Jean-Luc Dehaene ressuscité et Aitana Lopez inventée: l’intelligence artificielle en question 

© Capture d'écran de la vidéo de campagne.
Olivier Mouton
Olivier Mouton Chef news

Les utilisations de l’IA susciteront de plus en plus de débats. La preuve avec la dernière campagne du CD&V avec un Premier… mort, ainsi que par le succès d’influenceuses virtuelles. Qu’en pensez-vous? 

Le CD&V se réinvente, en invoquant le passé. Le parti chrétien-démocrate flamand démarre sa campagne électorale par une vidéo surprenante diffusée sur les réseaux sociaux. L’ancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene, ressuscité, y intervient dans une interpellation générée par l’intelligence artificielle

“The beast is back”, entame-t-il. Les enjeux des élections de 2024 ne sont pas minces, “mais c’était aussi le cas dans mon temps”, avec la réforme de l’Etat et l’euro, “mais nous les avons résolus”. Une façon de vanter les vertus du compromis à la belge.

“Le CD&V a-t-il ouvert une brèche?” 

Forcément, la technique pose questions. Xavier Degraux, consultant,, formateur et conférencier, s’interroge sur LinkedIn: “Le CD&V a-t-il ouvert une brèche, en Belgique, en ressuscitant Jean-Luc Dehaene ? Sa vidéo générée par IA, qui aurait été validée par la famille Dehaene, est-elle éthique ? Respectueuse ? Dangereuse pour la démocratie ? D’autres partis belges vont-ils suivre ? Se dirige-t-on vers des élections belges et européennes “artificielles” (le parti chrétien avait déjà diffusés des vidéos générées par IA, mais de personnes vivantes) ? Faut-il réguler ce genre de communication (dans l’urgence) ? Les électeurs/rices sont-iels “prêt.e.s” ?”. 

Les premières réactions sont partagées. “Ressusciter les morts, surtout ceux qui avaient du charisme et une grande popularité, c’est la voie ouverte vers la manipulation… Extrêmement malsain !!!!”, clame une voix.

Le plus important à mes yeux c’est que la famille ait été consultée et ait marqué son accord, rétorque un responsable marketing.. A partir de là, je ne vois pas le problème.” 

Toujours est-il que les réseaux sociaux risquent d’être rapidement noyés par de telles initiatives, qui ne partiront pas toujours d’une bonne intention. 

Des influenceuses qui n’existent pas

Laurent Carré, consulant marketing digital, pointe, lui, une autre évolution: l’invention pure et simple de personnages à des fins commerciales

Je vous présente Aitana Lopez et Anne Kerdi, écrit-il Deux influenceuses qui font beaucoup parler d’elle en ce moment. Aitana Lopez est un mannequin espagnol de 25 ans avec plus de 160 000 abonnés sur Instagram, gagnant plus de 10 000 euros par mois grâce à ses contenus payants disponibles sur les supports digitaux. Sauf qu’elle n’existe pas. Elle a été créée par une IA à l’initiative d’une agence de mannequin qui en avait marre d’avoir à gérer l’ego des vrais mannequins et influenceurs… 
 
Après les textes, les visuels et même les commentaires de posts, l’IA est donc dorénavant en mesure de créer des influenceurs virtuels… “Comme Anner Kerdi, prolonge-t-il, une jeune femme (au physique de mannequin) qui vante les charmes de la Bretagne sur son compte Instagram où elle pose en costume de bigoudène et met en avant les spécialités culinaires de la région ainsi que les principaux sites touristiques.” 

Lui aussi se pose question: “Pour ma part, je ne sais pas encore trop quoi en penser. 
Et vous ?
Mais ce qui est sûr, c’est que l’apparition de ces deux influenceuses virtuelles est l’occasion de s’interroger sur le pouvoir, les limites et l’impact de l’IA sur notre société (avec notamment la question de la représentation de la femme). Et le débat ne fait que commencer.” 

“A quand un plan national?’ 

Toujours sur Linkedin, l’économiste Bruno Colmant ne cesse de poser des questions sur les impacts sociaux et éthiques de l’explosion de l’intelligence virtuelle. Il vient de réaliser un sondage, non scientifique, auprès de sa très large communauté. 

Résultat? “Sur base de ce petit sondage, certes biaisé par mon lectorat de LinkedIn, avec 26.000 vues et 1750 réponses, il apparait qu’en moyenne pondéré, les répondants estiment que 25 % (!) du contenu de leur travail sera altéré par l’IA dans les 2-3 prochaines années, écrit Bruno Colmant. A quand un grand plan national ?” 

Et à quand un débat en bonne et due forme? 

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