2020 n'a pas été une grande année pour les plateformes de crowdlending, qui permettent à des particuliers (the crowd) de prêter directement de l'argent à une entreprise ou un projet - le crowdlending se distingue ainsi du crowdfunding, pour lequel il s'agit de prendre une participation dans le capital ou de faire un don à l'entreprise.
...

2020 n'a pas été une grande année pour les plateformes de crowdlending, qui permettent à des particuliers (the crowd) de prêter directement de l'argent à une entreprise ou un projet - le crowdlending se distingue ainsi du crowdfunding, pour lequel il s'agit de prendre une participation dans le capital ou de faire un don à l'entreprise. L'an dernier, les principales plateformes de crowdlending actives dans notre pays ont ainsi réuni un total de 46 millions d'euros, répartis sur un peu plus de 110 projets. En 2019, le grand public avait prêté 45 millions d'euros aux PME. Cette stagnation est évidemment imputable à l'incertitude liée à la crise sanitaire qui a incité tant les investisseurs que les entrepreneurs à tirer le frein à main au début de l'an dernier. "Mais 2021 sera l'année de la grande percée du crowdlending", affirme Frédéric Lévy Morelle. Le CEO de Look&Fin, leader sur le marché en Belgique, poursuit son raisonnement: "Les banques sont plus réticentes. Elles exigent davantage de garanties ou de sûretés. Les conditions de crédit se durcissent. Les PME éprouvent de plus en plus de difficultés à décrocher des crédits. Simultanément, la crise sanitaire a accru les besoins de financement". Depuis la deuxième moitié de l'an dernier, Look&Fin remarque une nette augmentation du nombre d'entreprises qui s'adressent à la plateforme de crowdlending. " Au deuxième semestre 2020, nous avons financé 70% de PME en plus que sur la même période il y a un an, précise le CEO. Et au quatrième trimestre, nous avons récolté deux fois plus d'argent qu'en 2019. Cela nous a permis d'enregistrer une croissance de 5% l'an dernier malgré l'assèchement complet du marché au premier et au deuxième trimestre." Look & Fin a d'ailleurs récemment franchi la barre des 100 millions d'euros de prêts aux entreprises depuis son lancement en 2012. L'intérêt des investisseurs particuliers ne se dément pas. Il faut dire que les plateformes de crowdlending peuvent leur proposer des taux d'intérêt plus élevés. "Certains projets sont entièrement souscrits en quelques minutes à peine", explique Pierre-Yves Pirlot. Sa plateforme Ecco Nova - numéro deux en Belgique - se concentre sur les entreprises et les projets immobiliers qui investissent dans la durabilité, la réduction des émissions de CO2 et les mesures d'économie d'énergie. "Nous sommes plutôt confrontés à un déficit de projets qui satisfont nos normes, poursuit Pierre-Yves Pirlot. La demande des investisseurs dépasse l'offre." Pourtant, les PME sont de plus en plus nombreuses à recourir au crowdlening. Il faut surtout y voir une conséquence des prêts subordonnés que proposent les autorités régionales pour renforcer leur solvabilité: le prêt Win-win en Flandre, le prêt Coup de pouce en Wallonie et le prêt Proxi à Bruxelles. Dans leur structure et leur élaboration, ces trois systèmes sont très comparables. Ils font depuis peu l'objet d'une promotion et d'une commercialisation actives sur les plateformes de crowdlending. "Depuis que les Régions ont modifié les conditions, ces prêts sont plus intéressants pour nos investisseurs, explique Frédéric Lévy Morelle. Il est désormais possible de prêter à cinq ans, voire plus, ce qui répond à nos critères. En outre, la garantie d'Etat a été relevée à 40%. Le taux d'intérêt reste plafonné à 1,75%, mais cela est compensé par un crédit d'impôt de 2,5% sur le montant prêté." "Les prêts régionaux sont une opportunité pour nous, embraye Pierre-Yves Pirlot. Les PME ont toujours été assez critiques à l'égard du coût du crowdlending. Les taux d'intérêt peuvent varier entre 4 et plus de 8%. C'est nettement plus cher qu'un crédit bancaire mais cela se justifie naturellement par le risque plus élevé pour l'investisseur. Nous pouvons à présent parer ces critiques en proposant les prêts régionaux, qui autorisent des taux à partir de 0,9%. Nous prenons l'ensemble des formalités administratives à notre compte et les entreprises ne doivent pas partir à la recherche d'investisseurs." "Grâce aux prêts régionaux, le crowdlending est devenu aussi attrayant qu'un crédit bancaire, estime Frédéric