Sa nomination a été actée par le conseil d'administration dans l'après-midi, deux mois après la réunion qui avait abouti au désavoeu définitif de son prédécesseur Emmanuel Faber, au terme d'une fronde d'actionnaires combinée à des divisions au sein du conseil.

Chez le géant français du yaourt, de la nutrition infantile et des eaux en bouteille (marques Actimel, Evian, Blédina...) aux 100.000 salariés dans le monde, le nouveau directeur général aura la lourde tâche de retrouver le chemin de la croissance.

Mais aussi de tourner la page d'une "crise de gouvernance douloureuse", selon les mots du président du conseil d'administration Gilles Schnepp, lors de l'assemblée générale des actionnaires fin avril.

Jusqu'ici M. de Saint-Affrique, 56 ans, était directeur général du groupe zurichois Barry-Callebaut, qui fournit du cacao et des préparations à base de chocolat aux géants de l'alimentation que sont Unilever, Nestlé ou Mondelez ainsi qu'aux professionnels de la pâtisserie.

Son départ de ce géant du cacao avait été annoncé le mois dernier, alimentant les spéculations sur une arrivée prochaine chez Danone.

Avant cela, M. de Saint-Affrique a passé une grande partie de sa carrière dans la multinationale des produits de grande consommation Unilever, jusqu'à présider, de 2011 à 2015, sa branche alimentation.

Il a aussi travaillé quelque temps chez Danone à la fin des années 1990, comme directeur marketing des marques Liebig Amora Maille, alors propriétés du groupe. (voir son parcours ci-dessous)

Profil rassurant

Son bilan comme dirigeant de Barry-Callebaut a été salué. Avec lui, le groupe a connu une phase d'expansion, aussi bien "en terme de croissance que de trésorerie", a souligné Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel.

De quoi présenter un profil rassurant aux actionnaires qui tenaient Emmanuel Faber pour responsable de performances commerciales et financières jugées insuffisantes.

Parmi eux, le fonds d'investissement américain Artisan Partners, troisième actionnaire de Danone avec environ 3% du capital, n'a pas souhaité commenter lundi la nomination de son successeur.

M. Faber - qui cumulait les fonctions de président-directeur général - avait été remplacé à la présidence du conseil d'administration par Gilles Schnepp. Et Danone s'était mis en quête d'un nouveau directeur général.

Parmi les critères de sélection, listés par Gilles Schnepp lors de la dernière assemblée générale, figuraient une "très forte expérience des métiers de la grande consommation", une "dimension internationale", un "bilan personnel marqué par la performance", une "compatibilité indiscutable avec la culture, les valeurs et les engagements sociétaux de Danone", ainsi qu'une "adhésion" au projet de réorganisation Local First initié par Emmanuel Faber.

Les syndicats du groupe s'étaient inquiétés devant la déstabilisation puis le départ d'Emmanuel Faber, réputé prôner un capitalisme plus vert et plus social.

Depuis, le conseil d'administration a répété son adhésion au plan Local First censé générer des économies et accroître la rentabilité du groupe. Il prévoit 1.850 suppressions de postes dans le monde, dont 458 en France.

Le conseil s'est aussi dit attaché au statut d'"entreprise à mission" de Danone, adopté l'an dernier, qui enjoint Danone à poursuivre des objectifs extrafinanciers, notamment en matière de préservation de l'environnement.

Du chocolat au yaourt: Qui est Antoine de Saint-Affrique,

Le Français Antoine de Saint-Affrique, qui va prendre en septembre les rênes de Danone à 56 ans, est précédé d'un long CV dans l'agroalimentaire et d'une solide réputation confortée par les performances du géant du cacao Barry Callebaut qu'il dirigeait jusque-là.

Antoine de Saint-Affrique retrouve une maison où il est brièvement passé à la fin des années 1990, comme vice-président marketing du spécialiste des condiments Amora Maille, alors filiale de Danone qui sera ensuite reprise par son concurrent Unilever.

Avant et après cela, il a occupé divers postes à responsabilité chez Unilever, dans les produits alimentaires mais aussi les cosmétiques et la santé bucco-dentaire.

Jusqu'à devenir président, de 2011 à 2015, de la branche alimentation de la multinationale dont il siégeait aussi au comité exécutif.

Ce père de quatre enfants a notamment travaillé aux Etats-Unis, en Russie et en Hongrie, et a été conseiller du commerce extérieur de la France en Hongrie puis en Suisse.

Il avait quitté Unilever en 2015 pour prendre la direction générale de Barry Callebaut, le groupe zurichois de 12.000 salariés qui fournit du cacao et des préparations à base de chocolat à Unilever, Nestlé ou Mondelez ainsi qu'aux professionnels de la pâtisserie.

Les louanges ont accompagné l'annonce de son départ, le 22 avril.

"Solide bilan"

Sous sa direction, Barry Callebaut a connu une phase d'expansion, aussi bien "en terme de croissance que de trésorerie", a souligné Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel. Evoquant son engagement en faveur du développement durable, il estime que M. de Saint-Affrique a "changé la donne, pas uniquement chez Barry, mais aussi pour l'ensemble du secteur".

