d'augmenter les livraisons ". En quelles quantités ? " On ne sait jamais avec 100 % de certitude combien de temps une tendance comme celle-là va durer, ni quel volume elle va avaler, poursuit Geert Gillis. Mais être numéro 1 en Belgique, comme nous, permet de trouver aussi d'autres fournisseurs, même à l'étranger, lorsqu'une vague arrive. " Parce qu'il ne s'agit pas de la rater, la vague : " Il y a beaucoup plus à perdre lorsqu'on rate une tendance qu'à gagner lorsqu'on la saisit ", fait remarquer le directeur des ventes.
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C'est sans doute dans une cour d'école, dans la rue ou à la télévision que vous les avez vus pour la première fois. Peut-être vous êtes-vous alors demandé ce qu'étaient ces petits objets que les (grands) enfants font tourner entre leurs doigts. Ceux qui vendent et vivent (un peu) de cette mode les ont vus surgir sur la Toile. C'est ce que raconte Geert Gillis, directeur des ventes chez Dreamland : " Nous avons repéré cet objet sur YouTube et nous avons senti que c'était là quelque chose à suivre, une tendance. C'était il y a environ cinq semaines. Dans les premiers jours de mai, nous en avons donc placé 300 dans chaque magasin. Tout est parti en un jour. Quand on voit que les ventes vont si vite, il faut être très alerte. On donne ordre à la chaîne logistique d'augmenter les livraisons ". En quelles quantités ? " On ne sait jamais avec 100 % de certitude combien de temps une tendance comme celle-là va durer, ni quel volume elle va avaler, poursuit Geert Gillis. Mais être numéro 1 en Belgique, comme nous, permet de trouver aussi d'autres fournisseurs, même à l'étranger, lorsqu'une vague arrive. " Parce qu'il ne s'agit pas de la rater, la vague : " Il y a beaucoup plus à perdre lorsqu'on rate une tendance qu'à gagner lorsqu'on la saisit ", fait remarquer le directeur des ventes. Ainsi, les loom bands (petits élastiques multicolores qui permettent de réaliser des bracelets), une mode précédente sur laquelle Dreamland avait aussi bondi, n'avaient représenté " que " 0,5 % du chiffre d'affaires. " Les hand spinners n'auront pas un tel effet sur nos clients, peut-être fera-t-on la moitié de ce chiffre ", estime Geert Gillis. Chez Doho, une entreprise familiale importatrice de jouets, le téléphone chauffe tellement les clients réclament des hand spinners. " Mais nous n'avons pas sauté dans le train en marche : ce genre de tendance, il faut la saisir au tout début, sinon ça ne vaut plus la peine, confie le gérant. Aussi, nos concurrents et collègues qui ont, eux, commandé bien à temps attendent parfois encore leurs hand spinners : ce seraient les fabricants chinois qui produisent les pièces en métal des hand spinners qui auraient du mal à suivre. " C'est bien la Chine donc qui alimente cette soudaine flambée d'intérêt pour les hand spinners. Et c'est bien une flambée, " un pic, qui redescend tout aussi vite qu'il est monté ", avertit Carole Lamarque, spécialiste en marketing innovant. Ici, ce qui a mis le feu aux poudres, c'est d'abord Reddit, un réseau social orienté gadget et peuplé d'influenceurs. Ensuite, YouTube, tout aussi bien fréquenté, a atteint une plus grande masse, avec une foule de vidéos qui explorent toutes les possibilités des hand spinners. Carole Lamarque rappelle qu'il y a eu en prime une levée de fonds Kickstarter aux Etats-Unis à l'automne 2016. Ce système de crowdfunding joue aussi de la viralité pour lever des fonds, dans ce cas pour les hand spinners. Là-dessus, il a suffi qu'un enfant, leader d'opinion de sa cour de récré, débarque avec son nouveau jouet pour que tous les autres aient besoin, eux aussi, d'un hand spinner. Effet de groupe, quand tu nous tiens... Et si les enfants ne sont pas assez