Le PS est le parti le plus influent sur les réseaux sociaux, mais Paul Magnette et Georges-Louis Bouchez sont au coude-à-coude

Paul Magnette, président du PS, lors de ses voeux à Charleroi. BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ
Baptiste Lambert

Le cabinet de conseil Gosselin & de Walque vient de lancer Mozaiiq, une plateforme qui analyse en temps réel l’engagement des gens sur les réseaux sociaux. Avec une première démonstration assez impressionnante, qui s’attarde sur l’influence des partis et des personnalités politiques.

S’il ne s’agit pas d’un outil qui a vocation à être omniscient, il pourrait combler une sacrée zone d’ombre dans l’analyse des données sur les réseaux sociaux. “Notre plateforme est unique en Belgique, et à notre connaissance, elle n’existe pas sous cette forme dans le reste du monde”, avance Guillaume de Walque qui a buché sur ce projet durant les trois dernières années avec Ermeline Gosselin.

Avec l’aide du data-analyste Loic Quertenmont, ancien physicien du CERN à la carrière internationale, ils ont créé une plateforme qui repère les engagements de millions de publications sur les réseaux sociaux, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Pour le moment, leur outil est limité à Facebook, Instagram, YouTube, X et LinkedIn, mais le but est également d’intégrer TikTok, à terme.

Pour montrer ce tour de force aux journalistes présents à la démonstration, l’équipe de Mozaiiq a regroupé l’ensemble des comptes des partis et des personnalités politiques (hors pouvoir communal) sur les trois derniers mois. Il en ressort quelques précieux éléments qui pourraient intéresser les personnes visées.

Le PS : la force groupée

Au niveau de l’engagement des internautes (likes, commentaires, partages), le PS domine le paysage francophone. Sur les 3 derniers mois, le “reach” du compte du parti et des comptes de ses personnalités a atteint 811.000 engagements, contre 509.000 pour le MR et 299.000 pour Ecolo. Mais les deux premiers partis dominent clairement le reste du jeu politique, puisque ensemble, ils représentent près de deux fois l’influence des autres partis.

Si le PS reste largement en tête, le parti le doit à sa force collective. De nombreuses personnalités politiques socialistes proposent du contenu influent. Là où le MR, par exemple, doit beaucoup à son président. Paul Magnette (113K) et George-Louis Bouchez (104K) sont d’ailleurs au coude-à-coude. Mais le PS peut compter sur d’autres personnalités telles que Ludivine Dedonder, Elio Di Rupo, Nicolas Martin ou encore Thomas Dermine.

Les 5 personnalités les plus populaires sur les réseaux sociaux sont dans l’ordre : Paul Magnette (PS), Georges-Louis Bouchez (MR), Raoul Hedebouw (PTB), Christophe De Beukelaer (Les engagés) et Ludivine Dedonder (PS).

Au nord du pays, la domination de la N-VA (1.441K) et du Vlaams Belang (1.223K) est sans partage. L’Open Vld (497K), qui arrive en 3e position, a près de trois fois moins d’influence. Et le parti doit presque uniquement cette influence à Alexander De Croo, qui occupe la fonction de Premier ministre. Vooruit paye aussi le pas de côté de sa personnalité la plus forte en la personne de Conner Rousseau.

Le PTB : payer ne suffit pas

Plus intéressant encore, du côté francophone : mettre beaucoup d’argent sur la table ne paye pas forcément. L’exemple le plus édifiant est le cas du PTB, qui, selon les données de Meta, a dépensé près de 730.000 euros entre avril 2019 et février 2024, loin devant le PS, par exemple, avec 154.453 euros dans le même laps de temps. Pour autant, les communistes ne se situent qu’à la 4e place des partis les plus influents, avec un reach de 198.000 sur les 3 derniers mois.

C’est à priori assez étonnant, mais l’une des explications au score relativement peu élevé du PTB, c’est que le parti n’a que deux comptes qui fonctionnent bien : celui du parti, et surtout, celui de Raoul Hedebouw. Et si vous voyez souvent passer du contenu du PTB sur Facebook, c’est parce qu’il est sponsorisé, pas parce qu’il est spécialement populaire. Ce qui permet de pointer un autre atout de Mozaiiq : il se base sur les “engagements” et non les “vues”. Car “c’est un critère qui à notre sens n’est pas objectif”, explique Ermeline Gosselin. “Pour les algorithmes, il suffit par exemple de 3 secondes pour comptabiliser une vue, alors que ça n’a pas de sens sur l’impact d’un contenu.”

Une ambition internationale pour Mozaiiq ?

Ce zoom sur le monde politique livre bien d’autres enseignements : le type de contenus qui suscite le plus d’engagements, les personnalités politiques qui suscitent le plus de commentaires positifs ou négatifs, ou encore les thèmes qui sont les plus porteurs. On se rend compte ainsi que sur les trois derniers mois, la guerre en Ukraine et le conflit israélo-palestinien ne sont plus dans le top 25 des thématiques générales ou politiques les plus populaires sur les réseaux sociaux.

Alors, bien sûr, une telle ambition comporte quelques biais et n’a pas valeur de sondage et encore moins de score électoral. Pour vous donner un exemple, cette plateforme, par définition, ne mesure pas les personnes qui ne réagissent jamais sur les réseaux sociaux et qui sont pourtant nombreuses. Le duo à l’origine de Mozaiiq le reconnait d’ailleurs volontiers : “Sophie Wilmès a très peu partagé de contenus sur les réseaux sociaux ces trois derniers mois, pourtant, on peut gager qu’elle fera un excellent score électoral”, ajoute Guillaume de Walque. N’empêche, les réseaux sociaux pèsent, et on connait plus d’un parti qui pourrait se montrer très intéressé par ce genre d’outils.

Loic Quertenmony, Ermeline Gosselin et Guillaume de Walque – Mozaiiq

L’ambition de Mozaiiq, elle ne s’arrête toutefois pas au monde politique. La plateforme permet d’ailleurs de se rendre compte que l’actualité politique est bien loin dans la liste des thèmes les plus populaires et les plus engageants. Le divertissement et le sport, de très loin, sont les thèmes qui suscitent le plus de réactions. Sur les trois derniers mois, les sujets les plus populaires étaient le décès de la DJ Mademoiselle Luna, la Star Academy et enfin Kevin De Bruyne.

En d’autres termes, Mozaiiq, c’est “une revue de presse des réseaux sociaux, pour les montrer tels qu’ils sont, et pas tels que veulent le montrer les algorithmes”, expliquent en chœur Gosselin et de Walque, “un outil unique pour objectiver leur influence”. Un outil qui s’adresse tout autant au monde politique qu’aux entreprises, aux médias ou aux citoyens. Et pourquoi pas à l’étranger : “On réfléchit à se lancer en France, mais chaque chose en son temps”, conclut Ermeline Gosselin.


Note : les deux communicants, qui sont passés par le cabinet d’Elio Di Rupo (PS), ont lancé leur cabinet de conseil il y a plusieurs années et disent agir en toute indépendance. À cet égard, ils sont particulièrement prudents et n’ont fait appel à aucun subside public. Mozaiiq coûte 149 euros/mois.

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