La vie d'investisseur en biotechnologies exige une belle capacité de résistance aux évolutions en forme de montagnes russes. Prenons l'exemple de Bone Therapeutics. La spin-off de l'ULB, créée en 2006 et cotée sur Euronext depuis 2015, a longtemps été le premier nom cité dans tout discours sur les pépites wallonnes spécialisées dans les sciences du vivant. Jusqu'à ce jour de 2018 où elle a dû abandonner son traitement le plus avancé ; elle a alors lourdement dévissé en Bourse, au point de susciter des interrogations quant à sa survie. Mais la biotech spécialisée dans les thérapies cellulaires avait heureusement d'autres projets dans ses cartons, et des gens à bord prêts à y croire. Sous la houlette de Jean Stéphenne, président du CA depuis février 2018, elle s'est orientée vers des thérapies commercialement plus porteuses et pourrait bien, à moyen terme, être la première des entreprises du BioPark de Gosselies à mettre un produit innovant sur le marché.
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La vie d'investisseur en biotechnologies exige une belle capacité de résistance aux évolutions en forme de montagnes russes. Prenons l'exemple de Bone Therapeutics. La spin-off de l'ULB, créée en 2006 et cotée sur Euronext depuis 2015, a longtemps été le premier nom cité dans tout discours sur les pépites wallonnes spécialisées dans les sciences du vivant. Jusqu'à ce jour de 2018 où elle a dû abandonner son traitement le plus avancé ; elle a alors lourdement dévissé en Bourse, au point de susciter des interrogations quant à sa survie. Mais la biotech spécialisée dans les thérapies cellulaires avait heureusement d'autres projets dans ses cartons, et des gens à bord prêts à y croire. Sous la houlette de Jean Stéphenne, président du CA depuis février 2018, elle s'est orientée vers des thérapies commercialement plus porteuses et pourrait bien, à moyen terme, être la première des entreprises du BioPark de Gosselies à mettre un produit innovant sur le marché. C'est dans ce contexte qu'elle a recruté en début d'année un nouveau CEO, en la personne du Portugais Miguel Forte. Ce docteur en immunologie connaît bien les rouages de la mise sur le marché des médicaments, pour s'y être frotté tant du côté de l'Agence européenne du médicament que des biotechs ou de grands groupes comme UCB (il a participé au lancement du Cimzia, l'un des blockbusters de la société basée à Braine-l'Alleud). "Je connaissais le potentiel de Bone Therapeutics (il en avait été le "chief medical officer" pendant quelques mois en 2017, avant de prendre la tête d'une biotech norvégienne, Ndlr) et j'étais convaincu que c'était le bon moment pour la mettre sur les rails du point de vue commercial", résume-t-il. Son action prioritaire a avancé sur trois axes : génération des données cliniques, pour rapprocher les produits de leur mise sur le marché, ouverture à des collaborations, pour développer et commercialiser les produits, et élargissement du pipeline de recherches, pour "saisir les opportunités que représente la thérapie cellulaire". "Il y a 10 ans, le marché était prometteur mais très incertain, poursuit-il. Aujourd'hui, la thérapie cellulaire, c'est un vrai business." Petite surprise : ce n'est pas via la thérapie cellulaire - son créneau depuis le début - que Bone Therapeutics devrait porter son premier produit sur les fonds baptismaux.Le JTA-004 est un gel utilisé dans le traitement de l'arthrose du genou. On reste donc dans le domaine de l'os, mais l'approche est différente. "Nous avons été positivement surpris par les données précliniques, relate Miguel Forte. Le JTA-004 permet la régénération du cartilage, avec des résultats très compétitifs par rapport à ceux du leader du marché." La société est à peu près à mi-chemin de sa phase de recrutement des patients pour les études de confirmation de phase III. Celles-ci devraient être menées au début de l'année prochaine, pour des résultats attendus au 3e trimestre. "Si les études confirment l'intérêt du produit, nous pourrons entamer les discussions en vue d'une mise sur le marché en 2022, se réjouit l'immunologue. Nous sommes une entreprise de recherche dont la mission est de développer des produits répondant aux besoins des patients. Pour la commercialisation, nous travaillerons vraisemblablement avec des entreprises dont c'est le métier." Cette stratégie illustre la philosophie de Miguel Forte : se concentrer sur ce que l'on fait bien, et nouer des partenariats pour le reste. C'est de cette façon