Lévy Morelle. En janvier, nous avons reçu environ 800 demandes de financement d'entreprises, contre une moyenne de 500 par mois auparavant. Souvent, il s'agit d'entreprises qui s'adressent spécialement à nous parce qu'elles veulent placer un prêt régional, Win-win par exemple. Les dossiers de qualité que nous sélectionnons parviennent aisément à décrocher ce financement." Même si les prêts régionaux sont également assortis de limitations. En Flandre et à Bruxelles, le prêt est plafonné à 300.000 euros par entreprise. Le plafond est de 250.000 euros en Wallonie, avec possibilité d'obtenir en plus un prêt subordonné de la Sowalfin. Il reste possible de faire mieux, juge Pierre-Yves Pirlot: "Porter ce plafond à 500.000 euros aiderait assurément les PME. Souvent, la limite actuelle est très rapidement atteinte. Et une exonération de précompte mobilier permettrait également d'attirer davantage d'investisseurs". Le crowdlending peut-il également offrir une solution aux secteurs les plus touchés par les mesures de confinement, comme l'horeca et l'événementiel? Tout dépend de la politique de crédit de la plateforme de crowdlending, répond Frédéric Lévy Morelle. "Chez Look&Fin, nous restons prudents, ajoute-t-il. Nous analysons tous les chiffres et ne proposons que des dossiers de qualité à nos investisseurs. Face à une entreprise contrainte de fermer ses portes, sans perspective de revenus, nous préférons attendre que les problèmes et autres restrictions liés au Covid-19 soient derrière nous." La plateforme Beebonds n'a pas attendu pour mettre sur pied une opération pour Pitaya, une chaîne de restaurants spécialisés dans la street food thaï. "Le projet satisfait à nos conditions financières et ne comporte pas de trop gros risques pour nos investisseurs, explique Joël Duysan, CEO de Beebonds. Pitaya ressent l'impact de la crise sanitaire mais l'entreprise est passée aux repas à emporter et à la livraison domicile. De plus, les fonds récoltés doivent servir à ouvrir de nouveaux établissements une fois que la crise sera terminée." Avec son opération de crowdlending, Pitaya veut récolter 1,3 million d'euros. Le compteur affiche déjà 1,07 million. L'opération a été prolongée jusque fin avril. "Notre devoir est de donner une chance aux entrepreneurs qui disposent d'un business plan solide, commente Joël Duysan. C'est la raison pour laquelle nous avons accepté le dossier. Les banques qui refusent des crédits à de tels projets ne font pas leur travail. Heureusement, le grand public est moins réticent." Beebonds va bientôt lancer une opération de crowdlending pour Yoga Room, une chaîne de salles de yoga active dans la région bruxelloise et qui veut s'étendre. "Nous sommes spécialisés dans les opérations de financement de 500.000 à 5 millions d'euros, précise Joël Duysan. C'est dans cette tranche qu'il est le plus difficile d'obtenir un crédit bancaire. Jusqu'à présent, Beebonds s'est surtout concentrée sur des projets immobiliers mais nous recevons de plus en plus de demandes d'entreprises actives dans d'autres secteurs." Joël Duysan en est convaincu: 2021 sera une bonne année. "Nous tablons sur un doublement de notre chiffre d'affaires et du nombre d'opérations de financement." Pierre-Yves Pirlot aussi s'attend à ce que le crowdlending opère un vaste mouvement de rattrapage cette année. "Ecco Nova est en bonne voie de doubler le montant récolté l'an dernier, dit-il. En 2020, nous avons également lancé un véhicule de financement, baptisé Ecco Nova Finance, qui se positionne entre les investisseurs et les projets. Nous pouvons ainsi proposer des formes de financement hybrides qui offrent davantage de garanties aux investisseurs." Frédéric Lévy Morelle table également sur une forte croissance cette année. Et n'y voit pas un simple effet de mode: "Les entreprises cherchent de plus en plus à diversifier leurs canaux de financement. La crise sanitaire a appris aux PME que quand leur situation se détériore et qu'elles ont besoin de leur banquier, celui-ci ne répond pas toujours présent. Elles vont donc continuer à rechercher des sources de financement alternatives." Pourtant, les CEO de toutes les plateformes rappellent que le crowdlending est surtout complémentaire au financement bancaire. "Comme le crédit mezzanine, le crowdlending est un prêt subordonné qui est assimilé à des fonds propres. Un tel financement peut convaincre des banques réticentes au départ d'accorder quand même un crédit."