convaincants auprès des parents, il y a toujours l'argument psycho-pédagogique : " on dit que le hand spinner aide à la concentration ". Sans oublier l'argument démocratique : ledit objet s'achète environ 5 euros. Bref, le feu (de paille) court, et à vive allure. Guibert de Theux, de Camille & Co, explique que les premières demandes de clients sont arrivées début mai. " Je me suis renseigné sur l'objet. Une fois le magasin fourni, tout est parti très vite. " Même son de cloche chez Oliwood Toys, à Bruxelles. Astrid de Wouters voit des clients franchir la porte du magasin uniquement pour ces hand spinners et, parfois, pour en acheter une flopée et les revendre de leur côté. " Nous avons fait un bon stock, pour ne pas se voir obligés de dire 'non' au client qui viendrait chez nous pour ce seul objet. Mais nous comptons bien l'écouler avant l'été : l'école finie, la frénésie pourrait s'éteindre d'elle-même. " Frédéric Geens, jeune entrepreneur, a trouvé un modèle qu'on dirait fait pour ces flammes courtes mais intenses : son site internet est une vitrine pour des hand spinners commercialisés sur Amazon. On tombe sur ce site en cherchant certains mots-clés, soigneusement référencés par Google. Le tout a été mis sur pied en quelques clics, il n'y a pas de stock à gérer. Le retour est à la hauteur du risque pris : Frédéric Geens touche une petite commission sur chaque jouet. " J'ai à peine gagné quelques euros ici. Mais je voulais saisir la tendance, m'amuser et c'était maintenant ou... jamais ", explique-t-il. Pour ceux qui auront l'appétit aiguisé mais qui trouveront les magasins - physiques ou virtuels -vidés de leur stock, il reste une autre solution : l'impression 3D. Au FabLab de Mons, quelqu'un est déjà venu imprimer son hand spinner en 3D. Le gadget lui aura coûté 30 centimes. Qui dit mieux ? Si le chaland est amateur, les écoles le sont... beaucoup moins ! Certaines ont d'ailleurs banni les hand spinners, invoquant des leçons perturbées. Pourtant, le hand spinner est marketé comme aidant les personnes souffrant de troubles de l'attention. " Oui, mais on n'en sait encore trop rien, tempère Sébastien Henrard, neuropsychologue et directeur du Centre de l'attention. Il n'y a eu aucune étude sur le sujet. On est sans doute plus dans l'effet placebo que dans l'effet de l'objet même. " De plus, il y a un biais. " Si on part du principe que l'objet aide à se concentrer, on a tendance à dire que l'enfant se concentre dès qu'il prend son hand spinner, poursuit le neuropsychologue. Pour la motricité fine, peut-être aurait-ce un intérêt, mais pour les troubles du comportement, c'est un peu un raccourci. C'est un effet de mode et le marketing derrière fonctionne très bien. " Les hand spinners pourraient-ils au moins faire quelque chose pour ce collègue stressé, qui a déjà mis à mal plusieurs bics ? " C'est vrai que, comme d'autres gadgets, le hand spinner peut avoir un effet déstressant, reconnaît Sébastien Henrard. Au bout d'un temps, le geste peut s'automatiser. Il peut devenir ou remplacer une habitude, comme celle de mordiller son bic. Mais l'habitude se crée en fonction du comportement et non de l'objet. " Catherine Hettinger ne s'attendait peut-être pas à ce que le marketing prête de tels pouvoirs au jouet qu'elle a inventé, un été étouffant des années 1990, pour jouer avec sa fille. Son brevet a expiré en 2005, plus de 10 ans avant que des entrepreneurs de Denver parviennent à lever 6 millions de dollars sur Kickstarter pour relancer le jouet. Aujourd'hui, la cause de Catherine Hettinger, qui a eu la bonne idée au mauvais moment, rassemble beaucoup de sympathie mais... pas tellement de fonds, malgré les différentes opérations de crowdfunding lancées pour elle ! Par Sibylle Greindl.