qu'il vient de procéder avec Link Health et Pregene pour le développement de l'Allob (le produit de thérapie cellulaire osseuse de Bone Therapeutics) en Chine et en Asie du Sud-Est. L'accord de licence rapportera jusqu'à 55 millions d'euros à la biotech wallonne, en plus des royalties sur les ventes futures. "Plus qu'une licence, c'est un véritable partenariat, assure le docteur. Ces sociétés chinoises ont de grandes compétences en thérapie cellulaire, elles pourront mener, à leurs frais, des études et poursuivre le développement clinique d'Allob. Bone Therapeutics bénéficiera des résultats scientifiques de ce travail." Le CEO espère nouer d'autres partenariats encore, pour pouvoir récolter plus de données cliniques et élargir l'éventail des propositions en thérapie cellulaire. Il souhaite également accentuer les collaborations avec les autres entreprises du BioPark de Gosselies en vue d'étendre les capacités de production, ainsi qu'avec des hôpitaux, pour les études cliniques. "Plus nous collaborerons, plus nous augmenterons, ensemble, la valeur créée", souligne-t-il. La thérapie cellulaire consiste à modifier des cellules souches afin d'en intensifier certaines propriétés, de les "professionnaliser", comme aime à le dire d'une manière imagée Miguel Forte. Une fracture se résorbe d'elle-même, par l'action de nos cellules "amatrices". En introduisant des cellules "professionnelles", on accélère le temps de guérison, tout en réduisant les complications dues à la non-guérison." En plus d'être capables de faire de l'os, les cellules savent jusqu'où en faire et comment ne pas aller au-delà de ce qui est nécessaire, poursuit notre interlocuteur. Elles sont intelligentes. " La première indication sur laquelle travaille la biotech carolo est la guérison des fractures compliquées du tibia. Son traitement permet de gagner jusqu'à 50% sur le temps de guérison, selon les données récoltées par l'entreprise ; données qui doivent être confirmées par l'étude de phase IIb tout juste entamée. La seconde indication concerne les fusions lombaires, intervention chirurgicale qui vise à soulager les douleurs dorsales des personnes vieillissantes. Une étude de phase IIa vient de montrer qu'Allob conduit à un taux de fusion des vertèbres lombaires de 90% en 24 mois, améliorant ainsi la capacité fonctionnelle du patient. "Ces résultats attestent qu'Allob, en combinaison avec la chirurgie standard de fusion vertébrale, pourrait constituer une option de traitement prometteuse répondant aux besoins actuellement non satisfaits de ces patients", a commenté le Dr Alphonse Lubansu, chef de clinique adjoint à l'hôpital universitaire Erasme (ULB). D'autres indications sont envisagées, au nombre desquelles les implants dentaires. "Nous verrons avec nos partenaires et les agences réglementaires quelles seront les priorités d'action, précise Miguel Forte. Il est important de se concentrer sur quelques indications et de ne pas s'éparpiller." Les entreprises pharmaceutiques cherchent non seulement à mettre des traitements au point, mais aussi à faire en sorte qu'ils puissent être produits à grande échelle. Bone Therapeutics a ainsi réussi à optimiser le processus de fabrication de façon à générer 100.000 doses d'Allob à partir d'un don unique de moelle osseuse, ce qui réduit évidemment le coût à l'unité. Ces doses peuvent être conservées et transportées, au profit d'une simplification de la chaîne logistique. "Les technologies actuelles ont donné un nouvel élan à la thérapie cellulaire et nous voulons en saisir les opportunités, poursuit notre expert. Les thérapies cellulaires sont désormais financièrement abordables et praticables du point de vue médical." Pour transformer l'essai, la biotech a besoin de plus d'argent. Sa trésorerie lui permet de tenir jusqu'au printemps prochain mais elle devra lever des fonds, sans doute dès cette année, pour finaliser les études devant conduire à la mise sur le marché des premières thérapies issues des laboratoires de Gosselies. "Nous avons des données cliniques et nous approchons de l'étape cruciale de l'approbation des produits par les autorités réglementaires, déclare Miguel Forte. Je pense donc que c'est un bon moment pour investir et saisir la valeur que Bone Therapeutics va dégager ces prochaines années." L'entreprise, qui brûle environ 16 millions d'euros par an, a déjà levé une quinzaine de millions cette année, à la fois en dette et en equity. La prochaine opération devrait être exclusivement en equity.