Il a un "solide bilan chez Barry Callebaut, où il a combiné croissance rentable et génération de trésorerie avec de forts engagements sur les questions d'environnement et de durabilité", a aussi considéré auprès de l'AFP Jon Cox, analyste chez Kepler Chevreux.

Le président du groupe, Patrick de Maeseneire, a quant à lui évoqué son "leadership passionné", saluant sa stratégie à long terme qui a "permis d'étendre la présence internationale de Barry Callebaut" et son engagement dans le cacao durable.

Lors d'un entretien en 2016 avec l'AFP, M. de Saint-Affrique avait notamment pointé que la filière du cacao devait accompagner les petits exploitants en Afrique de l'Ouest pour éviter que les fermiers ne se détournent vers des cultures plus lucratives à court terme.

PG
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Chez Barry Callebaut, il a mis en oeuvre une stratégie dite de "croissance intelligente", qui s'est traduite par des acquisitions ciblées sur des segments pointus, à fortes marges et fort potentiel de croissance, comme les décorations à base de chocolat pour les professionnels de la pâtisserie.

Le groupe a continué d'élargir son assise en Asie mais aussi d'autres marchés prometteurs, comme la Russie avec le rachat début 2019 de l'entreprise locale Inforum.

Antoine de Saint-Affrique était aussi aux manettes quand Barry Callebaut a lancé la commercialisation d'un chocolat de couleur rose, dit ruby, et vanté un nouveau procédé utilisant tout le fruit du cacaoyer, et pas uniquement les fèves.

Fils d'un magistrat et d'une publicitaire, M. Bernard de Saint-Affrique - son nom de famille complet - est né en 1964 à Boulogne-Billancourt, ville attenante à Paris et a été au lycée dans la commune huppée de Neuilly-sur-Seine.

Il est diplômé de l'Ecole supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec, promotion 1987) et de la Harvard Business School.

Il a servi comme officier de réserve de la Marine française dans l'océan Indien avant de débuter sa carrière professionnelle en 1989.

Le Who's who liste parmi ses centres d'intérêts l'oenologie, l'opéra ainsi que la voile et le ski.

Sa nomination a été actée par le conseil d'administration dans l'après-midi, deux mois après la réunion qui avait abouti au désavoeu définitif de son prédécesseur Emmanuel Faber, au terme d'une fronde d'actionnaires combinée à des divisions au sein du conseil.Chez le géant français du yaourt, de la nutrition infantile et des eaux en bouteille (marques Actimel, Evian, Blédina...) aux 100.000 salariés dans le monde, le nouveau directeur général aura la lourde tâche de retrouver le chemin de la croissance. Mais aussi de tourner la page d'une "crise de gouvernance douloureuse", selon les mots du président du conseil d'administration Gilles Schnepp, lors de l'assemblée générale des actionnaires fin avril. Jusqu'ici M. de Saint-Affrique, 56 ans, était directeur général du groupe zurichois Barry-Callebaut, qui fournit du cacao et des préparations à base de chocolat aux géants de l'alimentation que sont Unilever, Nestlé ou Mondelez ainsi qu'aux professionnels de la pâtisserie.Son départ de ce géant du cacao avait été annoncé le mois dernier, alimentant les spéculations sur une arrivée prochaine chez Danone.Avant cela, M. de Saint-Affrique a passé une grande partie de sa carrière dans la multinationale des produits de grande consommation Unilever, jusqu'à présider, de 2011 à 2015, sa branche alimentation. Il a aussi travaillé quelque temps chez Danone à la fin des années 1990, comme directeur marketing des marques Liebig Amora Maille, alors propriétés du groupe. (voir son parcours ci-dessous)Son bilan comme dirigeant de Barry-Callebaut a été salué. Avec lui, le groupe a connu une phase d'expansion, aussi bien "en terme de croissance que de trésorerie", a souligné Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel.De quoi présenter un profil rassurant aux actionnaires qui tenaient Emmanuel Faber pour responsable de performances commerciales et financières jugées insuffisantes.Parmi eux, le fonds d'investissement américain Artisan Partners, troisième actionnaire de Danone avec environ 3% du capital, n'a pas souhaité commenter lundi la nomination de son successeur.M. Faber - qui cumulait les fonctions de président-directeur général - avait été remplacé à la présidence du conseil d'administration par Gilles Schnepp. Et Danone s'était mis en quête d'un nouveau directeur général.Parmi les critères de sélection, listés par Gilles Schnepp lors de la dernière assemblée générale, figuraient une "très forte expérience des métiers de la grande consommation", une "dimension internationale", un "bilan personnel marqué par la performance", une "compatibilité indiscutable avec la culture, les valeurs et les engagements sociétaux de Danone", ainsi qu'une "adhésion" au projet de réorganisation Local First initié par Emmanuel Faber.Les syndicats du groupe s'étaient inquiétés devant la déstabilisation puis le départ d'Emmanuel Faber, réputé prôner un capitalisme plus vert et plus social. Depuis, le conseil d'administration a répété son adhésion au plan Local First censé générer des économies et accroître la rentabilité du groupe. Il prévoit 1.850 suppressions de postes dans le monde, dont 458 en France.Le conseil s'est aussi dit attaché au statut d'"entreprise à mission" de Danone, adopté l'an dernier, qui enjoint Danone à poursuivre des objectifs extrafinanciers, notamment en matière de préservation de l'environnement.